Par René DOKOU, le 27 Août 2026
(IMPARTIAL ACTU)- À Lomé, des journalistes venus d’Afrique de l’Ouest et du Sahel participent depuis le 26 août à un atelier régional consacré à l’information agricole à l’ère de l’intelligence artificielle. Organisée par le ReJPAH-AOS en partenariat avec l’IFAJ, cette rencontre vise à renforcer les compétences des professionnels des médias face aux mutations numériques du secteur agricole et à mettre en lumière deux enjeux majeurs : la sécurité alimentaire et le rôle des journalistes comme médiateurs du savoir.
Un secteur agricole en pleine mutation
L’intelligence artificielle s’impose comme un outil stratégique pour anticiper les aléas climatiques, améliorer la gestion des intrants et faciliter l’accès aux données agricoles. Antoine Afanou, représentant du ministre de la Communication et des Médias, a rappelé que l’IA pouvait contribuer à transformer l’agriculture, mais que son utilisation dans le journalisme devait rester encadrée par la vérification des faits et le respect des règles professionnelles.
Selon lui, une information générée par une machine ne devient fiable qu’une fois confrontée aux sources et au contexte. La transformation numérique de l’agriculture doit donc s’accompagner d’un renforcement des compétences des journalistes, capables d’expliquer les technologies, d’en identifier les limites et d’en vulgariser les effets auprès des populations.
Sécurité alimentaire : un enjeu vital
Dans une région où l’agriculture constitue la principale source de subsistance, l’IA peut jouer un rôle déterminant. Elle permet d’anticiper les épisodes climatiques, de mieux gérer l’eau et les intrants, et d’offrir aux producteurs un accès rapide aux informations essentielles. Ces avancées sont cruciales pour renforcer la résilience des communautés rurales face aux crises alimentaires.
Mais la sécurité alimentaire ne dépend pas uniquement des innovations technologiques. Elle repose aussi sur la capacité des journalistes à diffuser une information fiable et contextualisée. En alertant sur les risques, en vulgarisant les politiques publiques et en accompagnant les producteurs dans la transition numérique, ils deviennent des acteurs stratégiques de la stabilité alimentaire.
Le journaliste agricole, médiateur du savoir
Pour Gilles Podjoley, président du ReJPAH-AOS, le journaliste agricole du XXIᵉ siècle est bien plus qu’un relais d’actualité. Il est médiateur du savoir, vulgarisateur scientifique, éclaireur des politiques publiques et promoteur de l’innovation. Cette mission exige un rapprochement avec les chercheurs, les producteurs et les décideurs afin de fluidifier la circulation des connaissances et de valoriser les innovations.
Adrian Bell, secrétaire général de l’IFAJ, a souligné que le journalisme agricole reste insuffisamment reconnu malgré son importance pour les communautés rurales. Il a insisté sur la nécessité de renforcer la formation, l’accès aux ressources et l’implication des journalistes dans les projets agricoles pour leur donner toute la place qu’ils méritent.
Deux jours de réflexion et d’échanges
Les travaux portent sur des thématiques variées : l’impact de l’IA sur la société, la transformation numérique au service du développement rural, la digitalisation du commerce transfrontalier des produits agro-sylvo-pastoraux et halieutiques, ou encore les solutions innovantes pour des systèmes alimentaires durables. L’agroécologie face aux innovations technologiques et l’information agricole à l’heure de l’IA figurent également au programme.
Ces échanges doivent permettre aux journalistes de mieux appréhender les outils numériques et de s’adapter aux nouvelles exigences de leur métier, tout en consolidant leur rôle dans la promotion d’une information agricole de qualité.
Un réseau régional engagé
Le ReJPAH-AOS, créé autour des questions agricoles et rurales, intervient dans l’agriculture, l’élevage, la pêche, l’agroforesterie, le pastoralisme, l’environnement et le développement rural. Il regroupe des journalistes issus de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel, dont le Togo, le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Mali, le Niger, le Nigeria, le Sénégal, la Mauritanie, la Guinée, la Sierra Leone et le Tchad.
Cette diversité illustre la volonté de bâtir une plateforme régionale de réflexion et d’action autour des enjeux agricoles et alimentaires.
L’atelier de Lomé marque une étape importante dans la reconnaissance du journalisme agricole comme vecteur stratégique de développement. Entre prudence technologique et engagement citoyen, les journalistes présents sont appelés à jouer un rôle central dans la sensibilisation, la vulgarisation et l’accompagnement des producteurs.
L’IA, loin d’être une fin en soi, devient un outil au service d’une information fiable et utile, capable de renforcer la sécurité alimentaire et de soutenir la transition numérique des systèmes agricoles en Afrique de l’Ouest.
















