Budgets 2027 : KAYO Lètou appelle les collectivités à passer aux actes

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Par René DOKOU, le 12 Octobre 2026

(IMPARTIAL ACTU)- Les orientations sont connues. Reste à les faire vivre sur le terrain. Dans la Lettre n° 1694 adressée aux conseils régionaux et municipaux, le ministre de l’Administration territoriale, de la Gouvernance locale et des Affaires coutumières fixe le cap pour l’élaboration et l’exécution des budgets 2027 des collectivités territoriales.

Le texte insiste sur la participation citoyenne, la mobilisation des ressources locales, les investissements sociaux et la prise en compte des besoins prioritaires des populations. Pour M. KAYO Lètou, consultant en gouvernance locale, en politique de développement et en résolution des conflits communautaires, l’enjeu est désormais celui de l’application : maires et conseillers doivent transformer ces consignes en réalisations visibles et durables.

Des attentes sociales toujours aussi pressantes

Pour les populations, les priorités n’ont pas changé. L’accès aux soins, à l’eau potable, à des écoles correctement équipées, à des routes praticables et à des marchés aménagés reste au premier rang de leurs préoccupations. C’est sur ces points que la qualité de l’action locale est jugée au quotidien, bien plus que sur la lecture des documents budgétaires.

Mais l’ambition se heurte à un obstacle de taille. Les difficultés économiques et sociales qui pèsent sur les ménages et les acteurs économiques réduisent leur capacité à contribuer, ce qui complique la collecte des recettes propres des communes et des régions. Dans ces conditions, relève l’expert, les collectivités ne peuvent raisonnablement faire face seules à l’ensemble des besoins sans un soutien substantiel de l’État. La mise en œuvre des orientations 2027 repose donc sur une responsabilité partagée entre l’État, les collectivités et les citoyens.

Ce que demande la lettre ministérielle

Plusieurs points du texte structurent cette démarche. Le point 7 invite à associer les Comités de développement à la base (CDQ/CVD), les organisations de la société civile et les autres acteurs locaux à la préparation comme à l’exécution des budgets. Le point 22 demande aux communes d’intégrer dans leurs prévisions le fonctionnement du Bureau du Citoyen. Les points 25, 26 et 27 mettent l’accent sur l’autofinancement du développement local, les investissements sociaux et l’affectation des ressources d’investissement aux besoins jugés prioritaires.

Ces directives, souligne M. KAYO, doivent déboucher sur des arbitrages réalistes, ancrés dans les besoins réellement exprimés, les compétences dévolues aux collectivités et les moyens disponibles. Les dépenses de santé, d’hydraulique, d’éducation et de voirie, de même que la construction et la réhabilitation des marchés, appellent une programmation rigoureuse qui donne la préférence aux projets les plus urgents et dont l’effet sur les conditions de vie est le plus direct.

L’État appelé à mieux accompagner

La mobilisation des ressources locales demeure un défi majeur, admet le consultant. Il estime toutefois nécessaire d’ajuster les ambitions budgétaires aux capacités financières réelles des collectivités, dans un contexte social tendu. Il appelle l’État à renforcer son soutien sur trois plans : un versement effectif et prévisible des dotations, notamment via le Fonds d’appui aux collectivités territoriales ; une assistance technique à la planification et à l’exécution des projets ; et un renforcement des capacités des élus et des administrations locales.

Cet appui doit permettre aux collectivités de mieux préparer leurs dossiers, de rechercher des financements complémentaires, de respecter les procédures de passation des marchés publics et de garantir la qualité et la durabilité des ouvrages. Pour M. KAYO, la décentralisation ne peut produire tous ses effets si les compétences transférées ne s’accompagnent pas de moyens humains, techniques et financiers à la hauteur.

Une feuille de route en plusieurs volets

Pour donner une portée concrète aux orientations, l’expert avance une série de mesures destinées à chaque catégorie d’acteurs.

Du côté des conseils régionaux et municipaux, et en premier lieu des maires, il recommande de dresser un état des besoins prioritaires de chaque territoire, en concertation avec le Bureau du Citoyen, les populations, les CDQ/CVD et la société civile. Il propose d’établir une liste publique des projets retenus, avec pour chacun le coût estimatif, les sources de financement envisagées, le calendrier et les bénéficiaires attendus. Les infrastructures essentielles (santé, eau potable, assainissement, éducation, routes, marchés) doivent passer en priorité, avec une prévision pour leur entretien. Les élus doivent aussi dégager les moyens nécessaires au Bureau du Citoyen, conformément au point 22, et consolider les cadres de concertation citoyenne. L’expert préconise enfin de publier régulièrement l’état d’avancement des projets, les ressources mobilisées et les dépenses engagées, afin que les habitants puissent suivre les réalisations. Quant au recouvrement des recettes locales, il passe, selon lui, par la transparence, la simplification des procédures et l’amélioration des services rendus, sans alourdir indûment les charges des populations.

Du côté de l’État et des ministères concernés, il plaide pour des dotations disponibles et prévisibles, selon les règles en vigueur, afin de faciliter la programmation et l’exécution des investissements. Il demande un renfort de l’assistance technique pour l’identification, les études, le chiffrage et le suivi des projets. Les collectivités aux faibles ressources propres devraient être accompagnées en priorité, sur la base de critères objectifs combinant besoins sociaux, capacités financières et inégalités territoriales. La coordination entre ministères sectoriels et collectivités doit également progresser, pour éviter les doublons et mieux relier les investissements locaux aux programmes nationaux de développement. La formation des élus et des agents territoriaux, en gestion budgétaire, marchés publics, mobilisation des ressources et reddition des comptes, complète ce volet.

Du côté de la société civile et des citoyens, le consultant les invite à prendre part activement aux débats d’orientation budgétaire et à défendre des priorités nées des besoins réels des communautés. Il les encourage à s’engager dans le Contrôle citoyen de l’action publique, par un suivi constructif des projets et de leur qualité, et à promouvoir transparence, civisme fiscal et reddition des comptes, dans le respect des droits et obligations de chacun.

Un exercice 2027 à valeur de test

Au-delà du détail des mesures, le message de M. KAYO tient en une idée : le développement local ne peut reposer uniquement sur les contributions de populations déjà éprouvées. Il exige une solidarité nationale effective, une gestion rigoureuse des deniers publics et une coopération constructive entre l’État, les collectivités et la société civile.

L’exercice budgétaire 2027 doit ainsi marquer une étape décisive : celle du passage des orientations aux réalisations, des engagements aux résultats, et de la simple participation citoyenne à une gouvernance locale véritablement inclusive et redevable. L’appel est clair. Chaque collectivité doit se doter de priorités réalistes et mesurables, l’État doit fournir l’appui technique et financier requis, et les citoyens doivent être associés à chaque étape du processus.

Car la réussite de la décentralisation ne se mesure pas seulement au nombre de budgets votés. Elle se lit dans les infrastructures livrées, les services améliorés et les changements tangibles dans la vie des populations.

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