Par René DOKOU, le 04 Décembre 2025
(IMPARTIAL ACTU)- Depuis sa désignation par l’Union africaine (UA) comme Médiateur pour le règlement de la crise à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), le 5 avril 2025, le Président du Conseil de la République togolaise, Faure Essozimna Gnassingbé, s’est engagé dans une offensive diplomatique discrète, méthodique et soutenue. Sa mission : rétablir la confiance entre Kinshasa et Kigali, apaiser une région traversée par des tensions persistantes et contribuer à renforcer la stabilité des Grands Lacs, l’une des zones les plus sensibles du continent.
Dans un contexte marqué par la fragmentation des acteurs armés, la compétition régionale et l’exploitation illégale des ressources minières, l’initiative togolaise s’est imposée comme une tentative africaine d’apporter une solution durable, inclusive et concertée à une crise aux conséquences humanitaires et économiques de grande ampleur.
Une mission d’espoir confiée par l’Union africaine
Le choix de Faure Gnassingbé par l’UA n’est pas anodin. Il s’inscrit dans une stratégie visant à renforcer le leadership africain dans la gestion des crises du continent. La décision, annoncée à l’issue de la première réunion du bureau de la Conférence de l’Union africaine sur la situation à l’Est de la RDC sous la présidence de João Lourenço, Président d’Angola, consacre la volonté de privilégier une médiation neutre, disposant de l’expérience requise pour naviguer entre enjeux politiques, sécuritaires et humanitaires.
Au Togo, l’annonce a été perçue comme une reconnaissance du rôle joué par Lomé dans la diplomatie régionale et dans l’accompagnement de plusieurs transitions ou processus de paix en Afrique de l’Ouest. À l’échelle continentale, elle réaffirme la place de Faure Gnassingbé comme l’un des dirigeants les plus engagés dans les mécanismes de résolution de conflits.
Un engagement immédiat : la diplomatie de terrain
Quelques jours seulement après sa nomination, le Président du Conseil togolais a entamé une série de consultations qui donneront le ton de son mandat : proximité avec les acteurs, constance dans l’action, et recherche d’un dialogue franc et direct.
Le 16 avril 2025, il se rend à Luanda pour un premier échange avec João Lourenço. L’entretien balise les contours du mandat, confirme le soutien angolais et réaffirme l’urgence d’une médiation active. Lourenço salue alors « l’efficacité de la diplomatie togolaise » et l’engagement reconnu de Faure Gnassingbé dans les initiatives africaines de paix.
Cette entrevue marque le début d’un marathon diplomatique qui conduira le médiateur dans les capitales des pays concernés.
Kinshasa : ouvrir les canaux du dialogue
La première étape majeure du mandat de Faure Gnassingbé se déroule à Kinshasa. Reçu par le Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, le Médiateur de l’UA engage des discussions centrées sur les facteurs de blocage, les dynamiques militaires dans le Nord-Kivu et la nécessité de reconstruire un cadre de concertation crédible.
La rencontre, tenue dans un climat jugé constructif, permet d’identifier les priorités : rétablir la confiance entre les parties, désamorcer l’escalade militaire et faciliter la participation de l’ensemble des acteurs régionaux et internationaux.
Kigali : un tête-à-tête stratégique à Urugwiro
Le 21 avril 2025, le Président togolais poursuit sa mission à Kigali où il est reçu au village Urugwiro par Paul Kagamé. Les échanges sont sincères, parfois exigeants, mais orientés vers la recherche d’un compromis de long terme.
Les discussions ouvrent la voie à une analyse commune des causes structurelles de la crise : rivalités historiques, circulation transfrontalière des groupes armés, défiances politiques et enjeux économiques. Pour sa part, le médiateur togolais insiste sur la nécessité de bâtir « un cadre de dialogue sincère, inclusif et constructif » susceptible de rapprocher Kinshasa et Kigali.
Kampala : l’importance d’un acteur pivot
Quelques jours plus tard, Faure Gnassingbé se rend à Kampala où il rencontre le président ougandais Yoweri Museveni. L’Ouganda, acteur clé de la région des Grands Lacs, joue en effet un rôle déterminant dans les équilibres sécuritaires et politiques.
Les deux dirigeants conviennent d’une coopération renforcée fondée sur la confiance mutuelle, le partage d’informations et la concertation permanente. Des éléments essentiels à une médiation efficace, dans une zone où les alliances et les rivalités évoluent rapidement.
