Par René DOKOU, le 05 Décembre 2025
(IMPARTIAL ACTU)- Le devoir de souveraineté s’impose aujourd’hui comme l’un des enjeux majeurs du continent africain. Il ne s’agit plus seulement d’une aspiration politique ou d’un idéal intellectuel, mais d’une exigence stratégique qui doit être portée, assumée et organisée par les Africains eux-mêmes.
Les discussions issues du Lomé Peace & Security Forum, dont la deuxième édition marque une montée en puissance significative, l’ont rappelé avec force : l’Afrique dispose de ressources immenses, mais doit désormais se doter de la volonté collective nécessaire pour transformer ce potentiel en influence réelle sur la scène mondiale.
Comparée à la première édition, la rencontre de Lomé a mis en évidence une mobilisation inédite : davantage de participants, des échanges plus nourris et des analyses plus approfondies. Ce dynamisme confirme l’intérêt grandissant des acteurs africains pour une réflexion stratégique continentale. Toutefois, l’enjeu ne se limite pas à la production d’idées. Il réside surtout dans la capacité à les transformer en actions coordonnées.
La question centrale est désormais celle de l’appropriation. Comment l’Union africaine s’emparera-t-elle des recommandations du Forum ? Comment les diffuser auprès des communautés économiques régionales CEDEAO, CAE, SADC, des centres de recherche, des organisations spécialisées et des décideurs engagés dans la prospective stratégique ? La cohérence africaine dépend de cette circulation fluide du savoir et des orientations politiques. Car l’Afrique n’est pas un État unifié : elle est un continent de 54 pays, avec des trajectoires et des priorités diverses. La souveraineté continentale ne peut donc être qu’un effort collectif, patient et coordonné.
Au fil des débats, plusieurs défis structurants ont émergé. L’intelligence artificielle, d’abord, est un domaine où l’Afrique accuse un retard préoccupant. Alors que les grandes puissances – États-Unis, Chine, Europe – s’organisent et définissent les normes de demain, le continent peine à s’inscrire dans cette dynamique mondiale. Mais l’IA ne peut être envisagée sans l’énergie, colonne vertébrale de toute économie numérique. Or l’autonomie énergétique reste fragile dans de nombreux pays africains, freinant toute ambition technologique durable.
À cela s’ajoutent d’autres chantiers essentiels : la science, l’éducation, la santé, l’industrie pharmaceutique, la recherche, l’innovation. Chaque retard accumulé dans ces domaines réduit la marge de souveraineté africaine et accroît la dépendance extérieure. Le Forum rappelle ainsi l’urgence d’un sursaut, fondé sur une volonté politique forte et des investissements massifs.
La question de la place du continent dans le monde occupe également une part centrale des réflexions. Comment faire du Togo – et plus largement de l’Afrique – un acteur stratégique de stabilité mondiale dans la décennie à venir ? La réponse tient en une conviction simple : l’Afrique est déjà un acteur géopolitique majeur, mais elle ne semble pas encore pleinement mesurer son poids. Trop souvent, les décisions qui la concernent sont prises ailleurs, par d’autres. La première bataille à mener est donc celle de la conscience de soi.
Le Lomé Peace & Security Forum s’inscrit précisément dans cette dynamique. Il vise à rappeler aux acteurs africains que le continent possède tous les atouts nécessaires – humains, naturels, démographiques, culturels – pour compter dans l’histoire universelle. Ce qui manque encore, c’est une volonté d’affirmation collective, une capacité à définir ses propres priorités et à défendre ses propres intérêts.
Assumer son destin signifie rompre avec les logiques de dépendance et de résignation. Cela implique de reconnaître la valeur stratégique du continent, de s’approprier ses ressources, d’organiser ses forces et de projeter sa vision dans le système international. L’Afrique n’a pas vocation à suivre : elle doit désormais concevoir, anticiper, orienter.
L’enjeu, en définitive, est que les Africains prennent pleinement conscience de ce que représente leur continent dans le monde. Que la souveraineté cesse d’être un mot et devienne une pratique. Que l’histoire de l’Afrique soit écrite par ceux qui la vivent, la pensent et la construisent. Le reste du monde avance. L’Afrique aussi doit avancer – mais selon ses propres choix, ses propres priorités, ses propres ambitions. Le devoir de souveraineté ne se délègue pas : il s’assume.
















