HCRRUN, dix ans après : la réparation des blessures et la reconquête de la dignité

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Par René DOKOU, le 15 Janvier 2026

(IMPARTIAL ACTU)- Longtemps perçu comme une institution de plus dans l’architecture post-crise, le Haut-Commissariat à la Réconciliation et au Renforcement de l’Unité Nationale (HCRRUN) s’est progressivement imposé comme un acteur central de la réparation des victimes au Togo. Dix ans après son installation, les témoignages recueillis sur le terrain traduisent une réalité nouvelle : celle d’une douleur reconnue, accompagnée et, parfois, apaisée.

« Aujourd’hui, on se sent à l’aise »

« Nous sommes très contents de ce que le HCRRUN nous a fait. Aujourd’hui, on se sent à l’aise. » Ces mots simples, mais lourds de sens, reviennent dans la bouche de nombreuses victimes prises en charge par le Haut-Commissariat. Derrière ces déclarations se cachent des parcours marqués par des violences, des pertes matérielles, des traumatismes psychologiques et une longue attente de reconnaissance.

Créé à la suite des recommandations de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR), le HCRRUN avait pour mission de traduire en actes concrets les engagements de l’État togolais en matière de réparation et de réconciliation nationale. Pour beaucoup, l’institution suscitait au départ scepticisme et doutes. Dix ans plus tard, le regard a changé.

« HCRRUN était mon père et ma mère »

L’impact du HCRRUN se mesure avant tout à travers les vies qu’il a contribué à reconstruire. « HCRRUN était mon père et ma mère », confie une victime, résumant ainsi le rôle de soutien moral et matériel joué par l’institution. Au-delà des indemnisations financières, c’est un accompagnement global qui a été mis en place.

Sur le plan des réparations individuelles, 33 240 victimes ont été indemnisées à travers 124 sessions organisées sur toute l’étendue du territoire national. À ces indemnisations s’ajoutent des accompagnements médico-psychologiques destinés à aider les victimes à surmonter les traumatismes du passé, ainsi que des restitutions de biens lorsque cela était possible.

Le HCRRUN a également investi le champ des réparations collectives et communautaires, un volet essentiel dans un pays marqué par des conflits intercommunautaires. Des écoles, des centres de santé, des forages, des ponts et des pistes rurales ont vu le jour dans plusieurs localités. Particularité notable : ces projets d’utilité publique ont été identifiés par les bénéficiaires eux-mêmes, renforçant ainsi leur appropriation et leur impact durable.

« Je suis très libre et très fier »

La réparation ne se limite pas à l’aspect matériel. Pour de nombreuses victimes, elle passe aussi par la restauration de la dignité et de la confiance en soi. « Je suis très libre et très fier », témoigne un autre bénéficiaire, illustrant le sentiment d’émancipation retrouvé après des années de marginalisation et de silence.

Des bourses scolaires ont été octroyées à des élèves issus de familles victimes, permettant à une nouvelle génération de se projeter dans l’avenir. À cela s’ajoutent des réparations mémorielles, destinées à reconnaître officiellement les souffrances endurées et à inscrire la mémoire des événements dans l’histoire collective nationale.

Dix ans, près de 30 milliards mobilisés

Dans un documentaire commémoratif retraçant les actions du HCRRUN, la présidente de l’institution, Awa Nana-Daboya, a levé le voile sur l’ampleur des moyens financiers mobilisés. « Sur ces dix ans, c’est près de 30 milliards de francs CFA que l’État a débloqués dans le cadre du fonds spécial mis à disposition. Sur ces 30 milliards, 25 milliards ont été consacrés aux réparations », a-t-elle précisé.

Ces chiffres traduisent la volonté politique de donner un contenu réel au processus de réconciliation, au-delà des discours. Ils expliquent également pourquoi, aujourd’hui, « les douleurs ont un autre visage », selon l’expression employée par plusieurs observateurs.

Les perspectives d’un chantier inachevé

Malgré ce bilan jugé globalement positif, les responsables du HCRRUN reconnaissent que le travail est loin d’être achevé. « Après ces dix ans, nous n’en sommes peut-être qu’à un niveau du parcours », admet Awa Nana-Daboya. L’un des défis majeurs reste l’identification et la prise en charge des victimes encore non enregistrées.

La pérennisation des actions engagées constitue

une autre priorité, afin de consolider les acquis et d’éviter un retour aux frustrations du passé. Le HCRRUN entend également poursuivre sa mission de renforcement de la confiance entre les citoyens et l’État, condition indispensable d’une réconciliation durable.

Enfin, l’institution affiche sa volonté de travailler davantage sur les questions d’impunité et de non-répétition, afin que les violations du passé ne se reproduisent plus. Un chantier sensible, mais incontournable, pour inscrire définitivement le Togo sur la voie d’une paix consolidée.

Dix ans après, le HCRRUN n’a pas tout réparé. Mais pour des milliers de Togolais, il a ouvert la voie vers la reconnaissance, la dignité retrouvée et l’espoir d’un avenir apaisé.

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