Yokohama : poursuivre la médiation à l’international
En marge de la TICAD9 à Yokohama, au Japon, le Président du Conseil rencontre Évariste Ndayishimiye, Président du Burundi. Cette entrevue permet de compléter le tour d’horizon régional, le Burundi étant également concerné par les dynamiques de sécurité transfrontalière.
Ndayishimiye salue « l’engagement constant » du médiateur et souligne la nécessité d’une « synergie africaine » pour consolider la stabilité régionale.
Lomé, plate-forme diplomatique : première réunion avec les anciens présidents facilitateurs
Le 17 mai 2025, Lomé accueille la première session du panel de facilitateurs désignés pour accompagner le Médiateur. Autour de Faure Gnassingbé, un collège prestigieux : Olusegun Obasanjo, Uhuru Kenyatta, Mokgweetsi Masisi, Sahle-Work Zewde et Catherine Samba-Panza.
Cette rencontre vise à harmoniser les approches et structurer les mécanismes de travail en cohérence avec la feuille de route de l’UA. Les discussions associent également des personnalités clés telles que Bankole Adeoye (UA), Huang Xia (ONU) et Ronald Hawkins (États-Unis).
Lomé devient ainsi un véritable carrefour diplomatique, où se croisent les acteurs investis dans la stabilisation des Grands Lacs.
Les envoyés spéciaux défilent à Lomé
Au fil des mois, la capitale togolaise se positionne comme un espace neutre de dialogue. Tour à tour, Huang Xia, Johan Borgstam et Antonio Tete rencontrent le Président du Conseil.
Huang Xia, saluant « la détermination du Président du Conseil », insiste sur la valeur ajoutée de la médiation togolaise. Borgstam, pour l’Union européenne, rappelle l’importance d’une coordination étroite entre tous les médiateurs engagés dans la région.
Ces consultations renforcent la cohérence internationale autour de l’initiative africaine.
Paris : aux côtés d’Emmanuel Macron, un plaidoyer pour la paix et l’humanitaire
Moment fort de la séquence diplomatique : la conférence internationale de Paris, le 30 octobre 2025, coprésidée par Faure Gnassingbé et Emmanuel Macron.
L’objectif : rallier un soutien accru pour répondre à la crise humanitaire et accompagner les processus politiques en cours. Les deux dirigeants plaident pour une approche combinant justice économique, transparence dans la gestion des ressources naturelles et soutien aux populations.
Le Président togolais insiste : « La paix dans les Grands Lacs doit être une transformation profonde de l’économie extractive. »
Emmanuel Macron renchérit en soulignant « l’importance du contrôle africain dans les processus de paix ».
Cette rencontre est suivie d’un entretien tripartite à l’Élysée avec Félix Tshisekedi, consolidant les efforts communs.
Washington et Doha : renforcer la dynamique internationale
Les États-Unis et le Qatar s’impliquent également dans la médiation. À Washington comme à Doha, les délégations togolaises défendent une approche holistique alliant soutien humanitaire, assistance sécuritaire et coopération politique.
Le 4 décembre 2025, la présence de Faure Gnassingbé à Washington confirme l’intérêt stratégique accordé par les États-Unis au processus de médiation africain. Washington réaffirme son appui à une démarche africaine crédible et coordonnée, élément essentiel dans une crise où les intérêts internationaux sont multiples.
Un leadership africain discret mais déterminant
Au fil des mois, le style de médiation porté par Faure Gnassingbé s’impose : calme, pondération, disponibilité et écoute. En mobilisant les États, les organisations régionales et les partenaires internationaux, il parvient à créer un espace politique plus favorable à un règlement négocié.
Son rôle dans d’autres crises africaines, notamment en Afrique de l’Ouest, renforce sa crédibilité. Cette expérience nourrit un engagement constant à promouvoir la paix, la stabilité et la coopération entre États voisins.
Vers une solution durable ?
L’Est de la RDC demeure un dossier complexe, où les avancées politiques sont souvent fragiles. Mais la dynamique impulsée par l’Union africaine et portée par le Médiateur togolais a permis de rétablir des canaux de dialogue, de relancer les consultations régionales et de mobiliser l’attention internationale.
En coordonnant les efforts, en apaisant les tensions diplomatiques et en promouvant une approche africaine du règlement des conflits, Faure Gnassingbé contribue à créer les conditions d’une paix durable une paix fondée sur la responsabilité collective, la justice économique et la solidarité envers les populations éprouvées.
















