Licenciements abusifs à SUNU Bank : les syndicats brandissent l’arme de la grève

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Par René DOKOU, le 13 Septembre 2025

(IMPARTIAL ACTU)- Le climat social dans le secteur financier togolais s’envenime. Après le licenciement jugé abusif de 42 employés de SUNU Bank, les organisations syndicales du pays ont annoncé une grève générale de 72 heures, prévue les 24, 25 et 26 septembre prochains. Une paralysie sans précédent menace ainsi l’ensemble des banques, compagnies d’assurances et établissements financiers sur le territoire national.

Une colère syndicale unanime

Réunis vendredi 12 septembre au siège du SYNBANK, à Lomé, les représentants des syndicats des employés de banque (SYNBANK) et des assurances (SYNASSUR) ont dénoncé une « dérive managériale grave » et une « violation flagrante des droits fondamentaux des travailleurs ». La mobilisation a été massive, et les responsables syndicaux ont réaffirmé leur détermination à agir d’une seule voix.

« Cette réunion avait pour objectif d’informer nos membres et de préparer les prochaines étapes face au patronat », a déclaré Yati Baba, secrétaire général du SYNBANK. « La transparence est essentielle pour contrer la désinformation et maintenir la mobilisation. »

La crise SUNU Bank, déclencheur d’une tempête

L’affaire a éclaté après des déclarations publiques de dirigeants de SUNU Bank, reconnaissant que le rapport de la commission bancaire mettait en doute la viabilité du modèle économique de l’établissement. Pour les syndicats, cet aveu constitue un désaveu cinglant.

« Si les responsables admettent eux-mêmes que leur modèle n’est pas viable, c’est la preuve que les investissements de SUNU Bank ne répondent ni aux critères de durabilité, ni d’inclusivité, ni de responsabilité sociale », s’indigne un délégué syndical.

Mais c’est surtout le profil des licenciés qui attise la colère : plus de 90 % sont des femmes, selon les syndicats. Une statistique jugée intolérable dans un pays où l’égalité professionnelle demeure fragile. « Ce licenciement massif ciblant des femmes révèle l’absence totale d’inclusivité de la direction », ont fustigé plusieurs responsables.

Atteinte aux libertés syndicales

Autre point sensible : parmi les employés évincés figureraient plusieurs responsables syndicaux, dont le secrétaire général du CEMAD, syndicat du secteur des microfinances. Une mesure perçue comme une attaque directe contre la liberté syndicale. « Ce n’est pas seulement une injustice sociale, c’est une tentative d’étouffer la voix des travailleurs », a insisté un représentant du SYNASSUR.

Une grève aux lourdes conséquences

Face à ce qu’ils considèrent comme une situation intenable, les syndicats ont lancé un appel clair : les 24, 25 et 26 septembre, toutes les agences bancaires et compagnies d’assurances seront fermées. Les clients sont invités à anticiper leurs opérations pour éviter des désagréments majeurs.
« La base reste ferme », prévient Yati Baba. « Cette grève est un signal fort : nous refusons une gestion managériale qui sacrifie les travailleurs au mépris des normes sociales. »

L’impact économique pourrait être considérable. Dans un contexte de chômage persistant, la perte soudaine de 42 emplois est déjà perçue comme un séisme social. Mais une paralysie de trois jours du système bancaire et assurantiel risque d’aggraver la situation et de fragiliser encore davantage la confiance du public dans ce secteur clé de l’économie nationale.

Une impasse inquiétante

Pour l’heure, les discussions avec le patronat, représenté par l’Association des Professionnels des Banques et Finances (APBF-P4), n’ont pas permis de désamorcer la crise. Aucun compromis n’a été trouvé, et les positions semblent irréconciliables.

Cette affaire dépasse le seul cadre de SUNU Bank. Elle met en lumière la fragilité du dialogue social dans un secteur censé être le pilier de la stabilité économique du Togo. Si la grève est maintenue, elle pourrait marquer un tournant sombre, avec des répercussions durables sur la relation entre employeurs et salariés.

Les prochains jours seront décisifs. Pour les 42 employés licenciés, mais aussi pour l’avenir de tout le secteur financier togolais.

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