Par René DOKOU, le 16 Septembre 2025
(IMPARTIAL ACTU)- Six pays d’Afrique de l’Ouest partagent un même trésor vital : le bassin de la Volta. Mais ce fleuve et ses affluents sont aujourd’hui sous pression. Dégradation des écosystèmes, pollution, sédimentation, perte de sols et menaces climatiques s’accumulent, fragilisant les populations qui dépendent de cette ressource.
Face à l’urgence, un ambitieux programme régional, financé par le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), se déploie depuis 2023 : le projet REWarD (Restoring Ecosystems and Water Resources in the Volta Basin).
Mis en œuvre par le PNUE, l’UICN, le Partenariat mondial pour l’eau en Afrique de l’Ouest (GWP-AO) et l’Autorité du bassin de la Volta (ABV), ce projet de cinq ans veut inverser la tendance en associant science, gouvernance et renforcement des capacités locales.
Une réponse à des défis multiples
En 2013, une vaste Analyse Diagnostique Transfrontalière avait mis en lumière six menaces majeures : perturbation des flux d’eau, érosion côtière, prolifération d’espèces aquatiques envahissantes, pollution, déforestation et sédimentation accélérée.
À ces pressions environnementales s’ajoutent des défis humains et politiques : pauvreté, croissance démographique rapide, analphabétisme, institutions fragiles et effets aggravés du changement climatique.
REWarD s’attaque à ces problématiques avec une approche intégrée. Le projet se structure autour de quatre axes :
Produire et partager les connaissances pour mieux éclairer les décisions politiques ;
Renforcer la coopération transfrontalière et les capacités nationales ;
Restaurer la résilience des écosystèmes afin de soutenir les moyens de subsistance ;
Assurer un suivi rigoureux et diffuser les bonnes pratiques à l’échelle régionale.
Un atelier clé à Lomé
Depuis décembre 2023, les étapes se succèdent : validation du rapport de démarrage, ateliers régionaux à Abidjan et Cotonou, inventaire des bases de données, et élaboration d’un premier modèle hydrologique capable de simuler différents scénarios liés au climat, aux barrages, à l’irrigation ou à la démographie.
Cette semaine, un atelier régional de quatre jours à Lomé marque une nouvelle étape décisive. Experts, décideurs et partenaires du bassin y sont réunis pour se former à l’utilisation d’un outil d’aide à la décision (OAD) et d’un modèle intégré des ressources en eau.
Objectif : donner aux acteurs la capacité de visualiser, comparer et anticiper les conséquences de leurs choix en matière de gestion de l’eau. Concrètement, cela signifie pouvoir planifier la construction d’infrastructures, anticiper les sécheresses ou inondations, et protéger à la fois les écosystèmes et les communautés.
Des voix engagées
« Il ne suffit pas de disposer d’outils performants : encore faut-il savoir les maîtriser », a rappelé Dr Dibi Millogo, directeur exécutif adjoint de l’ABV. « Ces formations permettront aux experts de transformer la science en solutions concrètes pour nos populations et pour les générations futures. »
Même son de cloche du côté des autorités nationales. Pour Yawo Ewoenam Zegue, secrétaire général du ministère togolais de l’Eau et de l’Assainissement, la clé réside dans la coopération régionale : « La bonne appropriation des outils et l’engagement coordonné des pays membres sont indispensables pour traduire les connaissances en actions tangibles. »
Anticiper l’avenir du fleuve
Le modèle développé dans le cadre de REWarD est porteur d’un impact majeur. Il permettra d’évaluer les risques liés aux changements climatiques, d’optimiser l’usage agricole de l’eau, de planifier les barrages dans des conditions sûres et de préserver les écosystèmes. Surtout, il offrira aux décideurs une vision claire des compromis à faire entre besoins humains, environnementaux et économiques.
Avec ses partenaires, l’ABV voit dans ce projet une opportunité historique de renforcer la gouvernance transfrontalière et d’ouvrir la voie à une gestion durable des ressources partagées.
« Ensemble, nous pouvons inverser la dégradation, restaurer nos écosystèmes et bâtir un avenir résilient pour les millions de personnes qui vivent du bassin de la Volta », a conclu Dr Millogo.
Un chantier pour les générations futures
REWarD ne se limite pas à la technique : il incarne une nouvelle façon de gérer les biens communs en Afrique de l’Ouest. En conciliant science, dialogue politique et renforcement des capacités locales, il jette les bases d’une coopération exemplaire dans une région où les enjeux hydriques conditionnent la paix, la sécurité alimentaire et le développement économique.
L’avenir de la Volta reste fragile, mais le projet trace déjà un cap clair : celui d’un fleuve mieux protégé, d’écosystèmes restaurés et de communautés armées pour affronter les défis du climat.
















