Cinkassé : solidarité sous-régionale contre le paludisme

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Par René DOKOU, le 22 Juillet 2026

(IMPARTIAL ACTU)- Dans la sous-région ouest-africaine, le paludisme demeure l’un des fléaux les plus persistants et meurtriers. Les enfants de trois à cinquante-neuf mois, particulièrement vulnérables, en paient le plus lourd tribut. La Chimioprévention du Paludisme Saisonnier (CPS) s’est imposée comme l’une des stratégies les plus efficaces pour prévenir les formes graves de la maladie. Mais dans les zones frontalières, où les populations franchissent chaque jour la ligne de démarcation pour commercer, se soigner ou maintenir des liens familiaux, la coordination des campagnes reste un défi majeur.

Une initiative conjointe inédite

C’est pour répondre à ce défi que les ministres de la Santé du Togo, Jean-Marie Koffi Ewonoulé Tessi, et du Burkina Faso, Robert Lucien Jean-Claude Kargougou, ont lancé le 20 juillet 2026 à Cinkassé une campagne transfrontalière de CPS. Pour la première fois, les deux pays harmonisent leurs calendriers, leurs méthodes et leurs ressources afin d’éviter les incohérences qui exposaient certains enfants à un double traitement ou, pire, à l’oubli.

« Un symbole, un message, un engagement »

Le ministre togolais a insisté sur la portée de cette démarche : « Ce n’est ni un protocole ni une formalité diplomatique, mais un symbole, un message et un engagement », a-t-il déclaré.

Symbole d’une frontière transformée en passerelle, message d’une solidarité sanitaire, engagement d’une coopération durable. L’image du moustique indifférent aux postes de contrôle illustre parfaitement cette conviction : face à une menace mobile, les réponses doivent être coordonnées et partagées.

Une ambition plus large que la distribution de médicaments

Au-delà de l’administration préventive, l’initiative vise à bâtir une véritable sécurité sanitaire transfrontalière. Elle intègre la surveillance épidémiologique, la planification conjointe, la mobilisation communautaire et la consolidation de la confiance entre les équipes médicales des deux pays. Dans un contexte marqué par les résistances aux traitements, les effets du changement climatique et la mobilité accrue des populations, cette coopération apparaît comme une réponse adaptée aux défis contemporains.

Les acteurs invisibles de la campagne

Le succès de cette opération repose sur une mosaïque d’acteurs souvent méconnus. Les programmes nationaux de lutte contre le paludisme, les directions régionales et préfectorales, les districts sanitaires et les formations frontalières jouent un rôle clé. À leurs côtés, les agents de santé communautaires, les relais, les chefs traditionnels, les responsables religieux, les élus locaux et les organisations de la société civile incarnent la proximité indispensable avec les familles. Les partenaires techniques et financiers, tels que l’OMS, l’UNICEF et Malaria Consortium, apportent un soutien décisif, non seulement financier mais aussi stratégique, en renforçant durablement les systèmes de santé.

Les familles au cœur de la stratégie

Aux populations, le message est clair : la campagne est gratuite, sécurisée et encadrée par des professionnels formés. Leur adhésion reste la condition sine qua non de la réussite. Accueillir les agents, suivre leurs recommandations et administrer les traitements aux enfants concernés sont des gestes simples mais essentiels pour transformer une politique publique en succès sanitaire.

Une continuité dans l’engagement national

Cette coopération s’inscrit dans la politique de santé publique du Togo, portée par le Président Faure Essozimna Gnassingbé. Distribution massive de moustiquaires imprégnées, amélioration de la prise en charge des cas, protection des femmes enceintes, surveillance renforcée et mobilisation citoyenne : autant d’actions qui traduisent une volonté constante de réduire l’impact du paludisme. La campagne transfrontalière vient prolonger cette dynamique en l’élargissant au-delà des frontières nationales.

Une frontière transformée en espace de protection

En choisissant de faire front commun, le Togo et le Burkina Faso affirment une conviction forte : la santé des enfants transcende les limites géographiques. La frontière, souvent perçue comme une ligne de séparation, devient ici un espace de protection et de solidarité. Cette démarche illustre une nouvelle manière de concevoir la coopération régionale, où la santé publique devient un terrain privilégié d’intégration et de partage.

Vers une sécurité sanitaire régionale

L’initiative de Cinkassé pourrait servir de modèle à d’autres pays confrontés aux mêmes défis. Elle démontre qu’aucun système de santé ne peut prétendre à l’efficacité en restant isolé. Les menaces sanitaires circulent aussi vite que les populations ; les réponses doivent donc être collectives. En harmonisant leurs efforts, le Togo et le Burkina Faso posent les bases d’une véritable sécurité sanitaire régionale.

Une solidarité inscrite dans l’Histoire

Le 20 juillet 2026 restera comme une date marquante : celle où deux nations ont choisi la coordination plutôt que l’isolement, la solidarité plutôt que la dispersion. En plaçant l’enfant au centre de leur engagement, elles affirment une vision humaniste et pragmatique de la santé publique.

Cette campagne transfrontalière n’est pas seulement une opération médicale ; elle est le témoignage d’une volonté politique et citoyenne de bâtir un avenir où la frontière protège au lieu de diviser.

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