Transport routier au Togo : près de 240 femmes formées à la conduite de poids lourds

0
58

Par René DOKOU, le 29 Avril 2026

(IMPARTIAL ACTU)- Au Togo, 240 femmes s’apprêtent à franchir une étape décisive dans leur parcours professionnel : apprendre à conduire des poids lourds. Cette formation, inscrite dans le cadre du Projet Corridor Économique Lomé-Ouagadougou-Niamey (PCE-LON), marque une avancée majeure dans l’inclusion des femmes dans un secteur historiquement dominé par les hommes. Elle répond également à une demande croissante de chauffeurs qualifiés dans le transport routier, essentiel pour la connectivité régionale

Un programme structuré et certifiant

La formation, d’une durée de trois mois, combine théorie, pratique et certification. Les participantes suivent des cours sur la réglementation routière, la mécanique de base et la sécurité, avant de passer à la conduite sur le terrain. À l’issue du parcours, elles obtiennent le Certificat de Conductrice Professionnelle de poids lourds, reconnu par les autorités compétentes.

La première cohorte de 40 femmes a déjà entamé la phase certifiante le 28 avril. Au total, six cohortes de 40 participantes seront formées en 2026, portant le nombre de bénéficiaires à 240. Les permis professionnels C, D et E sont délivrés selon les orientations choisies par les candidates.

Briser les stéréotypes et ouvrir des perspectives

Pour les bénéficiaires, cette opportunité est synonyme de changement de vie. « C’est une chance unique. Nous apprenons un métier qui ouvre de vraies perspectives. Jamais nous n’aurions imaginé accéder à ce secteur auparavant », confie Logossè Ayabavi, participante de la première cohorte.

Au-delà de l’acquisition de compétences, le programme contribue à déconstruire les stéréotypes liés aux métiers de la conduite de véhicules lourds. Il démontre que les femmes peuvent s’imposer dans des domaines techniques et exigeants, longtemps perçus comme exclusivement masculins.

Un projet soutenu par la Banque mondiale

Le PCE-LON bénéficie d’un financement de 120 millions de dollars de la Banque mondiale. Mis en œuvre par le ministère des Transports à travers la Direction des transports routiers et ferroviaires (DTRF), il s’inscrit dans une stratégie globale de modernisation des infrastructures et de renforcement de la compétitivité régionale.

Le corridor Lomé-Ouagadougou-Niamey, axe vital pour les échanges commerciaux, est au cœur de cette dynamique. En formant des conductrices qualifiées, le projet contribue à fluidifier le transport des marchandises et à améliorer la sécurité routière.

Autonomisation économique et impact social

Dans un contexte où l’autonomisation des femmes est une priorité nationale, cette initiative dépasse le cadre strict du transport. Elle ouvre des perspectives d’emploi stables et bien rémunérés, favorisant l’indépendance financière des bénéficiaires.

Le programme s’inscrit également dans une logique de justice sociale : il permet à des femmes issues de milieux modestes d’accéder à une formation qualifiante et à un secteur porteur. En intégrant ces nouvelles conductrices, le marché du travail se diversifie et gagne en équité.

Un modèle pour la sous-région

Le Togo se positionne ainsi comme un pionnier en Afrique de l’Ouest dans la promotion de l’égalité des chances dans le transport routier. L’expérience pourrait inspirer d’autres pays de la sous-région confrontés aux mêmes défis : manque de chauffeurs qualifiés, faible participation des femmes dans les métiers techniques, et nécessité de renforcer la compétitivité des corridors économiques.

À terme, l’impact attendu dépasse les frontières nationales. En favorisant la mobilité des femmes et leur intégration dans le transport international, le projet contribue à une meilleure connectivité régionale et à une croissance inclusive.

Perspectives et défis

Si l’initiative est saluée, elle devra relever plusieurs défis : assurer la pérennité des formations, garantir l’insertion professionnelle des bénéficiaires et accompagner leur intégration dans un secteur encore marqué par des résistances culturelles.

Le suivi post-formation sera déterminant. Les autorités devront veiller à ce que les conductrices trouvent effectivement des emplois, et que les entreprises de transport routier leur ouvrent leurs portes. La réussite du projet dépendra de cette articulation entre formation et emploi.

Une dynamique de transformation sociale

En formant 240 femmes à la conduite de poids lourds, le Togo envoie un signal fort : celui d’une société en mutation, prête à briser les barrières de genre et à promouvoir l’égalité dans les métiers techniques.

Au-delà des chiffres, c’est une dynamique de transformation sociale qui s’installe. Ces femmes deviennent des modèles pour les générations futures, prouvant que l’audace et la détermination peuvent ouvrir des voies nouvelles dans des secteurs longtemps fermés.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici