Par René DOKOU, le 02 Octobre 2026
(IMPARTIAL ACTU)- Lancée le 2 octobre à Lomé, une session de formation allie l’évaluation d’entraîneurs et d’arbitres locaux au coup d’envoi d’un tournoi d’initiation destiné aux lycéennes. À la clé : six futurs clubs féminins.
La Fédération togolaise de rugby (FTR) a donné, ce vendredi à Lomé, le coup d’envoi d’une double séquence : le suivi pédagogique de techniciens togolais et le lancement du projet « Tournoi de rugby au féminin ». L’ensemble s’inscrit dans le programme Cap Rugby. Le message des organisateurs est clair : le ballon ovale doit devenir un levier d’éducation et d’émancipation.
La cérémonie a été présidée par Abdou-Bassitou Tchagnaou, moniteur de sport à la Direction des sports scolaires et universitaires (DISSU), qui représentait le ministre en charge des Sports. Étaient présents Jules Kouaménou, délégué du président de la FTR, ainsi que Cécile Gadégbéku, directrice exécutive de la fédération.
Un déficit à combler à la base
Le point de départ de l’initiative tient en un constat sans détour : le Togo manque de clubs féminins de rugby. Pour inverser la tendance, la FTR a choisi de ne pas attendre que les joueuses viennent à elle, mais d’aller les chercher là où elles se trouvent : à l’école. L’objectif affiché est d’« amener le rugby à la base ».
Le projet pilote se déroulera dans deux établissements, les lycées de Cacavéli et de Togblékopé. Ce choix n’est pas fortuit. La fédération y avait déjà conduit une opération d’initiation baptisée « Get into Rugby », ouverte aux filles comme aux garçons. Le terrain y est donc en partie préparé.
Le calendrier est resserré. L’opération s’étalera sur trois mois et se clôturera en décembre par un tournoi opposant les deux lycées. Chacun alignera trois équipes, soit six formations au total, appelées à se transformer en autant de clubs de rugby féminin.
Deux événements, une même ambition
Mme Gadégbéku a résumé la logique de la journée : « Aujourd’hui, deux événements se rejoignent. » Le premier est l’évaluation de trois entraîneurs et de trois arbitres togolais. Formés en Côte d’Ivoire à la fin de l’année dernière, ils sont désormais examinés par des experts de la Fédération française de rugby (FFR). Le second est le lancement du tournoi féminin, qui relève du volet d’appui aux projets des fédérations prévu par Cap Rugby.
Les deux volets se nourrissent mutuellement. Les techniciens évalués ne sont pas seulement jugés sur leurs acquis : ils sont appelés à les transmettre.
Une formation qui se démultiplie
Le dispositif prévoit un effet d’entraînement en chaîne. Les trois arbitres évalués auront pour mission de former huit nouveaux arbitres de la FTR. Les trois entraîneurs, eux, encadreront six éducateurs de la fédération et quatre enseignants d’éducation physique et sportive (EPS). Ces derniers iront ensuite initier les élèves dans leurs établissements.
Autrement dit, chaque personne formée aujourd’hui en forme à son tour plusieurs autres, ce qui doit permettre à la discipline de s’enraciner durablement dans le milieu scolaire, bien au-delà des deux lycées retenus.
Le Rugby T1, un format sans contact
Le manuel remis aux enseignants et aux éducateurs s’appuie sur le Rugby T1, une version sans contact du jeu promue par World Rugby. Cette variante conserve l’essentiel de la grammaire du rugby : les passes, l’évitement, le jeu au pied, les mêlées non contestées et les alignements.
Ses promoteurs en soulignent la souplesse. Le Rugby T1 se pratique aussi bien sur terre battue que sur gazon ou dans une salle de sport, ce qui le rend accessible aux établissements aux infrastructures modestes. Il est également réputé inclusif et sûr, deux qualités précieuses pour attirer des élèves qui n’ont jamais touché un ballon ovale.
Le document pédagogique, intitulé « Former, initier, jouer, progresser », met l’éducation et l’affirmation de la jeune fille au centre de la démarche. Le rugby n’est donc pas pensé comme une fin en soi, mais comme un outil au service de l’épanouissement des participantes.
Cap Rugby, un programme à l’échelle de deux continents
Pour Malick Ndaw, chef du projet Cap Rugby chez Expertise France, l’initiative togolaise s’insère dans une démarche d’ensemble. Cap Rugby, sigle de Collectif Afrique Pacifique Rugby, est financé par l’Agence Française de Développement (AFD) et mis en œuvre par Expertise France, en partenariat avec la FFR. Il réunit quinze pays d’Afrique et du Pacifique.
Le programme poursuit un double objectif. Il vise d’abord à développer la pratique, en formant des administrateurs, des formateurs d’entraîneurs et des formateurs d’arbitres. Il ambitionne ensuite de faire du rugby un instrument de développement, au-delà des performances sportives.
Une fédération saluée pour son dynamisme
Après plus d’un an de mise en œuvre, M. Ndaw dresse un bilan « très positif » du rugby togolais. Au contact de plus d’une quinzaine de fédérations, il juge la FTR « particulièrement dynamique ».
Il relève par ailleurs que le projet ne se limite pas à la formation. Il offre à la fédération l’occasion de mettre en pratique ce qu’elle a appris, en organisant elle-même des événements soutenus par le programme. Le tournoi féminin en est l’illustration directe.
L’épreuve de décembre
Si l’ouverture de cette session marque un temps fort, l’essentiel reste à accomplir. Les organisateurs devront d’ici décembre vérifier que les jeunes filles initiées pourront effectivement jouer, et que les six clubs annoncés verront bel et bien le jour.
En cas de succès, la phase pilote ouvrira la voie à une extension progressive : quatre autres établissements l’an prochain, puis, « si tout se passe bien », l’ensemble du territoire. Pour la FTR, l’enjeu dépasse donc le simple tournoi. Il s’agit de transformer un élan en dynamique durable, et de faire du rugby féminin une réalité installée dans le paysage sportif togolais.
















