Par René DOKOU, le 11 Juillet 2025
(IMPARTIAL ACTU)- La Banque mondiale tire la sonnette d’alarme dans son rapport annuel sur l’Évaluation des politiques et des institutions en Afrique (CPIA). Bien que la note moyenne de la région reste stable à 3,1/6 en 2024, l’institution insiste : sans amélioration concrète de la qualité des services publics, la fracture entre gouvernants et citoyens risque de s’approfondir davantage.
Une stabilité trompeuse
La note régionale moyenne, identique à celle de 2023, pourrait faire croire à une forme de stabilité. Pourtant, le rapport CPIA 2025 révèle une réalité plus contrastée. Si certains pays consolident leurs acquis, d’autres peinent à progresser, notamment en matière de gouvernance. La dynamique de réforme semble limitée aux États déjà performants, creusant ainsi les écarts entre pays.
Dans un contexte où les financements extérieurs se raréfient, la Banque mondiale exhorte les gouvernements à faire plus avec moins. Selon l’économiste en chef pour l’Afrique, Andrew Dabalen, seule une action publique efficace et visible peut recréer un lien de confiance avec les populations. « Les citoyens doivent croire que leurs dirigeants sont capables de transformer les ressources publiques en services tangibles », souligne-t-il.
Une défiance croissante envers les autorités
L’année 2024 a été marquée par une série de manifestations populaires, notamment portées par la jeunesse africaine. Cette vague de contestation, analysée dans le rapport, illustre une désillusion croissante vis-à-vis des institutions. Le déclin du soutien aux gouvernements s’explique en grande partie par la faible qualité des services publics : infrastructures dégradées, accès limité à l’éducation et à la santé, sécurité précaire, lenteur administrative…
Le rapport cite notamment un triplement du nombre de victimes de conflits entre 2014 et 2024, mettant en cause l’incapacité de certains États à garantir la sécurité de base. De même, les défaillances des systèmes d’assainissement et de transport affectent non seulement la qualité de vie mais aussi l’activité économique.
L’enjeu crucial du capital humain
Le développement du capital humain, moteur de toute croissance durable, reste entravé. L’éducation souffre d’un manque de qualité généralisé, et les services de santé demeurent largement inaccessibles, particulièrement en zone rurale. Résultat : une jeunesse déscolarisée, mal préparée au marché du travail et en perte de perspectives.
Ces carences nourrissent un cercle vicieux de pauvreté, aggravé par un environnement administratif encore trop hostile à l’initiative privée. Le rapport déplore la lourdeur des démarches liées à la création d’entreprises, ainsi que l’inefficacité des services financiers publics.
Des signes encourageants… mais insuffisants
Malgré ce constat préoccupant, le rapport met en lumière quelques évolutions positives. Plusieurs pays ont fait preuve de rigueur budgétaire, réduisant la masse salariale publique et les subventions énergétiques. Des efforts ont été enregistrés dans la gestion de la dette, la digitalisation des services, et la facilitation du commerce.
Autre point positif : des avancées notables dans l’autonomisation des adolescentes, notamment à travers des réformes législatives et un renforcement des politiques de protection sociale. Ces signaux montrent que le changement est possible, mais qu’il nécessite une volonté politique forte et constante.
Un appel à l’action immédiate
Pour Nicholas Woolley, auteur principal du rapport, les progrès isolés ne suffisent pas : « La croissance économique seule ne peut combler le fossé entre les citoyens et l’État. Il faut des institutions efficaces, transparentes et responsables, capables d’apporter des solutions concrètes aux défis du quotidien. »
Dans un monde de plus en plus interconnecté, où les attentes des citoyens sont plus élevées que jamais, l’Afrique subsaharienne doit impérativement accélérer la transformation de son secteur public. L’enjeu dépasse la seule performance économique : il s’agit de restaurer la confiance, pierre angulaire d’un développement inclusif et durable.
La CPIA 2025 rappelle que sans des services publics solides, la croissance reste fragile, et la stabilité, illusoire. La balle est désormais dans le camp des décideurs africains : pour regagner la confiance de leurs peuples, ils doivent agir rapidement, efficacement et avec transparence.
















