Par René DOKOU, le 22 Janvier 2026
(IMPARTIAL ACTU)- À Lomé, le jeudi 22 janvier, une initiative à forte portée citoyenne et sociale a pris corps. Le Groupe de réflexion et d’action Femme, Démocratie et Développement (GF2D) a officiellement lancé une tournée nationale d’établissement de pièces administratives au profit des femmes, en particulier celles ayant bénéficié de formations professionnelles de courte durée. L’opération, soutenue par la GIZ à travers le programme Pro Emploi, s’inscrit dans une dynamique de renforcement des droits civiques et d’autonomisation économique des femmes, encore trop souvent freinées par l’absence de documents d’identité.
Placée sous le thème évocateur « Orangeons les sphères numériques, publiques et les lieux de travail », cette campagne entend lever un obstacle structurel majeur à l’inclusion : l’invisibilité administrative. Après Lomé, la tournée se poursuivra à Kpalimé, Atakpamé et Sokodé, touchant ainsi plusieurs régions du pays.
L’identité, clé de la citoyenneté et de l’autonomie
Le lancement officiel s’est déroulé au centre de formation Chiy’el, cadre symbolique qui accueille de nombreuses jeunes femmes en apprentissage. Prenant la parole, la Directrice exécutive du GF2D, Mme Gina Adékambi, a rappelé avec force que la possession de pièces administratives ne relève pas d’un simple formalisme, mais constitue le socle de l’exercice de la citoyenneté.
« Sans identité légale, une femme est exclue de nombreux droits : accès aux services publics, aux financements, à la mobilité, à la reconnaissance sociale », a-t-elle souligné, invitant les bénéficiaires à considérer ces démarches comme un investissement essentiel pour leur avenir. Elle a également prodigué des conseils pratiques en matière d’autonomie, de gestion de carrière et d’affirmation de soi, appelant les femmes à devenir des actrices à part entière du développement.
Dans la même veine, M. Batchassi Kpatchaa, représentant du service des nationalités, a détaillé les procédures administratives liées à l’obtention des certificats de nationalité et des documents d’état civil. Il a insisté sur le rôle central de ces pièces dans l’accès aux services bancaires, à l’emploi formel et aux dispositifs d’accompagnement mis en place par l’État et ses partenaires.
La Coopération allemande, à travers une représentante de la GIZ, a salué une initiative « concrète et structurante », en cohérence avec les objectifs de promotion de l’égalité de genre et de l’inclusion socioéconomique. Pour elle, l’autonomisation des femmes passe nécessairement par la reconnaissance juridique de leur existence et de leurs droits.
Lever un frein silencieux mais déterminant
Au cœur de cette tournée figure l’établissement du certificat de nationalité, première étape indispensable vers l’obtention de la carte nationale d’identité et du passeport. Des documents sans lesquels toute ambition entrepreneuriale, professionnelle ou de mobilité reste compromise.
Responsable de projet au GF2D, BATADJAGA Alain, chargé de programmes au GF2D, dresse un constat sans détour : « De nombreuses femmes engagées dans des activités génératrices de revenus ou en formation professionnelle ne disposent pas de pièces administratives de base. Cette situation les exclut de facto des microcrédits, des programmes d’appui et de nombreuses opportunités économiques. »
Le projet cible spécifiquement les femmes ayant suivi les formations de courte durée appuyées par la GIZ Pro Emploi, avec un objectif clair : consolider leur insertion économique. « Une femme qui a ses documents peut ouvrir un compte bancaire, solliciter un prêt, formaliser son activité et améliorer durablement les conditions de vie de sa famille », explique-t-il.
Mais le chemin reste semé d’embûches. Les obstacles sont autant sociaux que culturels. Dans certaines familles, les démarches administratives sont prioritairement entreprises pour les garçons, laissant les filles grandir sans acte de naissance.
« Dans ces cas, le GF2D doit engager un processus long et complexe, depuis l’établissement tardif de l’acte de naissance jusqu’à la délivrance de la nationalité. Cela demande du temps, de la patience et une forte mobilisation, mais c’est indispensable pour garantir les droits des bénéficiaires », précise, BATADJAGA Alain, chargé de programmes au GF2D
Un centre de formation engagé pour l’inclusion
Le centre Chiy’el, qui accueille le lancement de cette opération, joue un rôle central dans la formation et l’insertion socioprofessionnelle des jeunes femmes. Sa Directrice, Mme Homekou Essé Abla, a salué une initiative qui complète utilement les efforts de formation technique.
« Nous formons des apprenantes aux métiers de la coiffure, de la tresse, de l’esthétique et des soins corporels, avec des parcours allant d’un mois à deux ans », explique-t-elle. La formation concernée par cette opération, dédiée au massage et aux soins corporels, a duré deux mois et réuni vingt participantes. Elle a été mise en œuvre par la GIZ Pro Emploi Plus en collaboration avec le GF2D.
Particularité notable : le centre accueille également des femmes en situation de handicap, affirmant ainsi une approche inclusive de la formation et de l’autonomisation.
Des visages et des parcours derrière les chiffres
Au-delà des statistiques et des discours institutionnels, la tournée du GF2D révèle des trajectoires humaines marquées par la résilience. Parmi les bénéficiaires,
Attéi Magnim, jeune femme malentendante, a livré un témoignage émouvant. Faute d’informations et d’accompagnement, elle n’avait jamais pu obtenir sa nationalité, vivant en marge des droits les plus élémentaires.
« Recevoir ce document aujourd’hui, c’est un grand pas pour moi », confie-t-elle, évoquant déjà les prochaines étapes : la carte nationale d’identité, puis le passeport. Elle nourrit désormais le projet de voyager hors du Togo, perspective jusque-là inaccessible.
Un levier stratégique pour l’inclusion féminine
Pour le GF2D, faciliter l’accès des femmes aux pièces administratives revient à s’attaquer à l’un des verrous les plus discrets mais les plus puissants de leur autonomisation. Comme le résume Batadjaga Alain, chargé de programmes au sein de l’organisation, « sans identité légale, toute politique d’inclusion reste incomplète ».
Soutenue par la Coopération allemande et les services de l’État, cette tournée nationale apparaît ainsi comme un levier stratégique pour renforcer la participation citoyenne, l’accès aux opportunités économiques et la reconnaissance sociale des femmes. Une démarche qui rappelle que le développement durable commence aussi par un acte simple mais fondamental : exister juridiquement.
















