Mourinho, la fin d’un monde

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Par René DOKOU, le 29 Août 2025

(IMPARTIAL ACTU)-Deux jours après l’élimination en barrages de Ligue des Champions contre Benfica (0-0, 0-1), José Mourinho n’est plus l’entraîneur de Fenerbahçe. L’annonce est tombée vendredi matin, brutale mais prévisible. Plus qu’un simple licenciement, elle sonne comme le constat d’un décalage : celui d’un coach légendaire, mais désormais pris de vitesse par un football qu’il ne maîtrise plus.

La légende et l’ombre

Rendre justice à Mourinho suppose de rappeler ce qu’il a incarné. L’homme de Porto 2004, capable de hisser un outsider au sommet de l’Europe. Le stratège de l’Inter Milan 2010, dernier à offrir un triplé aux Nerazzurri. Le bâtisseur de Chelsea, vainqueur de trois titres de Premier League et d’innombrables duels avec Arsène Wenger. Le technicien qui a offert à Manchester United sa dernière Coupe d’Europe, une Ligue Europa en 2017. Plus récemment, le meneur de l’AS Roma, guidée vers une victoire en Ligue Conférence et une nouvelle finale européenne en 2023.
Une carrière qui force le respect, mais qui rend d’autant plus implacable le verdict actuel : l’entraîneur d’hier ne fait plus gagner aujourd’hui.

Istanbul, une illusion dissipée

Lorsqu’il débarque à Fenerbahçe en juin 2024, c’est en rockstar. Le président Ali Koç mise sur son aura internationale pour changer de dimension. Les débuts ne sont pas déshonorants : 37 victoires en 62 matchs, une deuxième place en Süper Lig. Mais aucune coupe soulevée, et surtout un gouffre de onze points derrière le rival Galatasaray.

Le couperet est tombé cette semaine. Face à Benfica, son équipe n’a pas cadré le moindre tir lors du match retour. Le but assassin de Kerem Aktürkoglu, ironiquement convoité par Fenerbahçe en cette fin de mercato, a scellé l’élimination. La confiance s’est brisée, et la séparation a suivi.

Un football en mutation

Derrière ce revers se cache une tendance plus large. Depuis 2015, Mourinho n’a plus gagné de championnat. Depuis 2010, plus de Ligue des Champions. Le football de haut niveau a changé : pressing collectif, transitions fulgurantes, usage massif des données. Les entraîneurs nouvelle génération  Guardiola, Klopp, De Zerbi, Arteta  ont imposé une autre grammaire.
Mourinho, lui, reste fidèle à un logiciel éprouvé mais daté. Organisation défensive, gestion psychologique, mise sous tension permanente : efficace sur le court terme, mais incapable de rivaliser sur la durée. Il se maintient par son charisme, non par ses idées. En 2025, cela ne suffit plus.

La confrontation comme arme fatiguée

Face aux difficultés, le Portugais active son vieux réflexe : la confrontation. C’était son carburant à Chelsea, à Madrid, à l’Inter : créer un climat de tension, fédérer ses joueurs contre un ennemi extérieur. Mais ce ressort s’est usé. En Turquie, ses provocations répétées ont lassé. Le geste humiliant envers Okan Buruk, entraîneur de Galatasaray, en avril dernier — une main sur le nez de son rival — a symbolisé cette dérive.
Autrefois tolérées comme signes de passion, ces attitudes apparaissent désormais comme des postures stériles. Là où Chelsea lui accordait trois cycles, Fenerbahçe n’a pas hésité à couper après quatorze mois.

Et maintenant ?

José Mourinho n’est pas n’importe qui. Sa signature reste une marque : exposition instantanée, storytelling garanti. Nottingham Forest est évoqué, mais aussi la perspective d’une sélection nationale, qu’il appelle de ses vœux depuis des années. Un rôle d’entraîneur de pays, avec des fenêtres courtes et des tournois ponctuels, pourrait lui convenir.
Mais s’il choisit de rester en club, l’équation est claire : accepter le football moderne ou demeurer une icône nostalgique. L’alternative est brutale : réinvention ou crépuscule.

Mourinho restera à jamais le “Special One”. Mais à Istanbul, il a semblé n’être plus qu’un homme ordinaire.

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