Togo : les évêques face à la question politique à Kara

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Par René DOKOU, le 06 Octobre 2026

(IMPARTIAL ACTU)- La Conférence des évêques du Togo (CET) réunit sa 143ᵉ session du 11 au 16 octobre. Au menu, des sujets d’Église, mais aussi l’actualité nationale, qui rouvre un débat ancien sur la place du clergé dans la vie publique.

La ville de Kara accueille, du 11 au 16 octobre, la 143ᵉ session plénière de la Conférence des évêques du Togo. Pendant six jours, les pasteurs du pays dresseront le bilan de la vie de leurs diocèses et fixeront des orientations pour la période à venir. Parmi les points prévus, l’examen de la situation sociopolitique nationale suscite déjà des commentaires, tant il touche à une question sensible : jusqu’où l’Église peut-elle s’avancer sur le terrain politique ?

Un agenda d’abord pastoral

Les travaux s’ouvrent sur des préoccupations propres à la vie ecclésiale. Les évêques passeront en revue l’état pastoral de leurs circonscriptions et se pencheront sur les défis auxquels font face les grands séminaires, lieux de formation des futurs prêtres. Ils marqueront aussi le centenaire des Œuvres pontificales missionnaires, institutions dédiées au soutien de l’activité missionnaire de l’Église universelle.

Ces thèmes relèvent du fonctionnement interne de l’institution. Ils n’ont rien d’inhabituel pour une assemblée épiscopale, qui se réunit régulièrement afin de coordonner l’action des diocèses et de discuter de leurs priorités communes.

Le point qui retient l’attention

C’est l’inscription de l’actualité sociopolitique à l’ordre du jour qui attire les regards. Elle ravive une controverse récurrente dans l’opinion : le rôle des responsables religieux dans les affaires de la cité.

Pour une partie des Togolais, la réponse est simple. Le pays est un État laïc, où l’Église et la puissance publique évoluent dans des champs distincts. À l’Église, la charge des âmes, l’éducation et l’action sociale. Aux institutions issues des urnes, la direction des affaires publiques. Selon cette lecture, les évêques devraient demeurer dans leur mission spirituelle et s’abstenir de commenter les choix politiques.

Des prises de position qui ont marqué le débat

Cette réserve souhaitée n’a pourtant pas toujours été observée. Ces dernières années, la CET s’est exprimée à plusieurs reprises sur des sujets d’intérêt national. En mars 2024, elle a ainsi invité les autorités à surseoir à la promulgation de la nouvelle Constitution, que l’Assemblée nationale venait d’adopter. Cette démarche, inhabituelle par sa portée, a nourri les discussions sur le rôle de l’institution.

Un autre épisode reste dans les mémoires. L’archevêque émérite Mgr Philippe Fanoko Kpodzro avait apporté son soutien à Agbéyomé Kodjo, opposant candidat à l’élection présidentielle. Un engagement personnel d’un prélat, certes, mais qui avait fortement marqué les esprits et alimenté le débat sur la frontière entre foi et politique.

La doctrine sociale comme boussole

Face aux critiques, les évêques défendent la légitimité de leurs interventions. Selon eux, elles découlent de la doctrine sociale de l’Église, qui invite les pasteurs à éclairer les consciences sur les grandes questions touchant à la dignité humaine et au bien commun. Ils affirment s’en tenir aux thèmes de la justice, de la paix et du dialogue, sans jamais apporter leur appui à un parti ou à un candidat.

Cet argument ne convainc pas tout le monde. Leurs détracteurs y décèlent une immixtion dans des décisions qui reviennent aux citoyens et à leurs représentants élus. Pour eux, quelle que soit l’intention affichée, une prise de parole publique d’évêques sur des sujets aussi sensibles a nécessairement des effets politiques. Le dialogue de sourds, en somme, persiste entre ceux qui voient dans ces déclarations un devoir moral et ceux qui y lisent une sortie de rôle.

Entre devoir moral et réserve institutionnelle

Le débat illustre une tension ancienne, que connaissent de nombreux pays où l’Église catholique est influente. D’un côté, la tradition chrétienne demande aux pasteurs de ne pas rester silencieux face aux situations qui engagent la justice et la paix. De l’autre, le principe de laïcité impose une séparation des sphères que chacun juge plus ou moins stricte selon sa sensibilité.

Au Togo, cette équation est d’autant plus délicate que l’Église occupe une place importante dans la société, notamment par ses écoles, ses œuvres sociales et son audience auprès des fidèles. Ce poids moral explique que chacune de ses déclarations soit scrutée, commentée et parfois contestée.

Un message très attendu

Reste à savoir dans quels termes la CET abordera, cette fois, la situation du pays. Optera-t-elle pour un message de portée générale, centré sur la paix et le vivre-ensemble, ou pour une prise de position plus précise sur des questions d’actualité ? La réponse sera connue au terme de la session, à Kara.

D’ici là, fidèles, responsables politiques et observateurs attendent le communiqué final des évêques. Quel qu’en soit le contenu, il sera lu bien au-delà des cercles ecclésiaux, tant le débat sur la place de l’Église dans la sphère publique reste vif au Togo.

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