Par René DOKOU, le 15 Octobre 2026
(IMPARTIAL ACTU)- Aného s’apprête à vibrer au rythme des tambours et des incantations. Du 21 au 24 janvier 2027, la cité balnéaire accueille la 11e édition du festival, avec la Côte d’Ivoire comme invitée d’honneur.
Quatre jours entre ville et forêt sacrée
Pendant quatre jours, la ville du sud-est togolais recevra la 11e édition du Festival des divinités noires, un événement où se croisent spiritualité, art et réflexion. Pays à l’honneur de cette édition, la Côte d’Ivoire sera représentée par ses artistes, ses gardiens de traditions et ses chercheurs.
Le programme se partagera entre Aného et la forêt sacrée de Glidji, dans la préfecture des Lacs. Au menu : concerts, chants et danses du patrimoine, expositions consacrées à la diversité culturelle, cérémonies des sociétés initiatiques et conférences-débats sur les religions ancestrales. Les festivaliers pourront ainsi suivre à la fois des spectacles publics et des rites habituellement réservés aux initiés.
Près de vingt ans de transmission
Né en 2006, le festival s’est donné une double mission : mettre en lumière les traditions africaines et en confier l’héritage aux jeunes générations. Il joue aussi le rôle de passerelle. Artistes, responsables institutionnels et universitaires des peuples du golfe de Guinée s’y retrouvent avec les communautés afro-brésiliennes, dont l’histoire est étroitement liée à celle de cette côte.
La dernière édition, tenue en janvier 2025, avait précisément mis le Brésil à l’honneur. Cette continuité confirme la volonté des organisateurs de renouer, à chaque rendez-vous, les fils d’une mémoire commune entre les deux rives de l’Atlantique.
Le roi mise sur le rayonnement de la ville
Pour le roi des Mina et d’Aného, Nana Anè Ohiniko Quam Dessou XV, l’événement dépasse la simple célébration. Il y voit un levier pour accroître la visibilité et l’attractivité de la ville, tout en resserrant les liens culturels entre les peuples africains. Dans une localité qui cherche à retenir son histoire et à séduire visiteurs et investisseurs, cet appui de l’autorité traditionnelle donne du poids à la manifestation.
Aného, un carrefour d’histoire
Chef-lieu de la préfecture des Lacs, dans la région Maritime, Aného est coincée entre l’océan Atlantique au sud, le lac Togo au nord et le fleuve Mono à l’est. Son identité s’est forgée au fil des siècles par la rencontre de plusieurs peuples : les communautés xla-xweda, des migrants arrivés de la Gold Coast, des Afro-Brésiliens revenus sur le continent, ainsi que des commerçants et des administrateurs européens.
Son quartier administratif de Zébé a servi de première capitale au Togo, de 1887 à 1897, sous tutelle allemande. La ville garde de cette période des édifices coloniaux allemands et français. Elle abrite aussi une architecture afro-brésilienne remarquable, visible dans les quartiers d’Anéhogan et d’Adjido : des maisons à étage dont le rez-de-chaussée accueillait autrefois des boutiques.
Glidji, cœur spirituel du peuple guin
À quelques kilomètres, Glidji occupe une place à part. Centre spirituel du peuple guin, le site abrite un panthéon de 42 divinités. Réunies, Aného et Glidji figurent depuis 2021 sur la liste indicative du Togo auprès de l’UNESCO, qui leur reconnaît une histoire d’environ trois siècles et demi.
Le dossier déposé met en avant des pratiques toujours vivantes. La fête du nouvel an Épé-Ekpé, rythmée par le calendrier lunaire, en est l’exemple le plus marquant. Le guingbé, langue créolisée propre à la ville, en est un autre témoin.
Un patrimoine à préserver
Cet héritage n’est pourtant pas à l’abri. La proximité de Lomé a poussé une partie de la population à partir : lors du quatrième recensement général, Aného comptait environ 25 000 habitants. Plusieurs bâtiments anciens souffrent d’abandon ou d’un entretien insuffisant, et menacent de disparaître avec les récits qu’ils portent.
C’est dans ce contexte que s’inscrit le festival. En attirant visiteurs, chercheurs et artistes, il offre à la ville une occasion de se faire connaître, de valoriser son patrimoine et, peut-être, de susciter l’élan nécessaire à sa sauvegarde. Rendez-vous est pris en janvier 2027 pour une édition qui promet de mêler fête, recueillement et réflexion.
















