Par René DOKOU, le 06 Octobre 2026
(IMPARTIAL ACTU)- Gouvernance, financement, droits des créateurs : le ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, Isaac TCHIAKPE, a reçu ce lundi, dans son cabinet, les présidents des fédérations et organisations du monde culturel. Cette rencontre faisait suite à une plateforme revendicative adressée à son département. Elle a débouché sur un engagement concret : la création d’un comité de concertation et de suivi.
Un cahier de doléances en dix points
C’est Ariel DASSANOU, président de la Fédération togolaise de musique (FTM), qui a porté la parole des professionnels. Il a exposé devant le ministre le document commun des organisations du secteur, articulé autour de dix préoccupations majeures. Celles-ci touchent à trois grands axes : l’amélioration de la gouvernance, l’accès au financement et la professionnalisation des métiers de la culture.
Si la musique occupe une place centrale dans les échanges, les revendications concernent l’ensemble de l’écosystème culturel. Pour les signataires, le secteur ne pourra se développer durablement sans règles claires, sans ressources suffisantes et sans reconnaissance effective du statut des artistes.
Le Fonds national de promotion de la culture au cœur des attentes
Premier dossier évoqué : le Fonds national de promotion de la culture (FNPC). Les organisations réclament son opérationnalisation, c’est-à-dire sa mise en service effective au profit des créateurs et des structures culturelles. Elles demandent aussi davantage de transparence dans sa gestion, en particulier la communication régulière des rapports d’activités.
Cette exigence de redevabilité revient comme un fil rouge. Pour les acteurs culturels, un mécanisme de soutien public ne peut inspirer confiance que si les critères d’attribution et l’usage des fonds sont connus de tous. Les professionnels y voient une condition essentielle pour que les moyens alloués atteignent réellement ceux qui créent.
Droit d’auteur : réformer et moderniser
Le second bloc de revendications porte sur la protection des œuvres. Les fédérations plaident pour une réforme du Bureau togolais du droit d’auteur (BUTODRA), organisme chargé de la gestion des droits. Elles réclament en parallèle la modernisation du cadre juridique applicable, jugé nécessaire pour tenir compte de l’évolution des usages et des modes de diffusion des œuvres.
Dans la même logique, elles ont insisté sur la mise en œuvre de la rémunération pour copie privée. Ce mécanisme, connu dans de nombreux pays, permet de compenser les auteurs, artistes et producteurs pour la reproduction de leurs œuvres dans le cadre privé. Son application effective constituerait, selon les représentants du secteur, une source de revenus complémentaire pour les créateurs.
Une politique sectorielle pour la musique
Les organisations ont également appelé à la définition d’une véritable politique sectorielle de la musique, assortie d’une mise en œuvre rigoureuse. L’objectif : doter cette filière d’une feuille de route lisible, capable d’orienter les investissements, d’organiser les acteurs et de structurer les métiers, de la création à la diffusion.
Elles ont par ailleurs demandé un soutien renforcé de l’État aux espaces culturels et aux lieux de diffusion. Salles, scènes et centres culturels sont, à leurs yeux, des maillons indispensables pour permettre aux artistes de se produire, de rencontrer leur public et de vivre de leur art.
Ces demandes, ont souligné les représentants, visent à instaurer un environnement plus favorable à la création, à la diffusion et à la professionnalisation des artistes togolais.
Le ministre salue la démarche
Face à ces attentes, Isaac TCHIAKPE a d’abord salué l’initiative des organisations professionnelles. Il a réaffirmé la disponibilité de son département à entretenir un dialogue constructif avec l’ensemble des acteurs du secteur.
Le ministre a ensuite détaillé les actions engagées par ses services pour améliorer les conditions de vie et de travail des musiciens en particulier, et des artistes en général. Il a rappelé que plusieurs chantiers sont déjà en cours : le renforcement de l’organisation du secteur, l’amélioration des mécanismes d’appui à la création artistique, la modernisation des dispositifs de gestion du droit d’auteur et une meilleure structuration des filières culturelles.
Concertation et responsabilité partagée
Pour le ministre, les préoccupations soulevées doivent être traitées dans un esprit de concertation, de responsabilité partagée et de recherche de solutions durables. Cette approche, a-t-il fait valoir, doit permettre de consolider les acquis tout en apportant des réponses concrètes aux attentes des professionnels de la culture.
Ce positionnement place le dialogue au centre de la méthode gouvernementale. Il implique que l’administration comme les organisations professionnelles assument chacune leur part dans la réussite des réformes attendues.
Un comité pour pérenniser le dialogue
À l’issue des échanges, les participants ont décidé de mettre en place un comité de concertation et de suivi. Cette instance aura pour mission de veiller à l’application des recommandations formulées durant la rencontre et d’assurer la continuité du dialogue entre le ministère et les organisations du secteur.
La création de ce cadre permanent marque une étape notable. Elle offre aux fédérations un interlocuteur institutionnel identifié et un espace régulier pour évaluer l’avancement des dossiers. Pour le ministère, elle traduit la volonté de faire de la concertation un levier de transformation et de développement durable du secteur culturel.
Les enjeux à venir
Reste désormais à transformer l’essai. Les attentes exprimées sont importantes, et leur traitement sera scruté par les acteurs de la culture. L’opérationnalisation du FNPC, la réforme du BUTODRA, l’actualisation du cadre juridique, la rémunération pour copie privée et l’élaboration d’une politique sectorielle de la musique figurent parmi les chantiers qui permettront de mesurer l’effet réel de cette concertation.
Le calendrier de travail du comité de suivi, sa composition et ses modalités de fonctionnement constitueront, dans cette perspective, des éléments à surveiller. Leur précision déterminera la capacité de l’instance à produire des résultats tangibles.
À travers cette rencontre, le ministère du Tourisme, de la Culture et des Arts réaffirme son engagement à travailler aux côtés des artistes et de leurs organisations. Son ambition affichée : bâtir un écosystème culturel mieux structuré, plus transparent et davantage porteur d’opportunités pour les professionnels du secteur.
















