Par René DOKOU, le 14 Janvier 2026
(IMPARTIAL ACTU)- Le Togo s’apprête à franchir une étape décisive dans la régulation de l’économie numérique. À l’instar de plusieurs pays africains, les autorités fiscales ont annoncé leur intention de soumettre les géants mondiaux du numérique à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), une mesure destinée à renforcer la mobilisation des ressources internes.
Sont principalement visés les GAFAM, acronyme regroupant Google, Apple, Facebook (Meta), Amazon et Microsoft. Ces entreprises dominent l’économie numérique mondiale à travers la publicité en ligne, les abonnements, la vente d’applications, le commerce électronique ou encore les services de cloud computing. Au Togo, comme ailleurs, leurs services sont massivement utilisés et génèrent des revenus considérables.
Jusqu’à présent, la faible présence physique de ces multinationales sur le territoire togolais leur a permis d’échapper à une imposition locale significative. Une situation de plus en plus contestée par l’administration fiscale, qui y voit un manque à gagner important pour l’État. Selon les autorités, la réforme projetée vise à financer les priorités nationales, notamment le développement, l’inclusion sociale et la sécurité, tout en préservant la compétitivité de l’économie dans un contexte international incertain.
Une phase de négociation avec les entreprises concernées devrait être lancée prochainement. L’objectif est de définir les modalités de déclaration et de collecte des taxes, dans un cadre conforme aux standards internationaux. Cette démarche s’inscrit dans une tendance mondiale. En Europe, plusieurs pays comme la France, le Royaume-Uni, l’Italie ou l’Espagne ont déjà instauré des taxes nationales sur les services numériques, en attendant l’aboutissement des discussions menées au sein de l’OCDE sur une fiscalité minimale mondiale.
La taxation des GAFAM n’est toutefois pas sans défis. Identifier précisément les revenus générés localement par des plateformes opérant à distance reste un exercice complexe. Se pose également la question de la juridiction compétente en cas de litige et des moyens de contraindre des entreprises sans implantation locale à reverser la TVA collectée.
Pour relever ces défis, le Togo pourrait s’inspirer des mécanismes déjà mis en place dans certains pays africains, fondés sur l’enregistrement fiscal des plateformes numériques et l’obligation de collecte de la TVA sur les services fournis aux consommateurs locaux. Une coopération régionale au sein de l’UEMOA est également envisagée afin d’adopter une approche harmonisée face à ces multinationales.
Au-delà des enjeux budgétaires, cette réforme touche à une question de justice fiscale. Les petites et moyennes entreprises togolaises s’acquittent de la TVA sur leurs prestations, tandis que les géants du numérique, qui captent une part croissante de l’activité économique, y échappent encore largement. En s’attaquant à cette asymétrie, le Togo affirme sa volonté d’adapter son système fiscal aux réalités de l’économie numérique et de rétablir une concurrence plus équitable.
















