Par René DOKOU, le 06 Novembre 2025
(IMPARTIAL ACTU)- Un atelier consacré à la lutte contre la circulation illicite des produits chimiques toxiques s’est tenu le jeudi 6 novembre 2025 à Lomé. Cette rencontre, organisée par l’Autorité Nationale pour l’Interdiction des Armes Chimiques (ANIAC-TOGO) en collaboration avec le Centre Régional des Nations Unies pour la Paix et le Désarmement en Afrique (UNREC), s’inscrit dans la dynamique de renforcement des capacités nationales face à la prolifération des substances chimiques dangereuses.
L’initiative vise à mieux faire connaître le régime de contrôle des produits chimiques de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques (CIAC) et à expliquer les différentes dispositions de sa mise en œuvre au Togo. La cérémonie d’ouverture a été présidée par M. Anselme Nahmtante Yabouri, Directeur général de l’UNREC, en présence d’autorités civiles et militaires, d’experts et de représentants d’institutions publiques et privées.
Une mobilisation multisectorielle
Environ quarante participants prennent part aux travaux. Ils proviennent de divers secteurs clés : agents des douanes, commandants d’unités, commissaires de police, magistrats, représentants des ministères de l’Industrie, de l’Agriculture, de l’Environnement, mais aussi de la SAZOF, de l’ASOZOF, de l’Autorité nationale de sûreté et de sécurité nucléaires (ANSSN) et de la Commission nationale de lutte contre la prolifération des armes légères (CNLPAL).
Cette diversité d’acteurs témoigne de l’approche intégrée que prône l’ANIAC-TOGO dans la prévention et la gestion des risques chimiques.
Une menace croissante et évolutive
De nos jours, la prolifération des produits chimiques toxiques dépasse les frontières physiques. Les contrevenants exploitent désormais les marchés en ligne et les circuits informels pour distribuer et livrer des substances interdites ou non déclarées. Cette évolution complexifie la tâche des autorités de contrôle, souvent confrontées à un manque d’outils adaptés ou à une méconnaissance du phénomène.
Selon le Dr. Tchein Ninkabou, diplomate et Secrétaire permanent de l’ANIAC-TOGO, l’apparition de nouvelles substances toxiques et la diversification des marchés illicites « continuent de mettre en péril les efforts du système international de contrôle ».
Il souligne que malgré l’existence de normes internationales, le contexte actuel exige « des États des efforts supplémentaires en matière de surveillance des circuits de distribution des produits chimiques », notamment pour prévenir leur détournement à des fins criminelles.
Entre libre-échange et sécurité
La Convention sur l’interdiction des armes chimiques, bien qu’elle vise à éliminer les armes chimiques et à prévenir leur réapparition, encourage également le libre-échange et la coopération scientifique dans l’usage pacifique de la chimie. Ce double objectif pose un défi : concilier les impératifs du commerce international et les exigences de sécurité.
« Promouvoir l’équilibre entre la libre circulation de ces substances et empêcher leur détournement à des fins illicites nécessite un renforcement du système national de contrôle », a déclaré Dr. Ninkabou.
Il a rappelé que l’ANIAC-TOGO, en tant qu’émanation nationale de la CIAC, œuvre à outiller les acteurs publics pour une application rigoureuse des normes de contrôle, tout en sensibilisant les opérateurs économiques sur leurs obligations.
Le Togo face à la réalité du terrain
Pour le Colonel Koffi Akpamoura, président de l’ANIAC-TOGO, la situation reste préoccupante. « L’ampleur actuelle du trafic illicite des produits chimiques constitue une menace grave pour la sécurité des États », a-t-il averti.
Il a souligné que, malgré les nombreuses initiatives de sensibilisation et le renforcement du cadre législatif, le Togo reste exposé au risque de détournement de produits chimiques, souvent introduits par fraude ou sous de fausses déclarations commerciales.
C’est dans ce contexte que l’organisation de l’atelier prend tout son sens : créer une synergie d’action entre les administrations concernées et établir des mécanismes de coordination efficaces.
L’appui des Nations Unies réaffirmé
Dans son allocution d’ouverture, M. Anselme Nahmtante Yabouri, Directeur général de l’UNREC, a réaffirmé l’engagement du système onusien à soutenir les États africains dans la mise en œuvre des instruments internationaux relatifs au désarmement et à la non-prolifération.
« L’UNREC reste disposé à accompagner le Togo dans la formation, la sensibilisation et la mise en place d’outils modernes de surveillance des substances chimiques dangereuses », a-t-il assuré.
Vers un meilleur contrôle des produits chimiques
L’atelier poursuit plusieurs objectifs spécifiques :
Assister les acteurs publics à mieux contrôler les transferts internationaux de produits chimiques ;
Renforcer les dispositifs de contrôle aux points d’entrée et de sortie du territoire ;
Mettre en place des outils d’identification et de traçabilité des substances toxiques ;
Prévenir les risques et menaces liés à la manipulation et au transport de ces produits ;
Promouvoir une gestion coordonnée et durable des produits chimiques au Togo
À terme, les conclusions de cet atelier devraient servir de base à l’élaboration d’un plan national de contrôle et de prévention, renforçant ainsi la capacité du pays à faire face à la circulation illicite des substances chimiques dangereuses.
En plaçant la sécurité chimique au cœur de ses priorités, le Togo confirme sa volonté de respecter ses engagements internationaux et de protéger sa population contre les menaces que représente l’usage détourné de la chimie.
















