Commande Publique : un véhicule de 15,9 millions FCFA au cœur d’un scandale de gouvernance

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Par René DOKOU, le 27 Juin 2026

(IMPARTIAL ACTU)- La délibération n°023-2026/ARCOP/CRD du 19 juin 2026 a mis en lumière de graves irrégularités dans l’acquisition d’un véhicule de service d’une valeur de 15,9 millions FCFA par le ministère du Tourisme, de la Culture et des Arts. L’enquête de l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP) révèle un système de contournement des règles légales, impliquant plusieurs hauts responsables administratifs.

Une affaire qui secoue le ministère du Tourisme

Si le ministre Isaac Tchiakpe apparaît au centre du dossier, aucune sanction directe n’a été prononcée contre lui à ce stade, contrairement à certains de ses collaborateurs.

Une dénonciation anonyme à l’origine

Tout commence le 19 février 2026, lorsqu’une dénonciation anonyme signale des irrégularités dans l’acquisition d’un véhicule Nissan par le ministère. Après plusieurs mois d’investigations, le Comité de règlement des différends (CRD) conclut à une procédure « entachée de violations manifestes » des règles de la commande publique. L’ARCOP constate notamment que la Personne Responsable des Marchés Publics (PRMP), Adiki Kpatcha, a été totalement écartée du processus, en violation des textes.

Le rôle central du DAAF Keke Yaovi

La délibération désigne Keke Yaovi, Directeur des Affaires Administratives et Financières (DAAF) et président de la Commission de contrôle des marchés publics (CCMP), comme l’acteur principal des irrégularités. Selon l’ARCOP, il s’est immiscé dans les prérogatives exclusives de la PRMP, a conduit une procédure hors cadre légal et organisé une « vraie-fausse concurrence ». Plus grave encore, il a rédigé un procès-verbal fictif et reproduit les signatures de deux membres de la commission pour donner une apparence de régularité. Ces pratiques frauduleuses engagent sa responsabilité personnelle pour faute lourde et violation du code d’éthique des marchés publics.

Le ministre Isaac Tchiakpe au cœur des accusations

Si le DAAF est l’exécutant des irrégularités, l’enquête révèle l’implication directe du ministre Isaac Tchiakpe. Plusieurs responsables affirment avoir agi sur ses instructions. Les offres des fournisseurs n’ont pas été soumises à une commission d’évaluation, mais directement transmises au ministre, qui aurait lui-même choisi le prestataire. Il a en outre signé le contrat à la place de la PRMP, cumulant des fonctions incompatibles avec la réglementation. Malgré un courrier de l’ARCOP daté du 31 mars 2026 lui demandant des explications, aucune réponse n’a été enregistrée.

Le directeur de cabinet également impliqué
Le directeur de cabinet, Kpaye Bakayota Koffi, est cité pour avoir signé la notification d’attribution du marché à Japan Motors, une compétence réservée à la PRMP. L’ARCOP considère toutefois cette irrégularité comme secondaire face aux falsifications plus graves.

La PRMP tenue à l’écart

Adiki Kpatcha, la PRMP, apparaît comme témoin des dysfonctionnements. Lors de son audition, il affirme n’avoir participé à aucune étape et avoir découvert l’existence du marché plusieurs mois après sa conclusion. L’ARCOP estime qu’il a été délibérément exclu du circuit légal.

Pourquoi le ministre n’a pas été sanctionné

La question de l’absence de sanction directe contre le ministre reste centrale. L’ARCOP rappelle qu’elle ne dispose pas de pouvoirs disciplinaires à l’égard des membres du gouvernement. Le CRD souligne que le DAAF avait l’obligation de refuser des instructions irrégulières. Enfin, le dossier a été transmis à la Cour des comptes et à la Direction nationale du contrôle de la commande publique (DNCCP), seules compétentes pour examiner les responsabilités financières et administratives du ministre. L’absence de sanction immédiate ne constitue donc pas une exonération.

La Cour des comptes saisie

La transmission du dossier à la Cour des comptes ouvre une nouvelle étape. La juridiction financière devra déterminer si les violations constatées constituent une faute de gestion ou une utilisation irrégulière des ressources publiques. Elle analysera également le degré de responsabilité de chaque acteur, notamment celle du ministre Isaac Tchiakpe et du DAAF Keke Yaovi, dont les falsifications sont particulièrement accablantes. L’enjeu dépasse le simple constat d’irrégularités : il s’agit de savoir si ces actes peuvent donner lieu à des sanctions financières ou administratives.

Une affaire emblématique de gouvernance publique

Au-delà de l’achat d’un véhicule, cette affaire illustre les défis persistants de transparence et de gouvernance dans la gestion des deniers publics. En déclarant irrégulière la procédure, l’ARCOP envoie un signal fort : le respect des règles de la commande publique est une obligation, quel que soit le rang des acteurs impliqués. Elle rappelle que la crédibilité du système repose sur l’intégrité des procédures et la responsabilité des décideurs.

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