FSRP/CORAF : à Lomé, une plateforme régionale en gestation pour repenser la gestion des paysages ouest-africains

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Par René DOKOU, le 03 Décembre 2025

(IMPARTIAL ACTU)-Lomé se transforme du 2 au 4 décembre 2025, en carrefour stratégique pour la résilience environnementale et alimentaire en Afrique de l’Ouest. Chercheurs, experts techniques et responsables institutionnels venus de 18 pays s’y sont retrouvés pour un atelier régional consacré à la co-conception d’une plateforme numérique de Gestion Intégrée du Paysage (GIP). Un outil appelé à devenir la colonne vertébrale du suivi des interventions du Programme de Résilience du Système Alimentaire (PRSA/FSRP).

Piloté par la CEDEAO et soutenu par la Banque mondiale, le FSRP ambitionne de renforcer la préparation régionale face aux crises alimentaires, tout en améliorant durablement la productivité agricole. Dans cette dynamique, le CORAF, responsable de la composante 2 du programme, porte l’approche de gestion intégrée des paysages, qui vise à concilier production, conservation et restauration des écosystèmes. La future plateforme GIP sera au cœur de cet engagement.

Pensée comme un outil technique mais aussi opérationnel, la plateforme doit permettre de localiser, visualiser et documenter les réalisations du programme à travers des cartes interactives, des tableaux de bord et une base de données consolidée. Chaque intervention paysagère aménagements, restaurations, actions de gestion durable pourra être consultée par région, par pays ou par type d’activité. Cette centralisation doit améliorer le suivi des actions, la prise de décision et la coordination entre institutions nationales et régionales.

L’initiative s’appuie sur des acquis existants, notamment ceux du Centre d’Information et de Planification Stratégique (CIPS), reconnu pour ses travaux sur la dégradation des terres et le suivi de l’usage des sols. Pour garantir la robustesse scientifique de l’outil, le CORAF a choisi de travailler en étroite synergie avec le Centre Régional AGRHYMET, référence continentale en agro-hydrométéorologie et en observation des paysages sahéliens.

Ouvrant les travaux au nom du Directeur exécutif du CORAF, le Dr Niéyidouba Lamien a rappelé l’importance stratégique de cette plateforme, conçue pour « guider les investissements, renforcer la coordination régionale et améliorer durablement la résilience des paysages ». Il a insisté sur la nécessité de définir, dès Lomé, l’architecture générale de l’outil, les types de données à intégrer, et surtout les modalités d’alimentation par les pays, afin d’en assurer la viabilité bien au-delà du FSRP.

Son appel a trouvé écho du côté d’AGRHYMET. Pour Agali Alhassane, représentant l’institution, l’expertise technique développée depuis des décennies par le centre constitue « un socle scientifique essentiel » pour bâtir un outil fiable et durable. Il a assuré que les spécialistes présents « mettront à disposition toutes leurs connaissances pour produire des instruments performants dédiés à la Gestion Intégrée des Paysages », soulignant sa confiance dans l’issue fructueuse des travaux.

Le contexte régional donne toute sa pertinence à cette démarche. Dans son intervention, Daouda Djélé, coordonnateur opérationnel délégué du FSRP au Togo, a rappelé les défis croissants auxquels l’Afrique de l’Ouest reste confrontée : dégradation accélérée des terres, pressions sur les ressources naturelles, perte de biodiversité, impacts démographiques et changement climatique. « La gestion intégrée du paysage apparaît comme une approche essentielle capable d’allier développement économique, préservation de l’environnement et sécurité alimentaire », a-t-il martelé.

Durant les trois jours d’échanges, les participants se sont attelés à examiner le modèle proposé par le CORAF, à analyser les outils existants développés par AGRHYMET, et à définir les options d’intégration technique susceptibles de donner naissance à une plateforme unique, évolutive et compatible avec les données de chaque pays. Les discussions ont également porté sur les modalités pratiques : formats de présentation des réalisations, équipements nécessaires pour garantir l’opérationnalité, protocoles d’alimentation et de mise à jour.

L’atelier prévoit la mise en place d’un réseau d’échanges entre points focaux GIP, spécialistes de l’utilisation des terres et unités nationales du PRSA. Un maillage indispensable pour assurer un suivi cohérent et harmonisé des interventions, dans un espace régional confronté à des réalités contrastées mais à des défis similaires.

À travers présentations bilingues, sessions techniques et travaux de groupe, Lomé aura permis de clarifier les visions, d’aligner les approches et de poser les fondations d’un outil stratégique.

Une fois opérationnelle, la plateforme GIP devrait devenir un levier majeur pour restaurer les terres dégradées, renforcer la résilience climatique, sécuriser la production alimentaire et améliorer durablement les conditions de vie des communautés rurales en Afrique de l’Ouest et du Centre.

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