Stratégie 2030 : l’OMS lance l’offensive africaine sur la santé mentale depuis Lomé

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Par René DOKOU, le 15 Juillet 2026

(IMPARTIAL ACTU)- Lomé (capitale togolaise) devient du 15 au 18 juillet 2026, en carrefour stratégique pour l’avenir de la santé mentale en Afrique. Sous la présidence du Dr Wotogbé Kokou, Secrétaire général représentant du ministre de la Santé, de l’Hygiène publique, de la Couverture sanitaire universelle et des Assurances, Jean-Marie Tessi, s’est ouvert un atelier inter-pays préparatoire au 7e Sommet ministériel mondial sur la santé mentale prévu en octobre 2026 au Rwanda.

Autorités, experts et sociétés civiles présents 

Organisé par le Bureau régional de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), ce rendez-vous a réuni, le représentant résident de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) au Togo Dr Hamadou Nouhou, les experts responsables de programmes, acteurs de la société civile et délégations venues de toute l’Afrique.

Une urgence sanitaire mise en lumière

Les données de l’OMS dressent un constat alarmant : près de 150 millions de personnes vivent avec des troubles mentaux dans la Région africaine, dont 55 millions souffrent de dépression. Plus de 4 millions sont confrontées aux addictions, tandis que le continent détient le taux de suicide le plus élevé parmi les régions de l’organisation. Ces chiffres traduisent une crise silencieuse qui fragilise les familles, désorganise les parcours scolaires et professionnels, accentue la pauvreté et alimente l’exclusion sociale. Pour le Secrétaire général du ministère de la santé reprresentant ministre Tessi, le statu quo est désormais intenable.

Lomé, étape décisive vers Kigali

La tenue de l’atelier à Lomé ne relève pas d’un simple choix logistique. Elle incarne une conviction politique : la santé mentale doit être reconnue comme un pilier de la santé globale et du développement durable. Les assises visent à transformer les déclarations en réformes tangibles, les priorités en lignes budgétaires et les engagements en plans d’action concrets. Lomé devient ainsi un point d’inflexion où l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale affirment une voix commune dans le concert mondial.

Des objectifs clairs et ambitieux

Les travaux de quatre jours ont ciblé plusieurs axes : sensibiliser aux répercussions des troubles mentaux, partager les expériences nationales, recenser les meilleures pratiques, discuter des défis persistants et des opportunités disponibles, mais aussi élaborer des feuilles de route sous-régionales pour atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2030. Les débats vont également porter sur les questions émergentes et les stratégies pour renforcer les systèmes de santé mentale face aux nouveaux défis.

Les défis persistants

Malgré les avancées, les obstacles demeurent. L’investissement moyen consacré à la santé mentale dans la région reste autour de 0,07 dollar par habitant, contre une médiane mondiale de 2,5 dollars. Les pénuries de ressources humaines spécialisées, l’insuffisante intégration dans les soins primaires, les ruptures dans la disponibilité des psychotropes et la stigmatisation persistante limitent encore la portée des politiques publiques. Le secrétaire général du ministère de la santé a insisté : une personne vivant avec un trouble mental ne doit pas être condamnée à l’invisibilité ou au rejet social, mais doit bénéficier d’écoute, de protection et de dignité.

La jeunesse au centre des priorités

Une attention particulière est accordée à la santé mentale des enfants et des adolescents. Protéger les jeunes, c’est protéger l’avenir des nations. L’atelier a également mis en lumière l’importance du soutien psychosocial en contexte humanitaire, dans une sous-région confrontée à des défis sécuritaires, climatiques et sociaux complexes. La résilience des populations dépendra largement de l’intégration de la santé mentale dans les mécanismes de préparation et de réponse.

Une mobilisation collective et solidaire

La participation des délégations africaines illustre une conviction partagée : aucun pays ne peut relever seul le défi de la santé mentale. Mutualiser les expériences, partager les innovations et construire des réponses adaptées aux réalités africaines sont des impératifs. L’agenda de l’atelier a mis en avant des leviers essentiels tels que la réforme des cadres juridiques, le financement endogène, la décentralisation des soins, l’intégration dans les soins primaires et le renforcement des dispositifs communautaires.

Vers une parole africaine forte au Rwanda

Les travaux de Lomé doivent déboucher sur des orientations concrètes, des engagements réalistes et des feuilles de route nationales audacieuses. L’objectif est de rendre les systèmes de santé plus humains, accessibles, résilients et inclusifs. Pour Dr Wotogbé Kokou, la santé mentale n’est pas un luxe ni un supplément d’âme, mais une composante fondamentale du droit à la santé. Elle doit sortir du silence, de la honte et de la marginalité budgétaire pour occuper une place centrale dans les politiques publiques africaines.

Une reconnaissance exprimée

Le gouvernement togolais a exprimé sa gratitude à l’OMS pour son accompagnement technique et son partenariat constant. La présence des délégations sœurs témoigne d’une volonté commune de bâtir une réponse africaine adaptée et durable. Les quatre jours de travaux doivent être féconds, constructifs et porteurs d’engagements forts pour la région.

Un tournant décisif

Lomé se positionne comme un carrefour de réflexion et d’action. Ce rendez-vous pré-sommet doit marquer un tournant décisif dans la manière dont les États africains abordent la santé mentale. En transformant les ambitions en réformes tangibles, l’Afrique peut espérer bâtir des systèmes de santé plus inclusifs et résilients, capables de répondre aux besoins de ses populations et de défendre une voix forte sur la scène mondiale.

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