Togo : transformer les pertes post-récolte en levier de résilience agricole

0
436

 Par René DOKOU, le 08 Octobre 2025

(IMPARTIAL ACTU)- Au Togo, comme dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, les pertes post-récolte demeurent un défi structurel majeur. Estimées entre 20 et 30 % de la production régionale, elles compromettent à la fois la sécurité alimentaire et la stabilité économique des exploitants. En 2022, ces pertes ont représenté 11,2 % de la production nationale de mil, un chiffre conforme à la moyenne régionale mais révélateur d’un manque à gagner important pour le pays.

Conscient de l’enjeu, le gouvernement togolais a engagé une série d’initiatives ambitieuses pour transformer cette contrainte en opportunité de développement durable. Infrastructures de stockage, appuis financiers, programmes de formation et valorisation agro-industrielle témoignent d’une volonté politique forte : protéger les récoltes, soutenir les agriculteurs et renforcer la résilience du système alimentaire.

L’impact économique et nutritionnel d’un fléau silencieux

Avec plus d’un million de tonnes de maïs produites en 2023, cette céréale demeure la pierre angulaire de l’alimentation togolaise. Mais toute perte dans cette filière fragilise l’équilibre alimentaire national et les revenus des producteurs. Chaque sac de maïs perdu, c’est un ménage appauvri, une sécurité alimentaire affaiblie et un marché intérieur déséquilibré.

Pour y remédier, le gouvernement mise sur un renforcement de la chaîne de conservation et de valorisation. Depuis 2023, des centaines de centres de stockage et d’entrepôts ruraux ont été construits ou modernisés, notamment dans les régions de la Kara et des Savanes. Ces infrastructures modernes permettent de protéger les récoltes contre l’humidité, les parasites et les intempéries, réduisant considérablement les pertes.

Soutenir les producteurs et structurer les filières

L’Agence nationale de la sécurité alimentaire du Togo (Ansat) joue un rôle central dans cette stratégie. À travers l’opération crédit engrais remboursable en nature, 220 millions de francs CFA ont été mobilisés pour fournir 1 000 tonnes d’engrais à des petits exploitants dans les cinq régions du pays. En parallèle, 140 millions de francs CFA ont été investis dans l’achat de riz dans les préfectures de Kpendjal et d’Oti, renforçant les stocks stratégiques et soutenant les producteurs locaux.

Afin d’écouler les excédents et d’éviter la détérioration des stocks, l’Ansat organise régulièrement des ventes spéciales de céréales à prix réduit, mettant à disposition 200 tonnes de maïs par opération. Ces actions conjuguent sécurité alimentaire et régulation des marchés.

Les efforts nationaux s’appuient aussi sur des partenariats internationaux. Le Projet de résilience du système alimentaire en Afrique de l’Ouest (FSRP-Togo), financé par la Banque mondiale, a déjà touché plus de 509 000 bénéficiaires, dont 34 % de femmes. En 2024, près de 30 000 producteurs ont reçu des kits de production comprenant semences certifiées, engrais et pesticides, notamment dans les Zones d’aménagement agricole planifiées (Zaap).

De son côté, le Projet d’appui au Mifa (ProMifa) a formé 20 000 jeunes et femmes aux techniques modernes de conservation, de séchage et de manutention des produits agricoles, contribuant à professionnaliser la filière.

Les pistes rurales, colonne vertébrale de la lutte contre les pertes

La réhabilitation des pistes rurales constitue un levier stratégique pour réduire les pertes post-récolte. Elle facilite le transport rapide des denrées vers les marchés, limite les détériorations dues aux retards logistiques et améliore l’accès des agriculteurs aux intrants. Entre 2021 et 2023, 2 200 km de pistes ont été réhabilités dans le cadre du Programme d’appui aux pistes rurales (PAPR). Pour 2025, un investissement de 32 milliards de francs CFA est prévu afin de poursuivre cette modernisation essentielle.

Vers une transformation structurelle du secteur agricole

La lutte contre les pertes post-récolte ne relève plus du simple impératif de conservation : elle s’inscrit dans une stratégie nationale de transformation agricole. En protégeant chaque tonne produite, le Togo renforce son autonomie alimentaire, sécurise les revenus des producteurs et fait de l’agriculture un moteur durable de croissance économique.

À travers ces réformes, le pays illustre une conviction claire : chaque grain sauvé est une victoire contre la faim, la pauvreté et la précarité rurale. Le Togo, en modernisant sa chaîne de valeur agricole, trace ainsi la voie d’une Afrique plus résiliente et plus souveraine sur le plan alimentaire.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici