Par René DOKOU, le 18 Février 2026
(IMPARTIAL ACTU)- Le gouvernement togolais et UNICEF resserrent les rangs avec les médias. Mardi 17 février, le Ministère de la Planification et du Développement, en partenariat avec l’agence onusienne, a réuni des professionnels de l’information autour d’un café de presse consacré au partenariat stratégique qui lie l’État togolais à l’institution internationale, ainsi qu’à la mise en œuvre de l’initiative vaccinale dite du « Grand Rattrapage » (Big Catch-Up).
Un dialogue stratégique avec la presse
Au cœur des échanges : la transparence des mécanismes de coopération, la responsabilité des acteurs impliqués et le rôle déterminant des médias dans la consolidation des acquis sanitaires.
Représentant la Direction générale de la mobilisation de l’aide publique (DGMAP), Fabrice Aku Etey, assistant et point focal au ministère, a fixé le cap dès l’ouverture. L’objectif de la rencontre, a-t-il souligné, est d’instaurer un dialogue direct, constructif et durable avec la presse nationale. Dans un contexte marqué par la circulation rapide de fausses informations, notamment sur les vaccins, il a insisté sur la responsabilité des journalistes en tant que relais d’informations fiables et vérifiées.
« La diffusion d’informations exactes sur le programme de coopération Gouvernement-UNICEF doit se faire avec rigueur et responsabilité », a-t-il martelé, réaffirmant l’engagement des autorités togolaises en faveur du bien-être des enfants sur toute l’étendue du territoire.
Des partenariats encadrés par des standards internationaux
Au-delà de la vaccination, la rencontre a permis d’éclairer les mécanismes qui régissent les collaborations entre l’UNICEF et ses partenaires nationaux.
Un accent particulier a été mis sur la plateforme numérique UNPP (United Nations Partner Portal), outil commun aux agences du système des Nations Unies pour l’enregistrement et la sélection des organisations partenaires issues de la société civile.
Mme Adevi Ayaovi Djahlin, spécialiste en Protection maternelle et infantile (PMI/UNICEF), a détaillé les principes qui structurent ces partenariats. Toute collaboration, a-t-elle expliqué, repose sur un plan de travail annuel élaboré conjointement avec le Gouvernement. Ce document stratégique définit les priorités, les activités à mener et la répartition précise des responsabilités.
Les organisations candidates-ONG nationales et internationales, associations communautaires, universités ou organes de presse doivent obligatoirement s’enregistrer sur la plateforme et répondre aux appels à manifestation d’intérêt publiés périodiquement. Le processus de sélection se veut exigeant : analyse du mandat et de l’alignement sur les principes onusiens, vérification des risques réputationnels et des listes de sanctions, micro-évaluation des capacités institutionnelles et financières, sans oublier un engagement formel en matière de prévention de l’exploitation et des abus sexuels.
Les partenariats programmatiques sont ensuite formalisés par un Accord de Coopération de Programme (PCA), document juridique encadrant strictement les obligations financières, opérationnelles et éthiques des parties. Un dispositif qui vise à garantir transparence, redevabilité et performance dans l’utilisation des ressources publiques et internationales.
Le « Grand Rattrapage » face aux séquelles de la COVID-19
Mais l’axe central de la rencontre demeure la relance de la vaccination à travers l’initiative du « Grand Rattrapage ». Déployée au Togo avec l’appui technique et financier de l’UNICEF et d’autres agences des Nations Unies, cette stratégie vise à combler les retards accumulés durant la pandémie.
Au Togo, la vaccination des enfants de 0 à 15 mois et des jeunes filles de 9 ans protège contre quatorze maladies graves, parmi lesquelles la tuberculose, la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, la rougeole-rubéole, l’hépatite B, les infections à pneumocoque, la fièvre jaune et le virus du papillome humain (HPV).
Si les performances enregistrées entre 2023 et 2024 sont jugées satisfaisantes, la crise sanitaire mondiale a laissé des traces profondes. Entre 2020 et 2022, près de 69 672 enfants n’ont reçu aucune dose de vaccin – les désormais tristement célèbres « zéro dose » – tandis que 94 518 autres étaient insuffisamment vaccinés.
Pour inverser la tendance, une approche innovante de marketing social a été déployée dans 17 districts sanitaires prioritaires des régions du Grand Lomé, de la Maritime, des Plateaux et de la Kara.
Selon Dr Serge Dali, spécialiste de la survie de l’enfant à l’UNICEF, la stratégie s’est appuyée sur une analyse fine des faiblesses du système de santé, la mise en œuvre d’interventions de changement social et comportemental co-construites avec les communautés, ainsi que le renforcement des mécanismes de supervision et de redevabilité.
Au total, 157 Comités de Suivi de la Vaccination ont été installés dans les aires de santé ciblées. Leur mission : adapter les messages aux réalités locales, combattre les rumeurs persistantes et restaurer la confiance des familles.
Des résultats tangibles et des défis persistants
Les premiers résultats sont encourageants. D’après Dr Tchasso Kenao, Administrateur Santé et Nutrition à l’UNICEF Togo, plus de 60 000 enfants ont été rattrapés grâce à cette initiative. L’objectif de couverture vaccinale fixé à 70 % a été atteint dans les zones ciblées.
Un progrès significatif, salué par les responsables sanitaires, mais qui appelle à la vigilance. Car le risque de voir émerger de nouveaux enfants « zéro dose » demeure si les efforts se relâchent.
Les intervenants ont insisté sur la nécessité de maintenir la mobilisation en 2026, notamment dans les zones à fortes résistances socioculturelles où la désinformation continue d’alimenter les hésitations vaccinales.
Médias et santé publique : une alliance stratégique
En clôture, Fabrice Aku Etey a lancé un appel appuyé aux professionnels des médias : poursuivre leur mission d’information et de sensibilisation, en particulier auprès des communautés les plus vulnérables.
À travers ce café de presse, le Gouvernement togolais et l’UNICEF affichent une ambition claire : consolider une alliance stratégique avec les médias et la société civile afin de garantir à chaque enfant un accès équitable à une vaccination complète.
Au-delà des chiffres, l’enjeu est sanitaire, social et économique. Restaurer la couverture vaccinale, c’est prévenir les épidémies, réduire la mortalité infantile et renforcer la résilience du système de santé.
Dans un contexte mondial encore marqué par les séquelles de la pandémie, le « Grand Rattrapage » s’impose ainsi comme un levier majeur de justice sanitaire. Et les médias, plus que jamais, comme des acteurs clés de cette bataille pour la protection de l’enfance.
















