Niger-Nigéria : vers une détente diplomatique après des mois de tensions

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Par René DOKOU, le 17 Avril 2025

(IMPARTIAL ACTU)- Un vent d’apaisement semble souffler sur les relations diplomatiques entre le Niger et le Nigéria. Après plusieurs mois de crispations consécutives au coup d’État militaire du 26 juillet 2023 à Niamey, les deux pays amorcent un rapprochement. Un geste fort de cette volonté de dialogue est attendu ce mercredi 16 avril, avec la visite du ministre nigérian des Affaires étrangères, Yusuf Maitama Tuggar, à Niamey.

Ce déplacement marque une nouvelle étape dans le réchauffement des relations bilatérales, mis à mal par la prise de pouvoir du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) au Niger. Déjà, début mars, une rencontre entre le chef de la diplomatie nigérienne, Bakary Yaou Sangaré, et l’ambassadeur nigérian à Niamey, Mohammed Sani Usman, avait permis de poser les bases d’une reprise du dialogue.

Les discussions avaient principalement porté sur les questions de sécurité transfrontalière, enjeu majeur pour les deux pays confrontés à la menace terroriste et à la criminalité organisée dans la zone frontalière. Le Niger avait alors exprimé des inquiétudes concernant un nouveau dispositif de contrôle instauré par le Nigéria, jugé contraignant pour les populations locales. Les deux parties avaient néanmoins convenu de la nécessité d’une concertation technique et d’une coopération renforcée.

Dans la foulée, Niamey a lancé l’opération militaire « Nalewa Dole » dans la région de Diffa, en réponse au retrait du pays de la Force multinationale mixte. Une manière pour les autorités nigériennes d’affirmer leur volonté de renforcer l’autonomie militaire nationale, notamment pour protéger des infrastructures stratégiques dans le sud-est du pays.

Ces évolutions bilatérales s’inscrivent dans un contexte régional en pleine recomposition. En janvier 2025, le Niger, aux côtés du Mali et du Burkina Faso, a officialisé son retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), bouleversant les équilibres politiques et sécuritaires dans la région. Ce départ a suscité une médiation du président ghanéen John Dramani Mahama, qui s’est rendu en mars dans les trois capitales de l’Alliance des États du Sahel (AES) pour tenter de renouer le dialogue avec la Cédéao.

Malgré les gestes de réconciliation, les tensions restent vives. Le général Abdourahamane Tiani, président de la transition au Niger, a récemment accusé Abuja de collusion avec la France pour tenter de déstabiliser son régime. Des accusations fermement démenties par les autorités nigérianes, qui insistent sur l’importance des liens historiques et géographiques entre les deux pays.

La visite de Yusuf Maitama Tuggar pourrait donc constituer un tournant, en posant les jalons d’un dialogue renouvelé sur les plans politique et sécuritaire. Dans une sous-région marquée par l’instabilité, ce rapprochement apparaît comme une nécessité stratégique pour préserver la paix et la coopération entre deux pays liés par le destin.

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