Haho : des agriculteurs à l’école des alternatives biologiques pour préserver sols et santé

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Par René DOKOU, le 25 Janvier 2026

(IMPARTIAL ACTU)- Alors que la saison des semailles approche, les producteurs agricoles du Togo sont à la croisée des chemins. Entre la pression des rendements et l’urgence écologique, la dépendance aux engrais et pesticides chimiques, longtemps perçue comme une nécessité, est aujourd’hui questionnée. Une prise de conscience, tant institutionnelle qu’individuelle, est en marche, ouvrant la voie à une transition agricole complexe mais indispensable.

Le vendredi 23 janvier 2026, dans la préfecture de Haho, des agriculteurs se sont réunis au centre ARE Togo à Notsè pour une séance d’échange cruciale sur l’utilisation des intrants bio-écologiques. Une rencontre qui pourrait marquer un tournant dans leurs pratiques.

M. Tewou Novissi Dodzi, expert en agronomie et directeur général de ARE Togo, dresse un constat sans appel. « Les intrants chimiques sont un mal nécessaire, admet-il, mais ils agissent gravement sur la santé humaine et environnementale ». Ce diagnostic, longtemps occulté, est désormais partagé par les autorités. « L’État togolais reconnaît aujourd’hui qu’il faut faire la promotion des bio fertilisants et des bio désherbants pour maintenir la qualité de nos sols », se réjouit l’expert, saluant une prise de conscience institutionnelle tardive mais essentielle.

Cette reconnaissance ouvre un espace pour des alternatives concrètes. Sur le terrain, des structures émergent pour fournir des solutions naturelles. M. Oulayi Kevin, responsable commercial pour le bio-stimulant BFP Green, présent au Togo, confirme cette dynamique : « Aujourd’hui, nous avons des structures agricoles au Togo qui fournissent des intrants naturels. Ils permettent de produire de manière qualitative et de garder l’équilibre de la nature ».

La session de formation de Notsè s’inscrit dans cette logique. Elle a permis aux agriculteurs présents, de découvrir les avantages agronomiques et sanitaires des produits biologiques. L’objectif est clair : les sensibiliser à adopter ces alternatives dès cette saison pour « éviter l’appauvrissement des sols et de rendre la population en bonne santé ».

Le discours des formateurs n’est pas prohibitionniste, mais responsabilisant. « L’utilisation des produits chimiques n’est pas interdite, mais ses risques sont énormes. À chacun de savoir comment l’utiliser », résume M. Tewou Novissi Dodzi, prônant une approche équilibrée et progressive.

Convaincus par les démonstrations et les échanges, les participants ont pris un engagement significatif : réduire, voire éviter, le recours systématique aux intrants chimiques. Cette promesse, si elle est tenue et étendue, pourrait initier un changement d’échelle.

Le défi reste de taille. L’attrait du chimique, synonyme de rapidité et de rendements immédiats pour des agriculteurs souvent en précarité, est fort. La transition nécessitera un accompagnement technique continu, un accès facilité aux intrants biologiques et un soutien politique affirmé.

La saison à venir sera un premier test. Elle symbolise le passage d’une ère de dépendance à une agriculture plus autonome et résiliente. La voie tracée est celle d’une production qui intègre pleinement les alternatives biologiques, pour la santé des sols, des consommateurs et des paysans eux-mêmes.

L’agriculture togolaise est bel et bien à un carrefour. Le chemin de la transition écologique, ardu, est désormais engagé. Les semences du changement ont été plantées à Notsè. Reste à les faire germer dans tout le pays.

Joseph ABOTSIGAN

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