Faure Gnassingbé, ultime pont  entre la Cédéao et l’AES

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Par René DOKOU, le 25 Juin 2025

(IMPARTIAL ACTU)- Lors du sommet des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), tenu samedi à Abuja, le président togolais Faure Essozimna Gnassingbé a été l’objet de vifs hommages pour son rôle central et discret dans la gestion de la crise entre l’organisation régionale et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES).

C’est ce qu’a révélé le journal Le Médium dans son édition du mardi, soulignant que la médiation constante mais feutrée du dirigeant togolais a été jugée « exemplaire » par ses pairs ouest-africains. Dans un contexte de tension accrue entre la Cédéao et les régimes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger, la diplomatie togolaise s’est distinguée par son sens de l’équilibre et de l’écoute.

Une reconnaissance régionale rare

Alors que le bloc régional traverse une crise de cohésion sans précédent, la stature du président Faure Gnassingbé comme médiateur crédible s’est affirmée au fil des mois. Ses interventions, souvent à huis clos, ont permis de maintenir un minimum de dialogue avec les autorités de transition issues des coups d’État successifs dans les trois pays sahéliens.

Selon plusieurs sources diplomatiques présentes au sommet d’Abuja, les efforts du chef de l’État togolais ont contribué à éviter un isolement total des membres de l’AES sur la scène régionale, malgré leur ligne dure vis-à-vis de la Cédéao. « Dans cette crise, Faure Gnassingbé a su conjuguer discrétion et efficacité, là où d’autres ont privilégié la confrontation », confie un diplomate ouest-africain sous couvert d’anonymat.

Une rupture désormais actée

Le sommet d’Abuja a également été marqué par une décision historique : la confirmation du départ effectif du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Cédéao. Ces trois pays, réunis depuis 2023 au sein de l’Alliance des États du Sahel, avaient déjà signifié leur volonté de retrait en janvier 2024. Cette fois, la rupture est consommée et formellement entérinée.

En dépit des efforts menés par le Togo et quelques autres États membres pour trouver un terrain d’entente, les divergences politiques et idéologiques semblent aujourd’hui trop profondes. Les autorités militaires de Bamako, Ouagadougou et Niamey campent sur leur position de rejet d’une organisation qu’elles jugent inféodée à des intérêts étrangers.

Un canal diplomatique toujours ouvert

Dans ce paysage fragmenté, Faure Gnassingbé apparaît comme l’un des très rares dirigeants à maintenir un contact régulier avec les trois régimes sahéliens. Ni aligné sur les postures de fermeté de la Cédéao, ni complaisant vis-à-vis des juntes, le président togolais s’est efforcé de jouer un rôle d’intermédiaire, privilégiant la voie du dialogue même dans l’adversité.

Cette posture lui a valu non seulement la reconnaissance de ses pairs à Abuja, mais aussi une forme de respect du côté des autorités de l’AES. « Il ne nous a jamais tourné le dos, même dans les moments les plus durs », aurait confié un responsable nigérien, selon Le Médium.

Une sous-région sous pression

La scission entre la Cédéao et l’AES laisse augurer de nouvelles tensions dans un espace déjà fragilisé par l’insécurité, les crises politiques et les rivalités géopolitiques. Sur le plan économique, les risques de désintégration des marchés communs et d’entrave à la libre circulation des biens et des personnes sont réels.

La Cédéao, de son côté, a réaffirmé sa volonté de poursuivre les efforts de médiation. Mais elle reconnaît que la marge de manœuvre se réduit, dans un contexte où les lignes de fracture se durcissent. Plusieurs observateurs redoutent que la multiplication des alliances concurrentes ne compromette durablement les ambitions d’intégration régionale.

Dans cette configuration incertaine, le rôle de pont joué par des acteurs comme le Togo pourrait s’avérer décisif pour éviter une fragmentation irréversible du bloc ouest-africain. À Abuja, le président Faure Gnassingbé est apparu comme une figure de stabilité, écoutée et respectée, dans un environnement politique de plus en plus polarisé.

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