Assurance inclusive : Lomé appelle à une transformation décisive du secteur en Afrique

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Par René DOKOU, le 26 Mars 2026

(IMPARTIAL ACTU)- À Lomé, la 11ᵉ Conférence Régionale Africaine sur l’Assurance Inclusive (CRAAI) a ouvert ses travaux du 25 au 27 mars 2026 dans une atmosphère à la fois déterminée et lucide. Durant trois jours, la capitale togolaise devient l’épicentre des réflexions sur l’avenir de la protection financière en Afrique. Assureurs, régulateurs, pouvoirs publics, experts internationaux, fintechs et partenaires techniques y croisent leurs visions avec un objectif commun : élargir durablement l’accès à l’assurance sur le continent.

Une conférence stratégique au cœur des enjeux africains

Au fil des années, la CRAAI s’est imposée comme une plateforme incontournable du dialogue stratégique africain. Elle répond à une réalité persistante : malgré une croissance économique soutenue dans plusieurs pays, la couverture assurantielle demeure largement insuffisante. Des millions d’Africains restent exposés aux chocs économiques, sanitaires et climatiques sans filet de sécurité adapté.

Lomé, vitrine d’une ambition régionale

Le choix du Togo pour accueillir cette édition n’a rien de fortuit. Le pays s’affirme aujourd’hui comme un acteur majeur de l’inclusion financière en Afrique de l’Ouest, avec un taux d’accès aux services financiers parmi les plus élevés de l’UEMOA. Lomé s’impose ainsi comme un laboratoire d’innovations et un hub régional du dialogue économique.

Dans ce contexte, la question de l’assurance inclusive dépasse le simple cadre sectoriel. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de transformation des économies africaines, où la résilience des populations devient un impératif stratégique.

Un appel à repenser les modèles existants

Dès l’ouverture des travaux, le ministre togolais en charge des assurances, Jean-Marie Tessi, a donné le ton. Son message est clair : il ne s’agit plus de dresser un diagnostic, mais d’engager une transformation profonde du secteur.

Face à une économie largement dominée par l’informel  commerçantes de marchés, conducteurs de taxi-moto, agriculteurs, artisans  la vulnérabilité reste élevée. Le moindre incident peut compromettre des années d’efforts. Pourtant, l’assurance traditionnelle demeure perçue comme inaccessible, souvent inadaptée aux réalités locales.

Pour le ministre, l’urgence est donc de bâtir des systèmes assurantiels inclusifs, capables de répondre concrètement aux besoins des populations.

L’assurance inclusive, levier de résilience collective

Loin d’être une simple démarche sociale, l’assurance inclusive s’impose comme un outil structurant pour les économies africaines. Elle permet non seulement de mutualiser les risques, mais aussi de renforcer la stabilité sociale et de soutenir la croissance.

Dans son intervention, Jean-Marie Tessi a plaidé pour une véritable réinvention du modèle assurantiel africain. Micro-assurance, produits simplifiés, offres adaptées aux faibles revenus : autant de pistes pour démocratiser l’accès à la protection financière.

Cependant, cette ambition se heurte à plusieurs obstacles. Les coûts d’exploitation élevés, la faible rentabilité des produits et la fragilité des modèles économiques freinent encore l’expansion du secteur. D’où la nécessité d’un changement de paradigme.

Innovation et régulation : les clés du basculement

La transformation du secteur passe inévitablement par l’innovation. Le numérique apparaît comme un levier décisif pour réduire les coûts, améliorer l’accès et simplifier les services. Le téléphone mobile, largement répandu sur le continent, pourrait devenir le principal canal de distribution de l’assurance.

Les solutions technologiques, notamment celles portées par les startups InsurTech, offrent de nouvelles perspectives : souscription simplifiée, paiement mobile, indemnisation rapide. Même les technologies basiques comme l’USSD permettent d’atteindre des populations éloignées des circuits bancaires classiques.

Mais cette mutation nécessite un accompagnement réglementaire adapté. Les autorités sont appelées à faire preuve d’agilité, en favorisant l’innovation tout en garantissant la protection des consommateurs.

Trois axes pour une transformation durable

Pour structurer cette évolution, trois priorités se dégagent. D’abord, l’intégration des technologies numériques dans l’ensemble de la chaîne de valeur, afin de rapprocher l’assurance des utilisateurs. Ensuite, le développement de solutions paramétriques, permettant une indemnisation automatique basée sur des données objectives, notamment dans les secteurs agricoles et climatiques. Enfin, l’adaptation des cadres réglementaires pour suivre le rythme des innovations.

Ces leviers constituent les fondations d’un secteur plus accessible, plus transparent et plus efficace.

Un marché d’avenir pour le continent

Au-delà de sa dimension sociale, l’assurance inclusive représente un véritable potentiel économique. Dans un contexte marqué par la raréfaction des financements extérieurs, elle pourrait devenir un moteur endogène de développement.

Pour les États africains, elle offre un outil stratégique pour soutenir les politiques publiques, renforcer la résilience des populations et stimuler l’investissement. Pour les acteurs du secteur, elle ouvre un marché encore largement inexploité.

À Lomé, le message est sans équivoque : l’assurance inclusive n’est plus une option, mais une nécessité. Sa montée en puissance pourrait redessiner durablement les équilibres économiques et sociaux du continent.

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