Par René DOKOU, le 02 Septembre 2025
(IMPARTIAL ACTU)- Depuis le 1er septembre 2025, le Togo franchit une étape décisive dans la lutte contre le paludisme : le vaccin R21/Matrix-M est désormais disponible dans l’ensemble des centres de santé et districts sanitaires du pays.
Une avancée majeure, présentée officiellement mardi 02 septembre à Lomé lors d’une rencontre d’information organisée par le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique avec l’appui de ses partenaires.
Un fléau toujours meurtrier
Le paludisme demeure l’une des premières causes de mortalité en Afrique.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le continent concentre 94 % des cas et 95 % des décès liés à cette maladie évitable.
Au Togo, la situation reste préoccupante :
40 % des consultations médicales concernent le paludisme,
25 % des hospitalisations en sont la conséquence,
et la maladie figure parmi les principales causes de décès, notamment chez les enfants de moins de 5 ans.
Les symptômes les plus fréquents chez les enfants sont les fièvres nocturnes, les convulsions et les anémies sévères, souvent fatales. La saison des pluies accentue encore la propagation, malgré les mesures de prévention déjà en place : moustiquaires imprégnées, traitement préventif pour les femmes enceintes, chimioprévention saisonnière ou encore prise en charge communautaire.
« Les conséquences socio-économiques du paludisme sont désastreuses, touchant à la fois les familles, les communautés et le système de santé », a rappelé le secrétaire général du ministère, M. Wotogbé Kokou.
Un nouvel outil de prévention
Deux vaccins antipaludiques ont été validés par l’OMS en 2021 et 2023 : le RTS,S et le R21/Matrix-M. Le Togo a choisi ce dernier, déjà adopté par une vingtaine de pays africains, dont le Ghana, le Bénin, le Mali et le Nigéria.
Grâce au soutien de Gavi, l’Alliance du vaccin, plus de 24 millions de doses ont été mobilisées à l’échelle du continent. Le Togo ambitionne d’en faire bénéficier chaque année près de 269 000 enfants, soit environ 3,1 % de sa population.
Pour Dr Boko, directeur de la vaccination au ministère, l’objectif est clair : réduire de 65 % la morbidité et la mortalité liées au paludisme chez les enfants et atteindre un taux de couverture vaccinale d’au moins 80 % pour la première dose, et 70 % pour la quatrième.
Un calendrier en quatre étapes
Le schéma retenu par le Programme élargi de vaccination (PEV) repose sur quatre doses :
à 5 mois,
à 6 mois,
à 7 mois,
puis un rappel à 15 mois.
Cette quatrième injection est jugée essentielle pour assurer une protection durable. Les vaccinations seront réalisées selon trois approches : fixe (dans les formations sanitaires), avancée (pour les zones intermédiaires) et mobile (dans les localités isolées).
Des défis considérables
L’introduction du vaccin marque une avancée, mais plusieurs obstacles subsistent. Parmi eux :
convaincre les parents de respecter le schéma complet de quatre doses,
lutter contre les rumeurs et la désinformation, notamment sur les réseaux sociaux,
sécuriser les financements nécessaires pour l’achat et la distribution,
renforcer la formation des soignants et le suivi des effets secondaires,
limiter les abandons entre la troisième et la quatrième dose.
« Le vaccin n’est pas une solution isolée mais un outil complémentaire aux mesures existantes », a insisté Dr Boko.
Une mobilisation nationale
Le ministère de la Santé appelle à la mobilisation des autorités locales, des leaders communautaires et des médias pour relayer l’information et encourager les familles à adhérer à la campagne.
Cette introduction du vaccin symbolise un nouvel espoir pour le Togo. Elle s’inscrit dans la stratégie mondiale visant, à terme, à éradiquer le paludisme. Mais au-delà des chiffres, l’enjeu est humain : sauver des milliers de vies d’enfants chaque année.
« C’est une responsabilité collective », a conclu M. Wotogbé, rappelant que la lutte contre le paludisme ne peut être gagnée qu’avec l’engagement de tous.
En misant sur la prévention vaccinale, le Togo renforce son arsenal contre un fléau qui, depuis des décennies, freine son développement et endeuille ses familles. Une étape décisive vient d’être franchie, mais la bataille continue.
















