Par René DOKOU, le 29 Mai 2026
(IMPARTIAL ACTU)- À Lomé, un atelier régional met en lumière les obstacles persistants à la libre circulation et propose des solutions concrètes pour transformer les pratiques aux frontières. Un atelier stratégique pour lever les entraves
Réunis à Lomé les 28 et 29 mai, une trentaine d’acteurs frontaliers venus d’Aflao, Sanvicondji et Cinkassé ont pris part à un atelier de renforcement de capacités organisé par le Groupe de Réflexion et d’Action Femme Démocratie et Développement (GF2D).
Soutenue par la CEDEAO et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), cette initiative s’inscrit dans une dynamique régionale visant à sécuriser les mobilités et à promouvoir un commerce transfrontalier plus équitable.
Des frontières encore marquées par les abus
Malgré les textes communautaires adoptés depuis plusieurs décennies pour garantir la libre circulation des personnes et des biens, la réalité reste contrastée. Les postes frontaliers demeurent des lieux de tracasseries administratives, de contrôles multiples, d’extorsions et de harcèlement. Les droits des usagers sont souvent méconnus, et les pratiques abusives persistent.
Les femmes commerçantes, qui représentent près de 74 % du commerce transfrontalier informel, sont les premières victimes de ces dérives. Elles subissent à la fois la précarité économique, l’absence d’information juridique et des comportements non conformes qui fragilisent leur sécurité et leur mobilité.
Pour Mme Gina Adékambi, Directrice exécutive du GF2D, cette situation est intenable :
« Les frontières devraient être des espaces d’intégration et non de tracasseries. Les femmes commerçantes sont des piliers de l’économie informelle de la CEDEAO, mais elles demeurent les plus vulnérables. »
Un diagnostic sans appel
Avant l’atelier, une étude a été menée sur les trois postes frontaliers ciblés. Les conclusions sont claires :
Les migrants connaissent peu leurs droits.
Les agents frontaliers manquent d’outils de communication adaptés.
Les pratiques d’extorsion persistent, alimentées par l’asymétrie d’information.
Les procédures communautaires sont mal maîtrisées, tant par les usagers que par certains agents.
Ces constats ont orienté la conception de l’atelier, articulé autour de deux axes : la validation du diagnostic sur les besoins des migrants et le renforcement des connaissances juridiques sur la libre circulation, les règles commerciales, les procédures douanières simplifiées et les mécanismes de lutte contre la corruption.
Former pour transformer
Animé par des experts de la CEDEAO et des consultants spécialisés, l’atelier vise à doter les acteurs frontaliers d’outils concrets pour améliorer l’accueil, l’information et l’accompagnement des migrants.
M. Alain Batadjaga, chargé de programmes au GF2D, rappelle l’enjeu central :
« L’objectif n’est pas de former les migrants, mais de renforcer les capacités des acteurs frontaliers afin qu’ils puissent mieux informer, orienter et protéger les personnes en déplacement. »
Les participants ont été outillés sur :
Les droits liés à la libre circulation.
Les procédures douanières simplifiées.
L’éthique et la communication aux frontières.
La prévention de la corruption et des pratiques abusives.
L’intégration de l’analyse genre et la prise en compte des besoins spécifiques des migrants.
Un engagement institutionnel affirmé
Présidant l’ouverture des travaux, M. Koulekpoto, troisième adjoint au maire de la commune Golfe 2, a salué l’importance stratégique de cette initiative :
« L’intégration régionale repose sur un espace économique fluide où chaque citoyen peut circuler en toute sécurité. Mais la mise en œuvre des instruments juridiques demeure inégale. Cet atelier apporte des réponses concrètes à ces insuffisances. »
Il a également réaffirmé l’engagement des autorités togolaises à promouvoir des pratiques frontalières conformes aux standards régionaux et respectueuses des droits humains.
Vers des frontières plus humaines et équitables
En renforçant les compétences des acteurs frontaliers, le GF2D contribue à réduire les tracasseries et les abus, à améliorer la qualité des interactions entre agents et migrants, et à sécuriser les mobilités, notamment celles des femmes commerçantes. L’initiative vise aussi à harmoniser les pratiques avec les normes de la CEDEAO et à renforcer l’intégration régionale par le bas, au plus près des réalités quotidiennes.
Mme Gina Adékambi a exhorté les participants à devenir des relais de transformation :
« Vous êtes les premiers ambassadeurs d’une intégration régionale réussie. Ce que vous apprendrez ici doit se traduire en pratiques concrètes au service de la dignité et de l’équité. »
















