Par René DOKOU, le 24 Mai 2026
(IMPARTIAL ACTU)- Au cœur de la préfecture de Wawa, réputée pour ses plantations de cacao, le Togo franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de valorisation agricole. À Abréwankor, un Centre de traitement post-récolte de cacao d’excellence vient d’être inauguré, marquant une volonté claire de hisser le cacao togolais au rang des produits hautement compétitifs sur les marchés spécialisés internationaux.
Une ambition agricole affirmée
Cette infrastructure moderne vise à améliorer la qualité du cacao, renforcer la compétitivité des producteurs et positionner durablement le pays dans le cercle restreint des exportateurs de cacao fin et aromatisé.
Des installations modernes et adaptées
Implanté sur une superficie de 1,37 hectare, le centre est doté d’équipements de pointe : un entrepôt de stockage de 25 tonnes, un hall de fermentation de 78 m², cinq tunnels de séchage, des dortoirs, un bloc sanitaire, un vestiaire, un système d’adduction d’eau potable et une électrification solaire.
Pour faciliter la collecte dans les treize villages concernés, le centre dispose également de motos et de tricycles. Le projet, financé à hauteur de 160 millions de francs CFA par le Comité de coordination pour les filières café et cacao (CCFCC), s’inspire des modèles camerounais qui ont déjà fait leurs preuves. L’objectif est ambitieux : produire dès la première année 100 tonnes de cacao d’excellence destinées aux marchés de niche, où les prix dépassent largement ceux des circuits conventionnels.
Miser sur la qualité pour exister
Lors de la cérémonie, le ministre de l’Économie et de la Veille stratégique, Badanam Patoki, a insisté sur l’importance de la qualité comme levier de compétitivité. « Le Togo est un petit producteur de cacao à l’échelle mondiale. Seule l’excellence peut nous permettre de nous imposer sur les marchés internationaux », a-t-il affirmé.
Pour lui, le centre dépasse le cadre technique : il constitue un instrument stratégique pour accroître les revenus des producteurs, créer des emplois pour les jeunes et les femmes, et renforcer la contribution du cacao à l’économie nationale. Le ministre a rappelé que le pays ambitionne désormais d’intégrer durablement le cercle des exportateurs de cacao fin et aromatisé.
Des producteurs déjà distingués
Badanam Patoki a salué les performances des producteurs togolais lors du concours international Cocoa of Excellence 2025. Deux membres de la coopérative IBA « COOP-CA » de Badou, Aboudou-Moumouni Maman et Koffi Ekouadji, ont décroché deux médailles d’or dans la catégorie Afrique et Océan Indien.
Le ministre a également mis en avant la dynamique en cours dans les filières café et cacao, rappelant l’inauguration récente de « La Maison du café, le terroir » à Lomé. Ces initiatives, selon lui, traduisent une volonté de structurer davantage les chaînes de valeur agricoles et de multiplier les opportunités économiques autour de la transformation locale.
Le CCFCC affiche ses ambitions
Enselme Gouthon, secrétaire général du CCFCC, a rappelé que le centre d’Abréwankor n’était qu’un projet il y a quelques années. Aujourd’hui, il incarne l’ambition du Togo de capitaliser sur la réputation internationale de son cacao pour accéder à des marchés plus sélectifs et rémunérateurs.
Il a souligné les distinctions obtenues par les producteurs togolais lors des différentes éditions du Cocoa of Excellence Awards, notamment en 2021, 2023 et 2025. Pour lui, ces résultats confirment que le cacao togolais possède un potentiel réel sur les marchés de niche. « La production nationale reste modeste, mais la qualité exceptionnelle de notre cacao lui confère une réputation solide à l’international. Cette performance doit être préservée et renforcée », a-t-il déclaré.
Le secrétaire général a ajouté que le centre servira non seulement à produire du cacao d’excellence dans des conditions respectueuses de l’environnement, mais aussi à former les producteurs et techniciens aux meilleures pratiques post-récolte.
Une ouverture vers l’international
L’inauguration a réuni plusieurs personnalités et partenaires internationaux, dont le Directeur exécutif de l’Organisation internationale du cacao (ICCO), des représentants du Cameroun et des chocolatiers français du « Club des Chocolatiers Engagés ».
À travers ce projet, le Togo cherche à intégrer le cercle restreint des producteurs de cacao fin et aromatisé, un segment à forte valeur ajoutée. Cette orientation stratégique pourrait redéfinir progressivement la place du pays sur le marché mondial du cacao, en lui offrant une visibilité accrue et des revenus plus stables pour ses producteurs.
Vers une nouvelle dynamique agricole
Au-delà du cacao, le CCFCC envisage déjà d’étendre cette approche au café, avec la création prochaine d’un centre d’excellence dédié. Cette stratégie globale traduit une volonté de bâtir des filières agricoles solides, capables de rivaliser sur les marchés internationaux tout en générant des retombées économiques locales.
Avec l’inauguration du centre d’Abréwankor, le Togo confirme son ambition : transformer ses productions agricoles en leviers de compétitivité et d’influence économique. Le cacao togolais, désormais porté par une infrastructure moderne et une stratégie claire, s’apprête à conquérir les marchés de niche mondiaux.
















