Le Togo mise sur les règles d’origine pour conquérir les marchés africains

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Par René DOKOU, le 23 Septembre 2026

(IMPARTIAL ACTU)- Lomé accueille depuis lundi 21 septembre 2026 une rencontre stratégique destinée à outiller les opérateurs économiques togolais sur un sujet technique mais crucial : les règles d’origine. Jusqu’au 24 septembre, entreprises et administrations planchent ensemble sur ce dispositif qui conditionne l’accès aux tarifs préférentiels dans les échanges commerciaux régionaux et continentaux.

Une réponse aux exigences de la ZLECAf

Ce rendez-vous ne doit rien au hasard. Avec la montée en puissance de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), comprendre et appliquer correctement ces règles est devenu un impératif pour quiconque souhaite exporter dans de bonnes conditions. Une entreprise togolaise ne peut plus se contenter d’assembler ou de commercialiser des marchandises importées en espérant les faire passer, sans autre démarche, pour des produits nationaux éligibles aux avantages douaniers.

L’événement est piloté par le ministère délégué chargé de la Promotion des investissements, de l’Industrie et de la Souveraineté économique, via sa Direction générale de l’industrie. Deux partenaires techniques de poids l’accompagnent dans cette entreprise : l’Organisation mondiale des douanes (OMD) et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Qu’est-ce qu’un produit “made in Togo” ?

Au cœur des discussions figure une question en apparence simple mais aux implications multiples : à partir de quand un bien peut-il être légitimement qualifié d’origine togolaise ? La réponse ne va pas de soi. Une société qui transforme sur le territoire national des matières premières venues de l’étranger ne peut revendiquer automatiquement l’étiquette togolaise pour profiter d’un tarif de faveur. Il lui faut prouver que l’opération de transformation menée localement satisfait aux critères d’origine en vigueur.

Plusieurs paramètres entrent alors en jeu : le degré de transformation opéré sur place, la part de valeur ajoutée générée dans le pays, ainsi que la provenance des intrants utilisés dans le processus de fabrication.

Un mécanisme qui va bien au-delà de la douane

D’après le ministère en charge du dossier, cette problématique de l’origine ne relève pas uniquement d’une logique douanière classique. Il s’agit avant tout d’un outil permettant de déterminer si un produit peut prétendre aux avantages commerciaux négociés dans le cadre de certains accords communautaires, et donc de lui ouvrir plus facilement les portes des marchés régionaux et africains.

Dans l’espace de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, deux dispositifs illustrent particulièrement cet enjeu : la Taxe préférentielle communautaire (TPC), portée par l’UEMOA, et le Schéma de libéralisation des échanges (SLE), mis en place par la CEDEAO. Les entreprises togolaises agréées à ces titres sont directement concernées par les règles discutées lors de cette rencontre.

Le parcours d’un produit, de l’importation à l’exportation

Prenons un cas concret : une entreprise fait venir des matières premières de l’étranger, les transforme au Togo, puis exporte le produit fini vers un pays voisin africain. Pour bénéficier d’un traitement préférentiel à l’arrivée, elle devra démontrer que ce produit remplit les conditions d’origine requises. Là encore, la nature et l’intensité de la transformation réalisée sur le sol togolais, le niveau de valeur ajoutée créé localement et l’origine des composants entrent dans l’équation.

Des avantages tarifaires à la clé

L’enjeu financier n’est pas négligeable. Pour les marchandises qui remplissent les conditions requises, l’application correcte des règles d’origine peut se traduire par une baisse sensible, voire une suppression totale, des droits de douane habituellement appliqués. De quoi renforcer la compétitivité des produits togolais face à la concurrence sur les marchés extérieurs.

Changer de modèle économique

Au-delà de l’aspect technique, cette initiative traduit une ambition plus large des autorités togolaises : faire évoluer le tissu économique national d’une logique tournée vers l’importation et la revente, vers un modèle davantage axé sur la production locale, la transformation industrielle et l’exportation.

Il s’agit également d’accompagner les investisseurs dans l’identification des débouchés accessibles à leurs productions, ainsi que dans la compréhension des conditions à satisfaire pour tirer pleinement parti des préférences commerciales offertes par les différents cadres d’intégration économique, qu’ils soient sous-régionaux ou continentaux.

À l’heure où la ZLECAf redessine la carte des échanges sur le continent, cette montée en compétence des acteurs togolais pourrait bien constituer un levier déterminant pour positionner le Togo comme un acteur industriel et exportateur plus affirmé en Afrique de l’Ouest.

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