Doctorat et professorat honoris causa : Amma Kumahor, double sacre au PIHC 2026

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Par René DOKOU, le 02 Novembre 2026

(IMPARTIAL ACTU)- Bâtisseuse puis formatrice, la cheffe d’entreprise togolaise est la seule lauréate du PIHC 2026 à recevoir à la fois un doctorat et un professorat honoris causa.

Deux titres, deux œuvres, un seul parcours. À Lomé, Amma Kumahor a été la figure marquante de la cérémonie de graduation du Programme International Honoris Causa (PIHC). Dirigeante d’une entreprise de BTP et facilitatrice accréditée d’un programme international, elle a vu ses réalisations de terrain et son engagement de transmission reconnus séparément, par deux distinctions.

Pourquoi deux distinctions

Le PIHC a choisi de ne pas confondre les deux versants de sa carrière. Son dossier a été examiné en deux volets, chacun soumis à un avis distinct du Conseil supérieur des distinctions honorifiques (CSDH).

Le doctorat honoris causa en génie civil, management des infrastructures et développement immobilier salue ce qu’elle a construit. Le professorat honoris causa en management entrepreneurial, leadership et développement socioéconomique distingue ce qu’elle a transmis.

« La double graduation ne récompense pas deux fois le même mérite », a précisé le Chancelier du PIHC, le Pr Solim Bamaze. Elle reconnaît deux contributions, à deux moments d’un même itinéraire.

À l’issue de la cérémonie, Amma Kumahor a en outre été installée Déléguée au Rayonnement et à l’Influence du CSDH/PIHC. La distinction du jour se double d’une responsabilité : porter les valeurs d’un réseau qui entend faire émerger de nouvelles références.

Une cérémonie pour célébrer l’excellence discrète

Le samedi 31 octobre, la grande salle du CIREL, au Village du Bénin de l’Université de Lomé, a accueilli cette graduation honorifique internationale. Portée par l’Agence internationale pour les Formations et le Développement (AIFD), l’édition 2026 a rassemblé le Togo, le Mali, le Cameroun, la République démocratique du Congo et la diaspora africaine de France. Leur point commun : la conviction que l’excellence n’a pas de frontière et doit être reconnue là où elle se forge, souvent loin des projecteurs.

Le cérémonial était conduit par le Pr h.c. Solim Bamaze, Président de l’AIFD. Il était épaulé par l’Hon. Prof. h.c. Molgah Kadjaka-Abougnima, Présidente d’honneur des cérémonies, par le Dr h.c. Komi Dovi Koudou, Doyen lauréat du CSDH, et par M. Wiyaou Tchindé, Maître des délibérations.

Des débuts loin des chantiers

Rien, au départ, ne destinait Amma Kumahor aux chantiers. Née le 26 juin 1971, elle décroche un brevet technique de secrétariat bilingue, communication et commercial, reconnu équivalent au baccalauréat technique. Elle poursuit à l’Alliance Française d’Accra, au Ghana, où elle obtient en 1999 le Diplôme supérieur de formation professionnelle bilingue, option secrétariat de direction et communication, ainsi qu’un certificat d’études commerciales en français.

Dès 1996, encore étudiante, elle effectue un stage au département des ressources humaines de l’Office togolais des phosphates, à Kpémé. Elle crée ensuite la société HELSS, active dans le BTP, l’exploitation de sable et le commerce général, aujourd’hui HELSS SA, qui intervient aussi dans la fourniture de matériaux et l’import-export.

Son parcours lui a donné un atout rare : négocier, rédiger et convaincre en plusieurs langues et dans plusieurs cultures, avec en prime une pratique du chinois.

Des ouvrages au service du quotidien

Son bilan se lit dans le paysage. Entre 2015 et 2017, HELSS SA a construit les hangars des marchés d’Agbonou, de Tsévié, d’Agou et de Kougnohou, avec l’Agence nationale d’appui au développement à la base (ANADEB). En 2021, l’entreprise a agrandi la buanderie du Centre hospitalier régional de Sokodé. L’année suivante, elle a bâti des infrastructures scolaires dans trois centres de formation technique et professionnelle et dans un lycée d’enseignement technique et professionnel. En 2023, elle a construit et réhabilité un stade de 2 000 places à Notsé.

Sa liste de références comprend aussi l’entretien de voies bitumées dans la préfecture du Golfe, la fourniture de 1 000 poubelles à la mairie du Golfe 5 et celle de matériaux pour le bitumage de la voie reliant la RN34 à la route nationale n° 1.

Chaque chantier répond à un besoin concret : commercer, se soigner, apprendre un métier, se rassembler.

Voir plus loin que le chantier

Amma Kumahor a ensuite structuré une filière de matériaux. En 2025, HELSS SA a fait enregistrer auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI) la marque LAHKESA BAG, qui couvre graviers, sables, terre à briques et terre cuite. La protection s’étend aux dix-sept États membres de l’organisation, signe d’une entreprise conçue au-delà des frontières.

Elle porte aujourd’hui un projet résidentiel, « Royal Estate », à Apessito. Elle est également l’auteure d’un rapport professionnel sur les stratégies et les défis du développement immobilier, qui lui a valu la note exceptionnelle de 18 devant un jury de la Nouvelle Formation Professionnelle (NFP).

L’autre versant : former

C’est la facette la moins attendue de son itinéraire. Amma Kumahor s’est engagée dans BRIDGE (Building Resources in Democracy, Governance and Elections), un programme international de formation notamment porté par le PNUD, IFES, International IDEA, la Division de l’assistance électorale des Nations unies et la Commission électorale australienne.

En 2025 et 2026, elle y a suivi des modules sur la gouvernance et l’intelligence territoriale, l’observation électorale et la prévention des conflits, la démocratie participative, l’éducation civique et électorale, ainsi que sur l’intelligence artificielle, la désinformation et la résilience institutionnelle.

Accréditée facilitatrice BRIDGE en décembre 2025, au terme de la formation des facilitateurs, elle ne fait plus qu’apprendre : elle forme. Elle a depuis co-animé des ateliers sur l’IA, la désinformation, la gouvernance électorale et la résilience institutionnelle.

Un message adressé aux femmes

À la tête de l’association « L’Unicité pour tous », elle défend l’entrepreneuriat féminin. Elle entend prouver, par l’exemple, qu’une femme peut diriger une entreprise de BTP, un secteur où elles restent peu nombreuses.

Pour ses pairs comme pour les jeunes générations, son double sacre dit qu’un parcours se juge aussi à ce qu’il laisse derrière lui : des ouvrages, mais aussi des compétences transmises.

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