Une diplômée, une idée : faire parler les agents immobiliers aux mairies

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Par René DOKOU, le 21 Septembre 2026

(IMPARTIAL ACTU)- Le samedi 19 septembre, dans une salle de soutenance de Lomé, Amavi Ewoenam Briku a défendu, devant un jury exigeant, un mémoire consacré à un sujet aussi technique que sensible : la contribution de l’agent immobilier au recouvrement de la taxe communale. Un travail salué par une moyenne de 15/20, qui lui confère désormais pleinement le statut d’agent immobilier, cinquième diplômée de cette promotion de la Nouvelle Formation Professionnelle (NFP).

Un constat de terrain, transformé en problématique de recherche

Le mémoire de Mme Briku, intitulé « La promotion immobilière et la contribution à la taxe communale : rôle de l’agent immobilier, cas de la commune du Golfe 5 », part d’un paradoxe qu’elle a observé sur le terrain. Si le cadre juridique togolais donne bien compétence aux communes pour percevoir les taxes d’habitation et les taxes communales, cette compétence peine, dans les faits, à se traduire en recouvrement effectif. « Le processus de recouvrement est réactif plutôt que proactif », a-t-elle expliqué devant le jury, pointant un système qui agit après coup, faute d’information fiable et continue sur les mutations immobilières d’un territoire.

De ce constat est née une problématique simple mais structurante : quelle contribution, quel avantage y aurait-il à intégrer les agents immobiliers — premiers témoins des transactions foncières et locatives — dans le processus de recouvrement des taxes locales ?

Une solution à double bénéfice

La réponse qu’apporte l’impétrante tient en une proposition centrale : faire de l’agent immobilier, en contact direct avec les promoteurs et les particuliers, un maillon d’information vers les pouvoirs publics, notamment les communes. Selon elle, les gains attendus sont de deux ordres. D’abord financiers, avec un élargissement de l’assiette fiscale des communes qui permettrait de mieux financer les projets communaux. Ensuite sécuritaires pour les usagers, puisque l’intégration des agents dans ce circuit favoriserait une vérification systématique des documents liés aux ventes et aux locations, renforçant ainsi la sécurité juridique des transactions immobilières.

Interrogée sur les risques que cette évolution ferait peser sur la profession elle-même, la jeune diplômée n’a pas éludé la question centrale qui traverse tout le secteur : l’absence de formalisation du métier d’agent immobilier. « Nous opérons toujours dans l’informel, et c’est justement notre combat », a-t-elle reconnu, rappelant son engagement au sein de l’Association Togolaise des Agents Immobiliers (ATAI), qui œuvre pour la reconnaissance et la valorisation de la profession auprès des pouvoirs publics.

Des recommandations pensées pour durer

Loin de s’arrêter au constat, le mémoire propose une feuille de route en deux temps : la formalisation du métier d’agent immobilier, préalable à toute réforme durable, puis le déploiement d’outils digitaux pour accompagner cette transition — à commencer par la mobilisation de données informatiques au niveau communal. Une centralisation qui, selon l’impétrante, bénéficierait autant aux agents immobiliers, en simplifiant la gestion de leurs informations, qu’aux pouvoirs publics, en leur donnant un regard direct sur les dynamiques immobilières de leur territoire.

Interrogée enfin sur la portée de son étude au-delà du seul cas de la commune du Golfe 5, Mme Briku s’est montrée convaincue de sa pertinence à l’échelle nationale : « Le constat est général sur toute l’étendue du territoire. » Elle plaide pour qu’une phase pilote soit engagée afin de faire la preuve de l’efficacité du système, avant d’envisager sa généralisation aux autres communes du territoire togolais.

Un travail de terrain, rigoureux et ancré dans les réalités locales, qui illustre la manière dont une nouvelle génération de professionnels de l’immobilier entend désormais peser dans le débat public sur la réforme du secteur.

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