Lutte contre les flux financiers illicites : l’ANCE-Togo et des médias lancent une plateforme des OSC

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Par René DOKOU, le 24 Mai 2025

(IMPARTIAL ACTU)- Vendredi 23 mai 2025, l’Alliance Nationale des Consommateurs et de l’Environnement (ANCE-Togo), avec l’appui financier du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), a organisé une réunion stratégique au siège de l’ANCE à Lomé. L’objectif : mettre en place une plateforme regroupant les organisations de la société civile (OSC) actives dans la lutte contre les flux financiers illicites (FFI) au Togo.

Une nouvelle coalition pour renforcer la lutte contre les FFI

Cette rencontre a réuni des représentants des OSC et des médias nationaux, avec pour mission de définir le format, les objectifs et le statut juridique de cette nouvelle plateforme. Un comité de coordination a été officiellement instauré afin de piloter les prochaines étapes de sa mise en œuvre.

Une mission claire : sensibiliser, accompagner, plaider

La plateforme aura pour rôle central de soutenir les efforts du gouvernement dans la lutte contre les FFI, un fléau qui prive l’Afrique de ressources considérables. Elle s’engagera dans la sensibilisation des citoyens sur les conséquences des FFI et mènera des actions de plaidoyer en faveur de la création d’une structure nationale spécialisée dans le recouvrement et la gestion des avoirs issus d’activités criminelles.

« Il est urgent que chaque pays africain se dote d’une institution dédiée à cette mission spécifique », a déclaré Fabrice Ebeh, président de l’ANCE-Togo. Selon lui, bien que le Togo dispose de mécanismes fiscaux à travers l’Office Togolais des Recettes (OTR), il n’existe pas à ce jour une structure apte à gérer efficacement les biens issus du crime organisé : trafic de bois, espèces sauvages, véhicules ou immeubles saisis.

Des pertes colossales pour le continent africain

Le phénomène des FFI constitue un véritable obstacle au développement durable en Afrique. En cinquante ans, le continent a perdu plus de 1000 milliards de dollars à cause de ce fléau, soit une somme équivalente à l’ensemble de l’aide publique au développement reçue pendant la même période. Selon les dernières recherches, les pertes annuelles dues aux FFI sont passées de 50 milliards de dollars en 2015 à 90 milliards en 2020.

Ces fonds, qui échappent à toute traçabilité, compromettent les investissements publics et la fourniture de services essentiels comme la santé, l’éducation et les infrastructures. Le Togo, comme d’autres pays africains, en subit directement les conséquences.

Des efforts déjà en place, mais insuffisants
Le gouvernement togolais n’est pas resté inactif face à cette problématique. Des institutions comme la CENTIF-Togo ont été créées pour détecter les mouvements financiers suspects, et plusieurs textes législatifs ont été adoptés pour renforcer la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

Cependant, la faible implication des OSC et des journalistes dans ces efforts a été pointée du doigt comme l’un des facteurs de l’inefficacité de la lutte actuelle. L’implication accrue des acteurs de la société civile est jugée cruciale pour assurer la transparence et la participation citoyenne dans ce combat.

Un plaidoyer pour une action concertée

La nouvelle plateforme vise donc à renforcer la coordination entre les différents acteurs non étatiques et à structurer leurs actions. Les membres du comité de coordination, issus de diverses OSC et médias, auront pour mission de mobiliser les compétences, mutualiser les ressources et porter la voix de la société civile dans les processus de décisions publiques.

Cette initiative s’inscrit dans une démarche régionale appuyée par le GIABA, qui promeut une approche inclusive et participative de la lutte contre les FFI dans l’espace CEDEAO.

Une étape clé dans un combat de longue haleine

La mise en place de cette plateforme constitue une avancée significative pour le Togo. Elle traduit une volonté de bâtir une réponse collective, inclusive et durable contre les flux financiers illicites. Pour l’ANCE-Togo et ses partenaires, il ne s’agit pas seulement d’un dispositif institutionnel, mais d’un levier stratégique pour faire reculer un phénomène qui mine la gouvernance, la transparence et la justice sociale.

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