La HARC arme les acteurs du numérique contre la désinformation

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Par René DOKOU, le 15 Octobre 2026

(IMPARTIAL ACTU)- Former pour mieux prévenir. À Lomé, la Haute Autorité de régulation de la communication écrite, audiovisuelle et numérique (HARC) a choisi la pédagogie pour freiner la propagation des fausses informations. Les lundi 12 et mardi 13 octobre 2026, elle a réuni à l’UniPod de l’Université de Lomé des professionnels de l’espace numérique, à l’occasion d’un atelier organisé avec le Centre de droit public de l’établissement.

Un atelier bâti sur la méthode BRIDGE

Les travaux, placés sous le signe de l’intégrité de l’information, de la désinformation et de la cybersécurité, s’appuyaient sur la méthode BRIDGE (Building Resources in Democracy, Governance and Elections). Trente participants y ont pris part : créateurs de contenus, influenceurs, blogueurs, journalistes en ligne et gestionnaires de communautés.

Le programme a couvert plusieurs volets : vérification des images, des vidéos et des enregistrements audio, recherche de preuves, protection des systèmes et des données, et usage responsable de l’intelligence artificielle (IA). Cette dernière brouille de plus en plus la frontière entre le vrai et le fabriqué.

Une affaire d’esprit critique avant tout

La multiplication des contenus manipulés par l’IA a dicté l’orientation pédagogique. Exercices pratiques et études de cas ont permis aux participants de s’approprier les techniques de contrôle avant toute publication.

Pour Kafu Hunakey, facilitateur et formateur BRIDGE, l’enjeu est d’abord intellectuel. « Nous voulons développer auprès des participants l’analyse critique, ne pas prendre n’importe quel contenu qu’on regarde sur la toile aujourd’hui comme des contenus qui sont avérés », a-t-il expliqué. Le but : leur donner les moyens d’établir l’authenticité d’une image, d’une vidéo ou d’un fichier audio avant de le diffuser auprès de leurs communautés.

Le réflexe attendu tient en une règle simple : vérifier avant de partager. Pour des professionnels dont chaque publication peut atteindre des milliers de personnes en quelques minutes, cette discipline relève d’une véritable responsabilité professionnelle.

Juin 2025, un exemple qui sert de leçon

Dès l’ouverture, les risques que font peser les fausses informations sur le débat public ont été rappelés. Yao Abarim, Directeur de cabinet du président de la HARC, a évoqué les manifestations de juin 2025 au Togo, période durant laquelle des images falsifiées ou détournées ont circulé dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Il a cité un cas précis. Une image présentée comme celle d’une victime de violences survenues au Togo montrait en réalité une scène ayant eu lieu dans l’État de Cross River, au Nigeria. Elle avait été publiée dès le 1er juin 2025. Le cliché, parfaitement authentique mais attribué à un autre contexte, illustre la forme la plus répandue de manipulation : le détournement.

« Une information largement partagée n’est pas nécessairement une information vraie », a rappelé le responsable, soulignant que la viralité ne saurait tenir lieu de preuve.

Un régulateur qui refuse le rôle d’arbitre

Yao Abarim a également précisé la philosophie de l’institution. Selon lui, la lutte contre la désinformation ne doit pas transformer les organes de régulation en juges suprêmes de la vérité. Elle doit reposer sur des méthodes « transparentes, vérifiables, contradictoires et fondées sur des faits ».

Cette position éclaire la démarche choisie par la HARC. En s’adressant directement aux créateurs de contenus plutôt qu’en recourant à la contrainte, l’autorité cherche à faire de ces acteurs des partenaires de l’assainissement de l’espace informationnel plutôt que de simples destinataires de sanctions.

Dans le prolongement d’une action engagée en septembre

L’atelier s’inscrit dans la continuité de ce que la HARC a entrepris en septembre auprès des créateurs de contenus et des gestionnaires de plateformes. L’objectif était alors de mieux leur faire connaître leurs droits et leurs obligations, en privilégiant la sensibilisation et la prévention.

Les deux initiatives dessinent une même ligne : informer, former, responsabiliser, avant d’envisager toute autre voie.

Une première phase, avant l’ancrage dans les pratiques

Soutenue par le ministère de la Communication, cette session constitue la première phase du programme. La suite doit viser un objectif plus exigeant : faire entrer la vérification dans le quotidien des professionnels du numérique, au même titre que la rédaction ou la mise en ligne d’un contenu.

L’enjeu sera de concilier deux exigences : combattre efficacement les contenus trompeurs et préserver la liberté d’expression, qui demeure le socle du débat public. C’est sur cet équilibre que se jugera la portée de la démarche.

En misant sur l’esprit critique et des méthodes vérifiables, la HARC entend faire des acteurs du numérique les premiers remparts contre la désinformation. Reste à transformer l’essai : au-delà de deux journées de formation, c’est la régularité des bonnes pratiques qui déterminera l’impact réel du programme sur la qualité de l’information en circulation au Togo.

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