Par René DOKOU, le 11 Janvier 2026
(IMPARTIAL ACTU)- Le Port autonome de Lomé (PAL) confirme, année après année, son statut de véritable poumon de l’économie nationale. Dans un pays où près de 90 % des échanges commerciaux transitent par voie maritime et où 75 % des recettes fiscales proviennent des activités du secteur maritime, la plateforme portuaire s’impose comme un levier central de croissance, de compétitivité et d’intégration régionale.
Porté par des réformes structurelles ambitieuses, des investissements lourds dans les infrastructures et une digitalisation accrue des procédures, le PAL affiche des performances remarquables. Les autorités portuaires se félicitent d’une dynamique positive, fruit d’une gouvernance modernisée et d’une stratégie clairement orientée vers l’efficacité opérationnelle et l’attractivité internationale.
Cette montée en puissance a été consacrée sur la scène continentale. En novembre 2025, à l’occasion du 45ᵉ Conseil de l’Association de gestion des ports de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (AGPAOC), Lomé a été classé meilleur port africain pour le trafic de transit, meilleur port pour la communication des statistiques et deuxième meilleur port en matière de trafic conteneurisé (EVP). Une reconnaissance qui conforte la place du PAL parmi les hubs portuaires de référence en Afrique.
Les indicateurs d’activité confirment cette trajectoire ascendante. En 2024, le port a traité 30,6 millions de tonnes de marchandises, enregistrant une hausse de 1,85 % par rapport à 2023. Le transbordement a atteint 20,23 millions de tonnes, soit une progression de 7,11 % par rapport à 2022. Avec 1 525 navires enregistrés, un niveau stable par rapport à l’année précédente, Lomé renforce sa visibilité et son leadership dans l’écosystème maritime africain.
Cette performance repose sur des avantages compétitifs solides. Le Port de Lomé est l’un des rares ports en eau profonde de la sous-région, capable d’accueillir des navires de grande capacité sans contrainte de marée. Cet atout technique constitue un facteur déterminant à l’heure où le commerce maritime mondial privilégie les navires géants pour optimiser les coûts logistiques.
À cet avantage s’ajoute une position géographique stratégique. Situé au cœur du Golfe de Guinée, Lomé est la porte d’entrée naturelle vers les pays sahéliens enclavés que sont le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Le port joue ainsi un rôle de corridor commercial incontournable pour l’acheminement des marchandises vers l’hinterland ouest-africain, renforçant son importance régionale.
Sur le plan concurrentiel, Lomé a pris une longueur d’avance sur ses voisins immédiats, notamment le Ghana et le Bénin. Cette avance s’explique par des investissements massifs dans la modernisation des quais, des terminaux et des équipements, mais aussi par une gestion plus efficiente des opérations portuaires et une politique commerciale offensive destinée à attirer les grands armateurs internationaux.
Dans la continuité de la vision portée par les autorités togolaises, d’importants travaux ont été engagés pour approfondir le chenal d’accès jusqu’à 18,6 mètres. L’objectif est clair : accueillir les navires de très grande capacité pouvant transporter jusqu’à 24 000 EVP. À l’horizon 2027, ces investissements devraient porter la capacité annuelle du port à 2,5 millions d’EVP, consolidant son rôle de hub sous-régional majeur.
Malgré ces performances, le PAL évolue dans un environnement de plus en plus concurrentiel. Dans le Golfe de Guinée, la course à la modernisation s’intensifie. Le Ghana accélère le développement du port de Tema, le Bénin redynamise le port de Cotonou, tandis que la Côte d’Ivoire avec Abidjan et le Nigeria avec Lagos s’imposent comme des concurrents de poids.
Face à cette compétition accrue, Lomé ne peut se permettre de se reposer sur ses acquis. L’amélioration continue de la qualité des services, le maintien de tarifs compétitifs, l’innovation technologique et la formation du capital humain constituent des impératifs stratégiques. Les armateurs internationaux, guidés par la recherche du meilleur rapport coût-efficacité, n’hésitent pas à réorienter leurs flux vers les ports les plus performants.
Le défi pour le Port autonome de Lomé est donc clair : préserver son avance tout en anticipant les mutations du commerce maritime mondial. Dans une bataille régionale de plus en plus exigeante, seuls les ports les mieux gérés, les plus modernes et les plus compétitifs parviendront à s’imposer durablement. À ce jeu, Lomé affiche aujourd’hui des atouts solides et une ambition affirmée.
















