Par René DOKOU, le 29 Août 2025
(IMPARTIAL ACTU)- À la veille d’une manifestation annoncée par des influenceurs et acteurs politiques pour réclamer le départ du Président du Conseil Faure Gnassingbé et la libération des détenus politiques, le climat politique au Togo s’est sensiblement tendu. Ce vendredi 29 août 2025, à Lomé, le mouvement Sentinelles du Peuple a tenu un point de presse au cours duquel il a exhorté la population à la responsabilité collective et à la préservation de la cohésion sociale.
Une marche annoncée sous tension
Selon les initiateurs de l’appel à manifester, la mobilisation de ce samedi 30 août se veut pacifique et vise à dénoncer ce qu’ils considèrent comme une gouvernance verrouillée. Au-delà du départ exigé de Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis deux décennies, les organisateurs entendent réclamer la libération des prisonniers politiques, qu’ils qualifient de détenus d’opinion.
L’annonce de cette marche intervient dans un contexte social fragile, marqué par des débats passionnés et par une crispation des relations entre pouvoir et opposition. C’est dans ce climat que les Sentinelles du Peuple, mouvement citoyen se présentant comme une structure de veille, d’autodéfense et de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent, ont voulu faire entendre leur voix.
“Nous ne sommes pas des milices”
S’exprimant devant la presse, M. Beleï, membre d’honneur des Sentinelles du Peuple, a tenu à clarifier l’identité et le rôle du mouvement :
« Nous ne sommes pas des milices, nous sommes des défenseurs de la nation », a-t-il affirmé, insistant sur l’attachement du collectif à l’intégrité et à la stabilité du pays.
De son côté, Eli Attiogbé, responsable veille citoyenne du CJD, a insisté sur la nécessité d’éviter les dérives. Il a lancé un appel à la retenue et à la citoyenneté :
« Nous invitons nos concitoyens à ne pas céder à la provocation. Aux opérateurs économiques, nous demandons de rester sereins et de continuer à vaquer à leurs activités ce samedi comme tous les jours. »
Ces propos traduisent la volonté des Sentinelles du Peuple d’éviter que l’annonce de la marche ne se transforme en catalyseur de tensions ou de violences.
Une déclaration liminaire ferme
Le point fort de la rencontre fut la lecture de la déclaration liminaire des Sentinelles du Peuple. Celle-ci s’ouvre sur un constat : le pays traverse une période d’inquiétude et d’interrogation, mais également d’espoir.
Les responsables du mouvement affirment avoir jugé « nécessaire » de s’adresser à la nation face aux appels grandissants à la désobéissance civile, aux « discours haineux », aux « diffamations » et aux « menaces à peine voilées contre les institutions ».
La déclaration poursuit :
« Le Togo, notre bien commun, ne saurait être le champ d’expérimentations de violences politiques, de manipulations ou de troubles sociaux orchestrés. Nous appelons à la responsabilité collective et à la préservation de notre cohésion sociale. Aucun combat, aussi noble soit-il, ne saurait justifier la déstabilisation du pays ou la mise en péril de la paix. »
Enfin, le mouvement a lancé un appel aux forces vives – société civile, partis politiques, acteurs économiques et citoyens – à se rallier à ce qu’il qualifie d’« engagement citoyen pour un Togo uni, sécurisé et résolument tourné vers l’avenir ».
Une équation délicate
Entre les revendications politiques de l’opposition et les mises en garde de structures citoyennes comme les Sentinelles du Peuple, le pays s’avance vers un samedi décisif. Pour les manifestants, il s’agit de montrer que la rue demeure un instrument de pression légitime face au pouvoir. Pour les autorités et les mouvements prônant la stabilité, il est essentiel d’éviter les débordements qui pourraient dégénérer.
Cette manifestation annoncée testera à la fois la capacité de mobilisation de l’opposition, la tolérance du pouvoir et la maturité citoyenne de la population. Dans ce contexte, le rôle d’acteurs intermédiaires comme les Sentinelles du Peuple pourrait peser lourd dans l’issue de cette journée.
















