Par René DOKOU, le 07 Décembre 2025
(IMPARTIAL ACTU)- Au Togo, la bataille contre le non-enregistrement des naissances a pris des allures de priorité nationale. Longtemps perçu comme un simple acte administratif, l’enregistrement à l’état civil s’impose aujourd’hui comme un enjeu fondamental de droits humains : sans acte de naissance, pas d’identité légale, pas d’école parfois, pas d’accès certain aux services sociaux. Et le pays a décidé de rompre avec cette invisibilité qui touche encore trop d’enfants.
Ces dernières années, les réformes se succèdent, se structurent et se modernisent. Elles dessinent un tournant décisif vers un système d’état civil plus efficace, plus juste et surtout plus inclusif. Dans la commune du Golfe 3, à Lomé, ce tournant s’incarne dans un clic.
Le 28 mars 2024, la mairie franchit une étape majeure en officialisant la digitalisation des déclarations de naissance et de décès. Les plateformes Hospi-connect et Hospi-gestion, développées avec l’appui du Pnud, ont ouvert une nouvelle ère : celle où les agents d’état civil sont directement connectés aux centres de santé. Les déclarations, désormais transmises instantanément depuis les hôpitaux, éliminent les files d’attente, les démarches répétitives et les lenteurs qui, jadis, décourageaient bien des familles.
Encore en phase pilote, cette initiative facilite la vie des citoyens tout en assurant le respect du délai légal de 45 jours pour déclarer une naissance. Et les premiers chiffres témoignent d’un changement profond. Le taux de déclaration dans la commune du Golfe 3 est passé de 11,92 % en 2023 à 27,61 % entre avril et novembre 2024. Plus de 14 800 personnes – dont 5 920 femmes – ont pu obtenir un acte de naissance grâce à cette innovation. Une avancée concrète qui illustre la puissance du numérique lorsqu’il soutient l’inclusion.
Des politiques locales qui changent la donne
Mais le digital n’est pas l’unique levier de progrès. Dans la région des Lacs, l’engagement politique et administratif a également porté ses fruits. Grâce à une stratégie d’enregistrement systématique, les actes de naissance établis sont passés de 700 en 2019 à 1 975 en 2020, puis à 2 599 en 2022, pour un taux de couverture supérieur à 98 %. Sur la période allant de janvier à octobre 2023, le taux d’établissement atteignait encore 94 %, confirmant une dynamique solide et continue.
Depuis janvier 2022, autre mesure forte : l’établissement des actes de naissance est gratuit sur tout le territoire. L’État rembourse les communes à hauteur de 1 000 francs CFA par acte. Un geste en apparence simple, mais qui lève un obstacle majeur pour de nombreuses familles. Le dispositif est rigoureusement encadré : les remboursements sont trimestriels et fondés sur des rapports validés par les préfets et les ministères concernés. Cette rigueur administrative, nouvelle dans ce secteur, rassure et fidélise les acteurs locaux.
Former, uniformiser, fiabiliser
Pour garantir la qualité des données personnelles et harmoniser les pratiques, le ministère de l’Administration territoriale a renforcé la formation des agents d’état civil. En septembre 2025, avec l’appui de l’Unicef, un nouveau guide pratique a été élaboré et validé. Cet outil actualisé offre une base commune aux agents, clarifie les procédures et participe à professionnaliser un domaine longtemps laissé aux approximations.
Ce renforcement répond à un défi régional : en Afrique de l’Ouest, seuls 45 % en moyenne des enfants de moins de cinq ans sont enregistrés, selon l’Unicef. Dans ce contexte, le Togo veut se démarquer et accélérer.
Avec son ambition de digitaliser 75 % des démarches administratives d’ici 2025, le pays entend garantir que chaque enfant, dès sa naissance, obtienne une existence légale. Ce combat n’est plus technique ni bureaucratique : il est éminemment social. Et les progrès enregistrés montrent qu’un cap a été fixé. Le Togo avance, et avec lui, des milliers d’enfants accèdent enfin au droit le plus essentiel : celui d’exister.
















