Togo 2006 : Vingt ans après l’épopée, le Colonel Rock B. Gnassingbé brise le silence

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Par René DOKOU, le 14 Novembre 2025

(IMPARTIAL ACTU)- Vingt ans après la qualification historique du Togo pour la Coupe du Monde 2006, le Colonel Rock Balakiyèm Gnassingbé, président de la Fédération Togolaise de Football de 1998 à 2007, replonge dans cette épopée qui a marqué le continent. Entre souvenirs vibrants, fierté nationale et désillusion face au présent, l’ancien dirigeant livre un témoignage d’une rare sincérité.

« Au départ, je n’y croyais pas »

Tout commence à Kampala, après un éclatant 3-0 en Ouganda. Le Colonel se rappelle un dîner inattendu avec le Chef de l’État, alors euphorique.
« Il nous a promis la Coupe du Monde. J’avoue que je n’y croyais pas », confie-t-il. Mais la dynamique s’enclenche, et victoire après victoire, le rêve se transforme en objectif concret.

Et lorsque Messan Atolou, journaliste et ami, lui lance : « Colonel, on ira à la Coupe du Monde », l’histoire est déjà en marche.

1998-2006 : l’âge d’or des Éperviers

Le 12 novembre 2005, le Togo décroche sa qualification face au Congo-Brazzaville, 3-2.
« Les joueurs étaient euphoriques. Moi, j’étais calme. C’était l’émotion », raconte-t-il.

Cette génération dorée-Aziawonou, Shérif Touré, Adebayor – reste pour beaucoup l’une des plus talentueuses de l’histoire du pays. Sur le terrain comme dans la rue, une ferveur exceptionnelle galvanise toute la nation.
« Le Togo jouait, et la ville vibrait. Le stade de Kégué était plein avant 14 heures. »

La discipline, la cohésion et une organisation stricte façonnaient un environnement propice à la performance.

L’ombre du déclin

Deux décennies plus tard, le Colonel ne cache pas sa peine.
« Aujourd’hui, le Togo est oublié sur la scène du football, et ce n’est pas normal », regrette-t-il.

La question posée par Gianni Infantino lors de sa visite au pays – « Qui était le président qui vous a amenés à la Coupe du Monde ? » – reste pour lui une blessure symbolique, témoin de l’effacement progressif des exploits d’hier.

« Avec une CAN à 16 équipes, nous nous qualifions régulièrement. Aujourd’hui, elle en compte 24, et nous n’y sommes plus. »

Le secret d’une réussite : travail et passion
Pour le Colonel, la recette de 2006 reposait sur une idée simple : passion, discipline et travail.

Il évoque même la célèbre opération stratégique de Dakar, face au Sénégal, lorsque le staff togolais avait monté une fausse équipe logée dans un hôtel afin de contourner la pression psychologique adverse. Résultat : un nul héroïque (2-2).
« Ils avaient plus de cent marabouts ! Nous avions notre stratégie. »

Reconstruire l’avenir

S’il regrette l’abandon du projet Goal 2 – censé créer une académie nationale –, le Colonel pose le diagnostic :
« Nous manquons de joueurs parce que nous n’avons pas travaillé à la base. »

À son époque, les compétitions locales abondaient. Elles structuraient toute une génération.
« Il faut former, organiser, faire jouer. La compétition forge le joueur. »

Un message d’espoir

Malgré les déceptions, le Colonel croit fermement à une renaissance possible :
« Dans cinq ans, si on travaille sérieusement, on peut relever la tête. Le Togo regorge de talents. Il suffit de les encadrer. »

Et de conclure : « Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Seul le travail paye. »

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