Paix et cohésion sociale : l’ONG Youth Awake mobilise la société civile à Lomé

0
181

Par René DOKOU, le 29 Octobre 2026

(IMPARTIAL ACTU)- Lomé abrite, depuis le jeudi 29 octobre 2026, le Forum national des organisations de la société civile (OSC) consacré à la paix et à la cohésion sociale. Les travaux ont été officiellement lancés par M. Essozimna Wiyao, représentant le ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Chefferie coutumière. Organisée à l’initiative de l’ONG Youth Awake, la rencontre se déroule sous le thème : « De l’engagement local à l’impact national : renforcer les stratégies collaboratives des OSC pour prévenir les conflits et l’extrémisme violents ».

Un forum national ouvert sous l’égide du gouvernement

Pendant deux jours, la centaine de participants doit dégager des solutions opérationnelles pour rendre l’action des OSC plus efficace, plus complémentaire et plus durable dans la prévention des conflits et de l’extrémisme violent, ainsi que dans la promotion de la paix au Togo.

Un projet soutenu par l’Allemagne

Kolani Tobigue Yandare directeur exécutif de l’ONG Youth Awake

Selon le directeur exécutif de l’ONG, M. Kolani Tobigue Yandare, le forum s’inscrit dans la deuxième phase du projet « Renforcement de l’inclusion et de la résilience des jeunes et des femmes pour lutter contre l’extrémisme violent et le terrorisme tout en promouvant l’harmonie sociale et la cohésion durable ». Ce projet bénéficie de l’appui du ministère fédéral allemand des Affaires étrangères, à travers le programme zivik de l’ifa. Sa première phase avait été lancée en 2024.

Des initiatives nombreuses mais dispersées

Le choix du thème, a expliqué M. Kolani, ne doit rien au hasard. Il découle d’un constat quotidien : les communautés regorgent d’initiatives, de bonnes volontés et d’acteurs engagés pour la paix, mais ces efforts restent parfois éparpillés, mal connus et insuffisamment reliés entre eux.

Dans les villages, les quartiers et les communes, a-t-il souligné, les OSC accomplissent un travail discret mais essentiel : elles écoutent les populations, accompagnent les jeunes, soutiennent les femmes, facilitent le dialogue et interviennent là où les tensions commencent à fragiliser les relations entre communautés. Souvent les premières à percevoir les frustrations et les signes de méfiance, elles détiennent là, selon lui, leur plus grande richesse, mais aussi une responsabilité : ne pas se contenter de constater les problèmes, et contribuer à bâtir des réponses durables.

« Une tension qui n’est pas prise au sérieux aujourd’hui peut devenir un conflit demain », a-t-il averti, ajoutant qu’une frustration ignorée peut nourrir la méfiance et qu’un jeune qui se sent exclu, abandonné ou privé de perspectives devient plus vulnérable aux discours de manipulation et de violence. D’où son plaidoyer : la prévention ne commence pas quand la violence éclate, mais bien en amont, par l’écoute, le dialogue, l’inclusion, la justice et la confiance entre citoyens et institutions.

Une expérience de terrain à l’appui

Youth Awake intervient dans 26 communes du Togo, dont 16 frontalières, et s’appuie sur un réseau de 52 points focaux et délégués. Cette expérience lui a enseigné, a indiqué son directeur, que la paix ne se construit pas seulement lors de grandes rencontres ou par des déclarations officielles, mais d’abord dans les relations quotidiennes : lorsqu’un jeune choisit le dialogue plutôt que la violence, lorsque les femmes deviennent des actrices reconnues de la prévention et de la résolution des conflits, lorsque des communautés méfiantes osent à nouveau se parler et travailler ensemble, ou encore lorsque autorités locales, services de l’État et organisations citoyennes unissent leurs efforts.

Passer de l’action isolée à la dynamique collective

« Aucune organisation, aussi engagée soit-elle, ne peut à elle seule prévenir durablement les conflits et l’extrémisme violent », a martelé M. Kolani. Il a appelé à dépasser les interventions isolées pour construire une dynamique collective où les initiatives locales s’enrichissent mutuellement. Cette démarche, a-t-il précisé, se veut complémentaire de l’action de l’État et des orientations nationales de prévention de l’extrémisme violent, que les OSC entendent soutenir et nourrir de leur expérience du terrain.

Sept objectifs pour deux jours de travaux

Concrètement, les participants sont invités à :

présenter et analyser des approches de collaboration et des expériences pertinentes en matière de paix, de cohésion sociale et de résilience communautaire ;

identifier les mécanismes propres à améliorer la coordination, la concertation et la complémentarité entre OSC, institutions publiques et autres acteurs ;

examiner les pistes d’une collaboration renforcée avec les médias, afin de promouvoir une information responsable et de prévenir les tensions ;

explorer les approches d’autonomisation économique et de renforcement de la résilience pour réduire certains facteurs de vulnérabilité ;

déterminer les conditions de reproduction ou de mise à l’échelle des initiatives locales pertinentes ;

faire émerger des propositions concrètes d’actions conjointes, de partenariats et de mobilisation de ressources ;

formuler des orientations stratégiques pour alimenter les travaux de groupes et les engagements collectifs du forum.

L’« Appel de Lomé » comme aboutissement

Les conclusions seront consignées dans un document commun, l’« Appel de Lomé pour la paix et la cohésion sociale ». Les organisateurs souhaitent qu’il ne soit pas « un document de plus », adopté puis oublié, mais l’expression d’une volonté partagée de mieux travailler ensemble, de renforcer le dialogue entre OSC et institutions, et de produire des engagements concrets. Ils espèrent qu’il marquera le point de départ d’une collaboration prolongée au-delà des deux journées, et que les engagements pris à Lomé se traduiront bientôt en actions au bénéfice des communautés.

M. Kolani a enfin exprimé sa profonde gratitude au gouvernement togolais, et particulièrement au ministre, dont la présence illustre, selon lui, l’importance accordée par les pouvoirs publics à la contribution de la société civile.

La société civile, sentinelle en amont

Mme Chantal Hodalo Sassabi-Tchangaye

Participante et panéliste, Mme Chantal Hodalo Sassabi-Tchangaye a insisté sur le caractère préventif de l’enjeu : prévenir les conflits et l’extrémisme violent, c’est travailler en amont, ce qui renvoie les OSC à leur responsabilité. Quotidiennement au contact des citoyens, celles-ci sont informées des mouvements et dynamiques sociales, ce qui leur permet d’agir plus tôt et plus efficacement.

Elle a cité l’exemple des communes, où les relations entre dirigeants et administrés sont souvent source de tensions, faute d’information et de compréhension de l’action des organes municipaux. Les OSC y œuvrent à l’éducation et à l’intégration des populations, dans une dynamique participative et inclusive qui associe femmes, enfants, jeunes et adultes.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici