Par René DOKOU, le 05 Septembre 2026
(IMPARTIAL ACTU)-La ville de Kpalimé a servi de cadre, vendredi, au lancement officiel de la campagne 2026-2027 de commercialisation du café et du cacao. La cérémonie, présidée conjointement par le ministre de l’Économie et de la Veille stratégique, Badanam Patoki, et son collègue de l’Agriculture, de la Pêche, des Ressources animales et de la Souveraineté alimentaire, a marqué une étape décisive pour deux filières vitales de l’économie togolaise.
Des filières stratégiques mais fragiles
Cultures de rente historiques, le café et le cacao figurent parmi les principaux produits agricoles d’exportation du pays, juste après le coton. Leur production, concentrée dans la région des Plateaux, représente 1,4 % du PIB et 5,5 % du secteur agricole, mobilisant près de 40 000 producteurs sur plus de 72 000 hectares. Ces chiffres traduisent l’importance économique et sociale de ces filières, qui demeurent pourtant exposées aux aléas du marché mondial.
Un essor brutalement interrompu
Les campagnes 2023-2024 et 2024-2025 avaient laissé entrevoir une dynamique prometteuse : 2 618 tonnes de café et 11 182 tonnes de cacao exportées, puis un bond spectaculaire à 4 400 tonnes de café et 24 000 tonnes de cacao. Mais l’embellie s’est effondrée en 2025-2026, avec seulement 2 782 tonnes de café et 9 070 tonnes de cacao expédiées. La chute des cours mondiaux explique en grande partie ce recul. Alors que les prix bord champ atteignaient encore 1 800 FCFA/kg pour le café et jusqu’à 1 800 FCFA/kg pour le cacao en janvier 2026, la dégringolade des marchés a stoppé net l’élan des exportations. Résultat : près de 1 500 tonnes de cacao invendues, selon le Comité de Coordination pour les Filières Café et Cacao (CCFCC).
Le Litimé sous surveillance
Au-delà de la conjoncture, un défi structurel s’impose : l’intrusion d’opérateurs non enregistrés dans la zone cacaoyère du Litimé. Ces acteurs venus de pays voisins perturbent la qualité des produits et déstabilisent les prix d’achat, exposés à une surenchère dangereuse. Le gouvernement a salué la mobilisation des préfets, maires, forces de sécurité et services douaniers aux côtés du CCFCC pour endiguer la contrebande et préserver l’intégrité des filières.
Miser sur la densification plutôt que l’expansion
Face à ces fragilités, les autorités privilégient une stratégie de densification des exploitations existantes plutôt que l’extension des surfaces cultivées. Objectif : accroître les rendements sans accentuer la déforestation. Cette orientation s’inscrit dans les Plans de développement des filières café et cacao (PDCC), adoptés en 2024 avec l’Union européenne, pour un coût prévisionnel de 23,25 milliards de FCFA. Les axes portent sur la productivité, l’accès au marché, la durabilité environnementale et le financement.
La qualité comme levier de revenus
Le ministre Patoki a insisté sur la nécessité de valoriser la qualité afin de garantir de meilleurs revenus aux producteurs. Deux centres de traitement post-récolte du cacao ont été inaugurés en 2026 : à Kessibo-Abrewankor le 23 mai, sous l’égide du CCFCC, et à Mpoti-Blitta le 3 juin, en partenariat avec l’association « Chocolatiers et Pâtissiers du Monde » et le Département des Yvelines en France. Ces infrastructures visent à positionner le cacao togolais sur un segment haut de gamme, mieux rémunéré sur les marchés internationaux. Le gouvernement prévoit d’étendre ce type de dispositif à la filière café.
Contrôles renforcés et promotion du local
Le CCFCC a intensifié les contrôles de terrain et les actions contre la contrebande, afin de moraliser le circuit de commercialisation. Le mois d’octobre, consacré au « Consommer local » dans l’espace UEMOA, ainsi que la Journée internationale du café et la Journée mondiale du cacao et du chocolat, célébrées le 1er octobre, seront des occasions de mettre en avant la transformation locale et le commerce équitable. Le Comité a également été félicité pour l’ouverture, le 5 mai à Lomé, de la « Maison du café : Le Terroir », vitrine dédiée à la promotion de la consommation nationale.
Trente ans d’engagement international
L’année 2026 marque aussi les trente ans d’existence du CCFCC, créé en 1996. Le ministre Patoki a rendu hommage à son secrétaire général, Enselme Gouthon, pour son rôle dans la représentation du Togo au sein des instances internationales du café et du cacao.
Une campagne sous le signe de la consolidation
Portée par des filières encore fragiles mais stratégiquement soutenues, la campagne 2026-2027 s’ouvre sous le signe d’une double ambition : consolider la qualité de la production togolaise et assainir durablement son circuit de commercialisation. Entre vigilance accrue, valorisation du terroir et partenariats internationaux, le café et le cacao togolais cherchent à retrouver une trajectoire de croissance stable et équitable.
















