Par René DOKOU, le 05 Octobre 2026
(IMPARTIAL ACTU)- Rarement un revers de chantier aura valu une aussi belle note à son auteure. Samedi 3 octobre 2026, à l’UNIPOD de l’Université de Lomé, Amma Kumahor, étudiante de la deuxième promotion en Promotion Immobilière à la Nouvelle Formation Professionnelle (NFP), a défendu un rapport professionnel intitulé « La promotion immobilière : stratégies, contraintes et perspectives de développement ». Le jury lui a décerné 17,5/20.
Une soutenance sous haute présence
La cérémonie s’est déroulée devant le fondateur de la NFP, Tchindé Wiyaou, le corps enseignant, les étudiants et les proches de la candidate. Le jury était présidé par Bernard Kodjovi Agbomadji, chef de division de la promotion de l’habitat au ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat. L’architecte-urbaniste Djibril Mareini a encadré le travail.
Royal Estate, un projet ambitieux à l’arrêt
L’étude porte sur un programme résidentiel de standing situé à Apessito, dans la commune du Zio 2, sur l’axe Lomé-Mission-Tové. La promotrice n’est autre que la candidate, qui dirige la société HELSS.
Selon le rapport, le projet prévoyait un immeuble en R+10 de 140 appartements, bâti sur un terrain titré de 2 400 m². Les logements étaient proposés entre 50 et 65 millions de FCFA, avec un règlement échelonné sur 15 à 20 ans.
Le marché a répondu présent : plus de 50 réservations ont été enregistrées dès la première année, principalement auprès de cadres et de membres de la diaspora. Pourtant, aucune fondation n’a quitté le sol. De ce paradoxe naît la question centrale du mémoire : dans quelle mesure la promotion privée peut-elle contribuer à réduire le déficit de logements au Togo ?
Un problème de trésorerie, non de terrain
La réponse de l’étudiante est sans détour. Le foncier est sécurisé et la demande, démontrée. Le point de rupture se situe dans le montage financier : le projet a voulu substituer au crédit bancaire d’accompagnement un paiement direct étalé sur plusieurs années.
Or les dépenses de construction se concentrent sur les 12 à 18 premiers mois, tandis que les encaissements courent sur une période bien plus longue. Le rapport évalue cet écart à un manque de trésorerie d’environ 45 % du budget de construction.
Un montage repensé
Pour remettre l’opération sur les rails, la candidate formule plusieurs propositions :
réduire l’envergure du projet en trois bâtiments R+4, sur des fondations plus légères ;
adopter la vente en l’état futur d’achèvement (VEFA), sur 18 à 24 mois ;
recourir à un compte séquestre et à une garantie financière d’achèvement, afin de protéger les acquéreurs.
Trois enseignements retenus
Pour la NFP, l’intérêt du travail est aussi pédagogique. L’apprenante a identifié ses propres erreurs, puis reconçu son projet sur des bases plus solides. Le rapport en tire trois principes : sécuriser le financement avant de commercialiser, ajuster la conception aux capacités de trésorerie, et bâtir la confiance de la diaspora sur des garanties bancaires et juridiques vérifiables.
La diaspora, au cœur du plaidoyer
Le président du jury a souligné la pertinence du sujet. « Cette soutenance sera très utile à la candidate, et au-delà d’elle. Le thème qu’elle a choisi, la promotion immobilière, est vaste et concerne directement les promoteurs de notre pays », a-t-il déclaré. Et d’ajouter : « À l’issue de l’épreuve, nous lui avons délivré ce certificat, afin qu’elle puisse faire valoir ses droits demain et après-demain. »
Il a ensuite interpellé les Togolais de l’étranger : « La diaspora a toujours investi dans le pays. C’est elle qui contribue au développement national, et sans elle on ne peut rien faire, surtout dans les projets immobiliers et l’habitat. Je l’invite à financer et à investir au pays, afin que le logement décent soit accessible à tous. »
Vers un cadre légal pour le secteur
Ces conclusions rejoignent le plaidoyer de la NFP en faveur d’un encadrement juridique des agents et promoteurs immobiliers. Un secteur dont les conditions d’accès, les garanties et le contrôle sont clairement définis protège les acquéreurs, qu’ils résident au Togo ou à l’étranger.
















