Par René DOKOU, le 09 Septembre 2026
(IMPARTIAL ACTU)- Le Togo et le Japon ont scellé, mardi 8 septembre 2026, un nouvel accord d’assistance alimentaire. La cérémonie de signature et d’échanges de notes s’est tenue à Lomé entre le ministre togolais de l’Agriculture, Antoine Lékpa Gbégébni, et l’ambassadeur du Japon, Junji Gomakud. Ce partenariat, d’un montant de 200 millions de yens (environ 800 millions de FCFA), s’inscrit dans le cadre du programme Kennedy Round et vise à consolider la sécurité alimentaire nationale par l’importation de riz.
Un programme historique et structurant
Le Kennedy Round (KR) trouve son origine dans les négociations commerciales internationales menées au sein du GATT dans les années 1960, sous l’impulsion du président américain John F. Kennedy. Le Japon, à la suite de ces discussions, a mis en place un mécanisme d’aide alimentaire non remboursable destiné aux pays en développement confrontés à des pénuries de denrées de base. Depuis la fin des années 1960, ce dispositif fournit riz et blé à plusieurs nations, dont le Togo, bénéficiaire depuis 2008.
Un modèle économique singulier
Contrairement à une perception répandue, l’aide japonaise ne se limite pas à une distribution gratuite de riz. Le produit est vendu à prix subventionné sur le marché local, et les recettes générées alimentent un « fonds de contrepartie ». Ce fonds est ensuite réinvesti dans des projets socio-économiques : réhabilitation de pistes rurales, désenclavement de zones enclavées, ou encore mise en place des Zones d’aménagement agricole planifiées (ZAAP), destinées à intensifier la production rizicole nationale.
Clarification diplomatique
Lors de la cérémonie, l’ambassadeur Junji Gomakud a tenu à dissiper une idée reçue : « L’assistance japonaise ne se résume pas au riz visible. Elle s’accompagne depuis des années d’un appui continu en engrais, en équipements agricoles et en matériel de génie civil fabriqué au Japon. » Pour le diplomate, l’aide directe via le Kennedy Round contribue non seulement à l’achat de riz, mais aussi au développement du Togo par la vente de ce produit et la réutilisation des fonds générés.
Des chiffres qui parlent
Depuis 2008, le Japon a octroyé près de 22 milliards de FCFA au Togo sous forme de dons alimentaires. Les volumes livrés témoignent de la régularité du soutien : 2 963 tonnes en 2020 (1,5 milliard FCFA), 2 275 tonnes en 2023, 3 638 tonnes en 2024 (1,2 milliard FCFA), 1 625 tonnes fin 2025, et désormais ce nouvel accord de 200 millions de yens pour 2026.
Un levier pour la sécurité alimentaire
Au-delà des chiffres, l’impact du programme Kennedy Round est tangible. Les fonds de contrepartie ont permis de financer des projets structurants, notamment dans le secteur agricole. Les ZAAP, par exemple, favorisent une meilleure organisation des producteurs et une intensification de la culture du riz, réduisant progressivement la dépendance aux importations.
Un partenariat durable
Le ministre Antoine Lékpa Gbégébni a salué la constance de l’appui japonais, soulignant que cette coopération contribue à améliorer la situation nutritionnelle des populations et à renforcer la résilience du pays face aux défis alimentaires. Pour Lomé, l’accord signé en 2026 n’est pas seulement une aide ponctuelle, mais un maillon d’une relation durable qui associe assistance alimentaire et développement rural.
Une aide qui dépasse le riz
L’ambassadeur Gomakud a insisté sur la dimension élargie de l’aide : engrais, équipements agricoles et infrastructures. Ces apports, souvent moins visibles que les cargaisons de riz, participent directement à la modernisation du secteur agricole togolais. Ils permettent aux producteurs locaux de disposer de moyens techniques pour accroître leur rendement et améliorer la qualité des récoltes.
Un mécanisme gagnant-gagnant
Le principe de vente du riz subventionné, plutôt que sa distribution gratuite, illustre une approche pragmatique. Il évite de fragiliser le marché local et génère des ressources financières réinvesties dans des projets de développement. Ce modèle, salué par les autorités togolaises, constitue un exemple de coopération internationale qui allie aide humanitaire et soutien structurel.
Perspectives et enjeux
À l’heure où le Togo cherche à renforcer son autosuffisance alimentaire, l’appui du Japon apparaît comme un catalyseur. Les projets financés par le fonds de contrepartie contribuent à moderniser les infrastructures rurales et à soutenir la production locale. L’objectif est clair : réduire la dépendance aux importations et garantir une sécurité alimentaire durable.
Un symbole de coopération internationale
Au-delà des aspects techniques et financiers, l’accord signé le 8 septembre 2026 illustre la solidité des relations entre le Togo et le Japon. Il témoigne d’une coopération fondée sur la confiance et la continuité, où l’aide alimentaire devient un vecteur de développement économique et social.
En somme, ce nouvel accord de 200 millions de yens s’inscrit dans une dynamique de long terme. Plus qu’un simple don de riz, il représente un mécanisme structuré qui associe assistance alimentaire, financement de projets et modernisation agricole. Pour le Togo, il s’agit d’un pas supplémentaire vers une sécurité alimentaire renforcée et une meilleure valorisation de ses potentialités agricoles.
















