Par René DOKOU, le 29 Décembre 2025
(IMPARTIAL ACTU)- La région de la Kara traverse une situation hydrique préoccupante. Depuis le début de l’année, une pluviométrie anormalement faible s’est installée dans cette partie septentrionale du Togo, rompant avec les cycles saisonniers habituels. Ce déficit pluviométrique, directement lié aux effets du changement climatique, a provoqué une installation précoce de la saison sèche et fragilisé l’approvisionnement en eau potable à Kara et dans ses environs.
Les conséquences hydrologiques sont visibles et profondes. Le faible apport des pluies a entraîné un rechargement insuffisant des nappes phréatiques et des réservoirs naturels. Plusieurs sources alternatives, autrefois utilisées par les populations, se sont progressivement asséchées. Le mois de septembre, habituellement marqué par des précipitations soutenues, a enregistré un déficit notable, accentuant la raréfaction de la ressource. Dans certains quartiers de la ville de Kara, mais aussi dans des zones périphériques, la pression sur l’eau potable s’est ainsi fortement accrue.
Au cœur de cette crise se trouve le barrage de la Kozah, principal pilier de l’alimentation en eau potable des préfectures de la Kozah, de la Doufelgou et de la Binah. Mis en service en 1979, cet ouvrage a longtemps bénéficié de conditions climatiques favorables, avec des niveaux d’eau dépassant souvent la cote normale en fin de saison pluvieuse. Cette année, la situation est sans précédent. À la sortie de la saison des pluies, le niveau du barrage s’établit légèrement en dessous de huit mètres, contre seize mètres à la même période en 2024. Un niveau historiquement bas, jamais observé depuis la construction de l’infrastructure.
Cette chute spectaculaire a un impact direct sur la production d’eau potable. La capacité journalière est aujourd’hui estimée à environ 4 500 mètres cubes, contre une moyenne habituelle de 11 000 mètres cubes, soit une baisse de près de 40 %. À cette contrainte majeure s’ajoutent d’autres facteurs aggravants : l’évaporation accrue sous l’effet des températures élevées, la croissance démographique rapide de la région et l’assèchement des sources alternatives, qui reportent une pression supplémentaire sur le barrage de la Kozah.
Face à cette situation critique, le Gouvernement togolais a choisi l’anticipation. Dès les premiers signes de tension sur la desserte en eau potable dans les centres urbains du nord, des mesures urgentes et préventives ont été engagées, en étroite collaboration avec les acteurs du secteur de l’eau. La stratégie repose sur une combinaison d’actions immédiates et de solutions structurelles.
La première réponse concrète concerne la récupération et la valorisation de forages existants. Cinquante forages équipés de pompes à motricité humaine, principalement situés dans les zones semi-urbaines de Kara, Niamtougou et Pagouda, font l’objet de travaux de réhabilitation. Les opérations comprennent le démontage des équipements, le soufflage des ouvrages, des essais de pompage pour évaluer leur potentiel et l’installation de nouvelles conduites permettant leur raccordement au réseau de la Société Togolaise des Eaux. À ce jour, la moitié des forages ciblés a déjà été récupérée. Une douzaine sont opérationnels et connectés au réseau, certains étant aménagés en points d’eau autonomes pour desservir les quartiers périphériques et les zones en altitude, moins bien couvertes par la production du barrage.
En parallèle, un vaste programme de réalisation de nouveaux forages est en cours. Cent cinquante forages d’adduction d’eau potable sont prévus dans les zones urbaines et semi-urbaines de Kara, Niamtougou et Pagouda afin de renforcer durablement l’offre. Les études géophysiques ont permis d’identifier des sites favorables, et les travaux ont effectivement démarré. En une semaine, une quinzaine de nouveaux forages ont déjà été achevés, témoignant de la volonté d’aller vite face à l’urgence.
Au-delà de ces mesures immédiates, les autorités misent sur des solutions durables à moyen et long termes. Plusieurs projets structurants sont à l’étude ou en cours de mise en œuvre : la construction d’un barrage polyvalent sur le fleuve Kara à Sarakawa, la mobilisation des ressources de la cascade de Sara à Bafilo, la réalisation d’un barrage avec unité de traitement compacte sur la rivière Kara, ainsi que la modélisation et la sectorisation du réseau pour améliorer la desserte dans tous les quartiers de la ville. L’autonomisation des grandes structures consommatrices, telles que les hôpitaux, les casernes ou l’université, par la réalisation de forages industriels, figure également parmi les priorités.
Dans ce contexte tendu, un appel au civisme est lancé aux populations. L’eau potable, ressource vitale et désormais plus rare, doit être utilisée avec responsabilité.
Les autorités recommandent d’éviter tout gaspillage, notamment l’arrosage des espaces verts, le lavage des véhicules ou le remplissage des piscines. Les usagers sont également invités à signaler toute fuite ou anomalie sur le réseau en contactant la TdE via le numéro vert gratuit 8994. À Kara, la gestion de l’eau est plus que jamais l’affaire de tous.
















