Par René DOKOU, le 24 Février 2026
(IMPARTIAL ACTU)- Du 23 au 27 février 2026, l’Organisation Ouest-Africaine de la Santé (OOAS), bras technique de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), réunit experts et décideurs autour d’un atelier régional consacré au renforcement de la surveillance intégrée selon l’approche « Une Seule Santé ».
Dans un contexte marqué par la multiplication des épidémies transfrontalières, les zoonoses émergentes et les effets du changement climatique, l’enjeu est stratégique : bâtir un système de veille sanitaire capable d’anticiper, détecter et contenir rapidement les menaces. L’atelier rassemble des représentants des ministères en charge de la santé humaine, de la santé animale et de l’environnement des États membres, ainsi que des institutions régionales et partenaires techniques et financiers, parmi lesquels l’Africa CDC, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la GIZ/RPPP3 et l’Institut Pasteur de Dakar.
Une transformation structurelle des systèmes de veille
Représentant le ministre béninois de la Santé, la Directrice adjointe de Cabinet, Dr Françoise Sibylle Assavedo, a insisté sur la nécessité de réponses « coordonnées, intégrées et anticipatives » face aux crises sanitaires. Selon elle, l’approche « Une Seule Santé » ne constitue pas un simple cadre conceptuel, mais une transformation structurelle des dispositifs de surveillance. Elle repose sur une vision intégrée où santé humaine, santé animale et environnement forment un continuum indissociable.
La responsable béninoise a plaidé pour l’harmonisation des mécanismes de gestion des données, l’amélioration de la qualité de l’information sanitaire et l’interopérabilité des systèmes numériques. Des leviers qu’elle considère comme essentiels à l’affirmation d’une souveraineté sanitaire régionale durable.
Des acquis, mais des défis persistants
Au nom du Directeur général de l’OOAS, le Dr Mamadou Diarrassouba, Directeur exécutif du Centre régional de surveillance et de contrôle des maladies (CRSCM) de la CEDEAO, a rappelé les avancées enregistrées ces dernières années. Depuis 2014, l’organisation déploie une plateforme numérique régionale fondée sur DHIS2, facilitant le partage des données épidémiologiques et le suivi des maladies prioritaires. L’opérationnalisation de la plateforme ECOAlert et l’automatisation des échanges d’informations entre États membres témoignent d’une dynamique réelle d’intégration.
L’adoption formelle du cadre « Une Seule Santé » au niveau régional marque également un jalon important. Toutefois, des obstacles demeurent : interopérabilité incomplète des systèmes nationaux, faible intégration des indicateurs liés à la santé animale et environnementale, vulnérabilités dans la collecte et la transmission des données, sans oublier la question cruciale de la durabilité financière et technique des dispositifs.
Pour le Dr Diarrassouba, l’heure est à la consolidation. Il a appelé les États membres et leurs partenaires à renforcer le Réseau régional de surveillance intégrée et à accélérer la mise en œuvre d’une feuille de route ambitieuse pour la digitalisation.
Cinq priorités stratégiques
Mme Maryam Ibrahim Buba, représentant la Directrice régionale pour l’Afrique de l’Ouest de l’Africa CDC, a rappelé une évidence devenue leitmotiv : « Les maladies ne connaissent pas de frontières. » Face à des menaces sanitaires de plus en plus complexes, elle a décliné cinq priorités stratégiques : renforcer le réseau régional de surveillance, accélérer la transformation numérique, consolider l’approche « Une Seule Santé », améliorer les mécanismes d’alerte précoce et de réponse rapide, et accroître la préparation régionale aux urgences sanitaires.
Ces axes traduisent une volonté commune d’anticipation plutôt que de réaction. L’expérience des crises passées – d’Ebola à la COVID-19 – a démontré le coût humain et économique d’une réponse tardive ou fragmentée.
Une feuille de route pour l’intégration régionale
Concrètement, l’atelier de Cotonou vise à évaluer la situation épidémiologique dans les États membres, à valider le cadre opérationnel du Réseau régional de surveillance « Une Seule Santé », à réviser la liste des maladies prioritaires et à renforcer l’interopérabilité des systèmes numériques. Les participants devront également élaborer et adopter une feuille de route régionale pour la digitalisation de la surveillance intégrée, tout en consolidant la collaboration multisectorielle et le partage d’informations.
Au-delà des déclarations d’intention, cette rencontre se veut un tournant opérationnel. En misant sur l’intégration des données, la coopération transfrontalière et l’innovation numérique, la CEDEAO entend renforcer sa capacité collective à prévenir, détecter et répondre efficacement aux urgences de santé publique.
À Cotonou, la région affirme ainsi son ambition : faire de la surveillance intégrée un pilier central de sa sécurité sanitaire et un rempart durable face aux crises futures.
















