Faure Gnassingbé : « Le Togo ne sera plus un simple point de passage »

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Par René DOKOU, le 13 Octobre 2026

(IMPARTIAL ACTU)- En visite officielle en Chine, le président du Conseil, Faure Gnassingbé, a accordé un entretien à plusieurs médias chinois. Il y a exposé la vision d’un Togo, et plus largement d’une Afrique, qui cesse d’être un espace de transit pour peser dans la gestion des océans.

« Nous voulons passer du statut de plateforme de transit que nous sommes essentiellement aujourd’hui vers le statut où nous sommes des acteurs économiques, technologiques et institutionnels de la gouvernance mondiale », a-t-il affirmé. Son propos s’est articulé autour de trois volets : la sécurité maritime, la création de valeur et l’économie bleue.

Un enjeu de souveraineté économique

Pour le chef du gouvernement, la sécurité des mers ne se limite pas à une question de défense. Elle est « indissociable de la sécurité économique ». Les perturbations sur les grandes routes maritimes se répercutent directement sur les économies africaines, par trois canaux : le coût du transport, le prix de l’énergie et la fluidité des chaînes d’approvisionnement.

C’est dans ce cadre que le Togo s’est investi dans la coopération régionale du golfe de Guinée. Trois motifs l’y poussent : garantir la liberté de navigation, endiguer les trafics illicites et préserver les espaces maritimes. Faure Gnassingbé estime que la Chine, du fait de son poids dans le commerce mondial, est bien placée pour contribuer au renforcement des capacités des pays africains.

Du transbordement à la création de richesse

Le dirigeant togolais a ensuite exposé l’ambition économique de son pays. Selon lui, le port de Lomé est le premier port à conteneurs d’Afrique de l’Ouest. Mais cette position ne suffit plus. « Ce que nous voulons, ce n’est pas d’augmenter le trafic ou bien les marchandises qui passent par notre port, mais de capter plus de valeur », a-t-il insisté.

Atteindre cet objectif suppose, a-t-il détaillé, de réunir plusieurs conditions : des zones industrielles, des services logistiques performants, une main-d’œuvre qualifiée et un tissu d’entreprises locales. Sur l’articulation entre le port, le parc industriel et l’écosystème productif, il juge que la Chine possède une « très grande expérience » dont le Togo entend s’inspirer.

L’économie bleue, un défi de savoirs

Le troisième axe touche à l’économie bleue. Son développement exige, selon lui, la maîtrise des connaissances et des technologies, en particulier des sciences marines. Sans ces compétences, a-t-il averti, l’Afrique ne pourra pas prendre part à la gouvernance mondiale des océans.

Il a donc appelé Pékin à soutenir la formation de spécialistes africains et à partager des données. Un message qui place le transfert de savoir-faire au cœur de la coopération sino-africaine dans le domaine maritime.

Xiamen et le Secrétariat de l’accord BBNJ

Interrogé sur la proposition chinoise d’installer à Xiamen le siège du Secrétariat de l’Accord sur la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale (BBNJ), Faure Gnassingbé a adopté une position nuancée. Il considère que ce texte constitue « une chance pour les pays africains », à condition qu’ils y participent pleinement.

Le lieu d’implantation n’est pas, à ses yeux, l’essentiel. « L’enjeu n’est pas seulement l’endroit, mais surtout ce que ce Secrétariat va faire pour les pays africains », a-t-il souligné, déplaçant le débat de la géographie vers les bénéfices concrets attendus pour le continent.

Une ambition en trois temps

Sécurité des routes maritimes, captation de valeur autour du port de Lomé, montée en compétence dans les sciences de la mer : le président du Conseil dessine ainsi une stratégie où la position géographique du Togo n’est qu’un point de départ. L’objectif affiché est de transformer cet atout en influence économique, technologique et institutionnelle, avec la Chine comme partenaire de formation et d’expertise.

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