Togo : le pari gagnant du capital humain et des filières animales

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Par René DOKOU, le 22 Septembre 2026

(IMPARTIAL ACT)-Entre élevage, pêche et aquaculture, le pays construit une stratégie intégrée où la production ne se limite plus aux infrastructures et aux équipements. Derrière les chiffres et les investissements, une ambition se dessine : renforcer durablement la sécurité alimentaire tout en formant une nouvelle génération d’entrepreneurs ruraux.

Au Togo, la modernisation du secteur agricole ne passe plus uniquement par les cultures végétales. L’élevage, la pêche et l’aquaculture occupent désormais une place stratégique dans les politiques publiques. Des campagnes massives de vaccination animale au soutien direct aux pêcheurs, en passant par la formation professionnelle spécialisée, le pays mise sur une approche globale qui associe protection des ressources, augmentation de la production et développement du capital humain.

Cette orientation traduit une conviction simple : la performance d’une filière dépend autant de la qualité des infrastructures que des compétences de celles et ceux qui la font vivre.

Former aujourd’hui les professionnels de demain

L’un des volets les plus structurants de cette politique réside dans l’investissement consacré à la formation. Car développer une filière productive ne consiste pas uniquement à fournir des équipements ou des intrants. Encore faut-il disposer d’hommes et de femmes capables de maîtriser les techniques modernes de production, de gérer efficacement une exploitation et de transformer une activité traditionnelle en entreprise viable.

C’est dans cette logique qu’ont été créés deux Instituts de formation en alternance pour le développement (Ifad), spécialisés respectivement dans l’élevage et l’aquaculture. Implanté à Barkoissi, le premier est dédié aux métiers de l’élevage, tandis que celui d’Elavagnon se concentre sur les activités aquacoles.

Ces établissements accueillent des jeunes titulaires du Brevet d’études du premier cycle (BEPC) pour un parcours de trois années menant au baccalauréat professionnel. Leur spécificité repose sur l’alternance entre enseignement théorique et immersion sur le terrain. L’objectif est de rapprocher les apprentissages des réalités économiques et professionnelles du secteur.

L’ambition dépasse largement la simple transmission de connaissances académiques. Il s’agit de préparer des techniciens qualifiés, des gestionnaires d’exploitation et de futurs entrepreneurs capables de contribuer à la transformation des filières agricoles. Cette vision, impulsée en 2019 à l’initiative du président du Conseil, Faure Gnassingbé, vise à mettre la formation professionnelle au cœur du développement économique.

Les résultats obtenus illustrent déjà cette dynamique. En six ans, les deux instituts ont formé près de 480 jeunes. Le taux d’insertion professionnelle atteint 90 %, tandis qu’environ 70 % des diplômés ont bénéficié d’un accompagnement financier pour lancer leur propre activité. Une démarche qui témoigne de la volonté de favoriser non seulement l’accès à l’emploi, mais également la création d’entreprises dans des secteurs à fort potentiel.

Renforcer l’aquaculture pour répondre à la demande

Face à une consommation de poisson en constante progression, le Togo cherche également à développer l’aquaculture afin de compléter les ressources issues de la pêche traditionnelle.

Cette orientation se traduit notamment par la mise à disposition d’alevins et de cages flottantes destinées aux producteurs. Les alevins constituent la base même de toute activité piscicole. Faciliter leur accès permet ainsi aux exploitants de démarrer ou d’étendre leurs élevages dans de meilleures conditions.

Les cages flottantes offrent quant à elles une solution adaptée à l’exploitation des plans d’eau. Elles permettent d’assurer un suivi plus rigoureux de la croissance des poissons tout en optimisant les capacités de production.

Au-delà des équipements, l’enjeu est stratégique. Le développement de l’aquaculture vise à accroître l’offre de produits halieutiques sans accentuer la pression sur les ressources naturelles. Il s’agit de sécuriser l’approvisionnement alimentaire tout en diversifiant les sources de production.

Dans un contexte marqué par une demande croissante en protéines animales, cette filière apparaît comme un levier important pour renforcer la résilience alimentaire du pays.

Un soutien concret aux acteurs de la pêche

Les autorités togolaises ont également porté leur attention sur les contraintes économiques auxquelles font face les pêcheurs. Parmi celles-ci, le coût du carburant demeure l’un des principaux facteurs influençant la rentabilité des activités de pêche.

Pour répondre à cette réalité, un dispositif de carburant subventionné a été mis en place au bénéfice des professionnels du secteur. Cette mesure vise à alléger les charges d’exploitation des embarcations motorisées et à maintenir la compétitivité des activités halieutiques.

La portée de ce soutien dépasse le seul cadre économique. En réduisant les coûts opérationnels, il contribue à préserver les revenus des pêcheurs et à sécuriser leur activité dans un contexte parfois marqué par la volatilité des prix.

L’initiative présente également un intérêt pour les consommateurs. En limitant l’impact des dépenses de production sur les prix de vente, elle participe indirectement au maintien de l’accessibilité des produits de la pêche sur les marchés locaux.

La santé animale comme socle de la productivité

Si la formation et la production occupent une place centrale dans cette stratégie, la protection du cheptel constitue un autre pilier essentiel.

Au cours des dernières années, près de 12,5 millions d’animaux ont bénéficié de campagnes de vaccination. Derrière ce chiffre impressionnant se cache un enjeu majeur pour les éleveurs : la préservation de leur principal capital économique.

Dans les zones rurales, un animal représente souvent bien davantage qu’un simple bien marchand. Il peut constituer une source régulière de revenus, un moyen d’épargne, un outil de reproduction du troupeau ou encore une ressource alimentaire pour les ménages.

L’apparition d’une maladie peut compromettre plusieurs années d’efforts et fragiliser durablement une exploitation. La prévention sanitaire apparaît donc comme l’une des formes d’investissement les plus rentables pour le secteur.

Grâce à la vaccination, les risques de mortalité massive sont réduits et la stabilité des élevages renforcée. Cette protection contribue également à maintenir un niveau de production suffisant en viande, en lait et en autres produits d’origine animale destinés à la consommation nationale.

Dans cette perspective, prévenir vaut souvent mieux que guérir. Une campagne de vaccination efficace peut éviter des pertes financières considérables et préserver l’équilibre économique de milliers d’exploitations.

Une vision globale du développement rural

L’originalité de l’approche togolaise réside dans son caractère intégré. Là où certaines politiques se concentrent uniquement sur la production ou sur les infrastructures, le Togo agit simultanément sur plusieurs fronts : la santé animale, le soutien aux pêcheurs, la modernisation de l’aquaculture et la formation professionnelle.

Cette complémentarité permet de créer un environnement favorable à la croissance des filières. Les animaux sont protégés, les producteurs sont accompagnés, les pêcheurs bénéficient d’un soutien opérationnel et les futurs professionnels acquièrent les compétences nécessaires pour prendre le relais.

Au final, l’investissement le plus stratégique n’est peut-être ni dans les troupeaux ni dans les bassins piscicoles. Il se trouve dans les femmes et les hommes appelés à développer ces secteurs. En misant sur les compétences autant que sur les moyens de production, le Togo cherche à poser les bases d’une croissance agricole durable, capable de générer de l’emploi, de renforcer la sécurité alimentaire et de soutenir le développement économique national.

 

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