Par René DOKOU, le 26 Octobre 2026
(IMPARTIAL ACTU)-ICinq ans après son inauguration, la Plateforme Industrielle d’Adétikopé (PIA) cumule 350 milliards FCFA d’investissements, 25 entreprises partenaires et 6 780 emplois directs. Derrière ce bilan, une institution reste souvent dans l’ombre : l’Autorité de Coordination de la PIA (ACP), dirigée par le Lt-Col Idiola Sandah, qui fait travailler ensemble administrations, investisseurs et partenaires privés.
Inaugurée en juin 2021 à Adétikopé, à une quinzaine de kilomètres de Lomé, la PIA s’est imposée en cinq ans comme une référence du développement industriel intégré en Afrique de l’Ouest. Ses résultats s’expliquent en partie par un choix d’organisation : confier la coordination de l’ensemble à une autorité unique, l’ACP.
Une autorité placée au plus haut niveau
Créée par décret présidentiel le 14 mai 2021, un mois avant l’inauguration de la plateforme, l’ACP est placée sous la tutelle de la Présidence de la République togolaise. Elle dispose d’une autonomie de gestion. Ce rattachement lui donne le poids nécessaire pour accomplir une mission délicate : harmoniser les interventions des administrations publiques présentes sur le site, notamment les douanes, la sécurité, la santé et les services vétérinaires.
Son rôle ne se limite pas à cette coordination. L’ACP supervise la mise en œuvre opérationnelle des activités industrielles et logistiques, facilite les échanges entre investisseurs, partenaires privés et institutions publiques, et assure la promotion de la PIA à l’international. Elle fait aussi le lien entre l’État et ARISE Integrated Industrial Platforms (ARISE IIP), partenaire privé du projet, dans le cadre d’un partenariat public-privé. À sa tête, l’Administrateur général, le Lt-Col Idiola Sandah, pilote cette interface au quotidien.
Le Guichet Unique, outil central
Le dispositif repose sur un Guichet Unique qui centralise l’ensemble des démarches administratives. Les investisseurs y accomplissent en un seul lieu les formalités auprès des différentes administrations. Cette simplification réduit considérablement les délais et optimise les coûts d’implantation, deux critères qui pèsent lourd dans la décision d’un opérateur de s’installer ou non.
L’ACP veut aller plus loin avec le projet E-GUICHET, qui vise à numériser progressivement les prestations du Guichet Unique. Pour le Lt-Col Idiola Sandah, Administrateur général de l’ACP, l’objectif est de rendre l’accompagnement « plus lisible, plus rapide et plus prévisible ».
Une relation formalisée avec les investisseurs
L’engagement de l’ACP envers les opérateurs économiques a été formalisé dans une Charte de collaboration et d’accompagnement des investisseurs. Ce texte fixe le cadre des relations entre l’Autorité et les entreprises installées sur la plateforme.
La démarche s’inscrit dans une logique de concertation permanente. L’ACP organise régulièrement des rencontres avec les chefs d’entreprise afin d’identifier les points de blocage et d’engager des actions de suivi concrètes. Le dialogue ne s’arrête donc pas à l’implantation : il se poursuit tout au long de la vie des entreprises.
350 milliards FCFA : les résultats de cinq ans de coordination
Le bilan chiffré donne la mesure du chemin parcouru. La PIA totalise 350 milliards FCFA d’investissements cumulés. Elle compte 25 entreprises partenaires, dont 12 déjà opérationnelles, et a créé 6 780 emplois directs. Ces emplois sont occupés à 95 % par des Togolais, avec près de 80 % de jeunes et de femmes.
Huit filières stratégiques sont désormais couvertes : soja, karité, noix de cajou, textile, logistique, matériaux de construction, services industriels et transformation manufacturière. Plusieurs d’entre elles reposent sur des matières premières locales, ce qui favorise la valeur ajoutée sur place.
Former pour l’industrie
La coordination de l’ACP s’étend aussi à la formation. L’Autorité a conclu un accord-cadre avec l’Université de Kara pour aligner la formation académique sur les besoins de l’industrie. L’objectif est de renforcer l’employabilité des jeunes et d’adapter les compétences aux transformations du secteur, un enjeu d’autant plus important que la plateforme prévoit de recruter massivement.
Une vitrine régionale
L’expérience d’Adétikopé suscite l’intérêt au-delà des frontières. L’ACP reçoit de nombreuses délégations étrangères, maliennes, camerounaises, congolaises, mais aussi du Commonwealth et de la francophonie, venues s’inspirer du modèle. La PIA y partage son expérience en matière de gouvernance industrielle, de facilitation des investissements et de développement des chaînes de valeur locales.
Cap sur 2031
La seconde phase affiche une ambition claire : porter le parc à 40 unités industrielles et générer entre 15 000 et 20 000 emplois supplémentaires d’ici 2031. Passer de 25 à 40 unités suppose de relever des défis d’infrastructures, de main-d’œuvre qualifiée et de débouchés commerciaux, et c’est là que le rôle de l’ACP, sous la conduite du Lt-Col Idiola Sandah, sera de nouveau déterminant.
Un modèle reproductible ?
À l’heure où la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) appelle à la structuration de chaînes de valeur régionales, l’architecture d’Adétikopé offre une leçon : une autorité de coordination dotée d’une autonomie de gestion et rattachée au plus haut niveau de l’État, en interface avec un partenaire privé, peut faire la différence. Les 350 milliards FCFA investis en cinq ans en sont une première preuve. Comme le résume l’enseignement d’Adétikopé, l’industrialisation ne se décrète pas : elle se coordonne.
















