Togo-Russie : la CCI-Togo mise sur la production partagée

0
135

Par René DOKOU, le 30 Septembre 2026

(IMPARTIAL ACTU)- Faire du commerce ne suffit plus, il faut produire ensemble. C’est le message que la Chambre de Commerce et d’Industrie du Togo (CCI-Togo) a adressé, ce mardi, à une délégation d’opérateurs économiques russes en séjour à Lomé. Cette délégation accompagne la première session de la Commission mixte intergouvernementale Togo-Russie.

Une rencontre placée sous le signe de l’action

La cérémonie s’est déroulée au siège de la CCI-Togo. Y ont pris part le Secrétaire général du ministère délégué chargé du Commerce et du Contrôle de la qualité, Yakpé Nomadoli, des représentants des autorités russes, des élus consulaires et plusieurs chefs d’entreprise togolais.

Dr Kwassi Symenouh, Président de la CCI-TOGO

Le président de la Chambre, Dr Kwassi Symenouh, a replacé l’événement dans une séquence diplomatique précise. Il l’a rattaché à la rencontre de haut niveau tenue à Moscou en novembre 2025 entre les dirigeants des deux pays. Celle-ci avait reconnu la nécessité d’accélérer la coopération et de lancer les travaux de la Commission intergouvernementale. La mission russe à Lomé en est donc la traduction concrète.

Des échanges encore loin de leur potentiel

Pour Dr Symenouh, la relation doit désormais passer « de la proximité institutionnelle à une proximité économique encore plus forte ». Devant ses interlocuteurs, il a résumé la philosophie de la Chambre : il ne s’agit plus seulement de vendre et d’acheter, mais de produire ensemble.

Les chiffres qu’il a cités montrent l’écart à combler. En 2024, les importations togolaises en provenance de Russie ont atteint environ 97 millions de dollars. Cela représente 3,3 % des achats du pays à l’étranger, avec une place importante pour les engrais. Le président de la CCI-Togo y voit un socle encourageant, mais qui reste loin de ce que permettrait le potentiel réel des deux économies.

Les secteurs de coopération envisagés sont nombreux :

l’agriculture et l’agro-industrie ;
les mines, l’énergie et les ressources naturelles ;
les infrastructures et la logistique ;
le numérique et la santé ;
la formation professionnelle.
Quatre chantiers ouverts aux partenaires russes

Le président de la Chambre a profité de la présence de la délégation pour exposer quatre projets portés par l’institution. Pour chacun, la CCI-Togo cherche des partenaires russes.

L’Académie consulaire des métiers d’Adétikopé. Son centre de mécanique automobile est presque achevé. La Chambre cherche des partenaires pour équiper les ateliers et assurer le transfert de technologies.

La gare routière de Sokodé. Elle est conçue comme une plateforme de mobilité et de services, au-delà d’une simple aire d’embarquement. Les partenariats sont ouverts sur la conception, la construction ou l’exploitation.

L’AgriTech d’Agbelouvé. Ce pôle d’agriculture intelligente doit servir d’espace d’expérimentation et de formation pour les jeunes entrepreneurs agricoles.

Un parking structuré au centre-ville de Lomé. Ce projet de mobilité urbaine vise aussi la valorisation foncière. Il est ouvert au partenariat public-privé.

Ces quatre chantiers couvrent des besoins différents : formation, transport, innovation agricole et aménagement urbain. Ils laissent aux investisseurs russes plusieurs portes d’entrée, selon leur savoir-faire et leur appétit pour le risque.

Un cadre institutionnel à construire

La CCI-Togo ne s’est pas limitée aux projets. Elle a proposé la signature d’un accord de coopération avec la Chambre de Commerce et d’Industrie de la Fédération de Russie. Elle suggère aussi la création d’un Conseil d’affaires Togo-Russie. Ce Conseil serait un espace de dialogue régulier entre entrepreneurs des deux pays, pour que les échanges ne dépendent plus des seules visites officielles.

Le président de la Chambre a conclu son intervention par un argument de vente : « Le Togo ne vous propose pas seulement un marché. Il vous offre une plateforme pour entreprendre en Afrique de l’Ouest. »

Moscou plaide pour un bénéfice mutuel

Maxim Petrov, représentant commercial de la Russie au Nigeria et au Togo

Au nom de la délégation russe, son chef, Maxim Petrov, a défendu une relation fondée sur le bénéfice mutuel et le développement partagé. Il a rappelé que la représentation commerciale russe, active depuis trois ans, avait fait ses preuves au Nigeria. Elle souhaite désormais transposer cette expérience au Togo, avec les adaptations nécessaires.

M. Petrov a annoncé que les membres de la délégation présenteraient les opportunités dans l’agriculture, les technologies innovantes, l’énergie et d’autres secteurs. Il a ensuite employé une formule imagée : « Nous ne sommes pas là pour vous donner du poisson. Nous sommes là pour vous apprendre à pêcher. »

Cette formule rejoint le mot d’ordre de la Chambre. Des deux côtés, on parle de transfert de compétences et de production locale plutôt que de simple livraison de marchandises.

Aux entreprises de jouer

Le Secrétaire général du ministère du Commerce, Yakpé Nomadoli, a salué une rencontre qui prolonge, selon lui, les engagements pris par le président russe et le Président du Conseil, Faure Gnassingbé, lors du dernier déplacement de ce dernier à Moscou. Il a tenu à rappeler le partage des rôles : « Nos deux dirigeants ont déjà tracé la voie, et il appartient au secteur privé de saisir les opportunités pour développer les affaires. »

Les autorités ont donc posé le cadre politique, et c’est désormais aux entrepreneurs de le remplir. L’effort de la CCI-Togo pour présenter des projets chiffrés, localisés et ouverts au partenariat s’inscrit dans cette logique. Le pari est de transformer des déclarations d’intention en contrats.

Prochaine étape : le B2B

Le premier test aura lieu dès demain. Une rencontre B2B est programmée le mercredi 30 septembre au Palais des Congrès de Lomé. Elle doit renforcer le réseautage entre opérateurs économiques togolais et russes. Les entreprises pourront y engager des discussions concrètes sur les quatre projets présentés et sur les autres secteurs évoqués.

Reste à savoir si ces contacts déboucheront sur des investissements. Avec 97 millions de dollars d’importations en 2024 et une relation jusque-là centrée sur les engrais, la marge de progression est réelle. La session de la Commission mixte et la mission russe ont au moins ouvert la voie à une coopération plus équilibrée, tournée vers la production et le transfert de savoir-faire.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici