Par René DOKOU, le 06 Novembre 2025
(IMPARTIAL ACTU)- Au Bénin, la récente révision de la Constitution, opérée dans la plus grande discrétion et sous un silence assourdissant des grandes rédactions internationales, fait naître un profond malais. L’initiative, portée par le président sortant Patrice Athanase Talon, soulève de vives interrogations quant à ses véritables intentions et met à nu le paradoxe d’un homme qui, hier encore, se présentait comme un démocrate convaincu, respectueux de l’alternance et de la volonté populaire.
En effet, le chef de l’État béninois, qui a toujours promis partir à la fin de son second mandat au palais de la Marina, semble aujourd’hui s’engager dans une voie tout à fait contraire à ses engagements initiaux. Cette révision constitutionnelle, loin d’être un simple ajustement technique, apparaît comme une manœuvre politique visant à redessiner le paysage institutionnel pour maintenir un contrôle étroit sur le pouvoir, même sans mandat électif. Talon, à travers cette démarche, montre qu’il est loin de l’image d’un démocrate « fini » qu’il a longtemps laissée miroiter à l’opinion.
La situation devient d’autant plus préoccupante que les indices d’une stratégie de mainmise sur le pouvoir se multiplient : l’imposition d’un dauphin politique prêt à lui obéir au doigt et à l’œil, l’exclusion progressive des adversaires les plus redoutables, notamment ceux issus du parti Les Démocrates, et l’architecture juridique taillée pour neutraliser toute opposition crédible. Tout semble indiquer une volonté de rester maître du jeu politique, en contrôlant les institutions sans en faire formellement partie.
Mais le plus grand scandale se trouve sans doute dans le silence complice des médias étrangers. Ceux-là mêmes qui, d’ordinaire, s’érigent en gardiens de la morale démocratique, dénoncent avec vigueur toute dérive institutionnelle ailleurs en Afrique, mais se montrent aujourd’hui étrangement muets. Aucune indignation, aucun grand titre, aucune tribune alarmiste sur la situation au Bénin. Une révision forcée de la Constitution, dans un pays autrefois cité en exemple de stabilité démocratique, n’émeut visiblement personne à Paris, Londres ou Washington.
Cette attitude à géométrie variable des médias occidentaux a de quoi choquer. Lorsqu’il s’agit d’autres pays africains, les mêmes rédactions n’hésitent pas à mobiliser caméras, éditorialistes et experts pour dénoncer le recul démocratique. Mais face à Patrice Talon, c’est le silence. Un silence qui en dit long sur la partialité et la sélectivité d’une certaine presse internationale, prompte à donner des leçons mais réticente à les appliquer à tous.
En voulant, par tous les moyens, continuer à exercer le pouvoir sans en avoir la légitimité électorale, Patrice Talon prend le risque de plonger le Bénin dans une zone d’incertitude politique inédite. Et si rien n’est fait pour ramener la transparence et le respect de la volonté populaire, le pays pourrait bien perdre ce qui faisait jusqu’ici sa force : sa réputation de modèle démocratique en Afrique de l’Ouest.
La démocratie béninoise, jadis enviée, vacille. Et pendant ce temps, ceux qui devraient sonner l’alerte observent, impassibles. Une honte pour le journalisme, et un triste symptôme d’une information à géométrie variable.
















